Musique : Tokio Hotel – Zimmer 483 (2007)

tokio483Dans l’histoire de la pop, les groupes pour adolescents sont un genre à part et viennent souvent des Etats-Unis. Tokio Hotel a réussi l’exploit d’avoir du succès en chantant en allemand. Alors comment ont-ils fait ? Nous allons voir cela à travers l’album qui a eu le plus de succès : Zimmer 483.

On pourrait penser que le groupe est pré-fabriqué par une major. Mais non, le groupe se constitue de lui-même en 2001 à Magdebourg. Ils sont repérés par une équipe de production qui a collaboré déjà avec des artistes aussi variés que The Corrs ou Sarah Brightman. Ils deviennent alors Tokio Hotel en 2004. Une première signature avec Sony échoue avant la sortie de l’album qui sortira finalement sous la bannière Universal. Les Tokio Hotel sont donc d’authentiques jeunes musiciens qui jouent de leurs instruments sur scène, contrairement à certains boys bands. Ils sont donc dans la lignée des Hansons mais avec un tout autre univers, l’époque n’étant plus la même. Le groupe a misé sur l’image androgyne de son chanteur, Bill Kaulitz. Chaque membre a d’ailleurs un look bien différent, une recette qui a fait ses preuves auparavant, avec les Spice Girls notamment. Le premier album, Schrei marche bien dans les pays germanophones et se voit doublé d’un frère jumeau Schrei, so laut du kannst, réenregistré pour l’export. 2006 est donc l’année de la conquète de l’Europe, ce que va confirmer le second album, vite fait en 2007.

L’album commence avec « Übers ende der welt », morceau résumant plutôt bien les qualité du groupe avec des riffs simples, un refrain accrocheur sans le coté trop guttural de la langue allemande, une production jouant sur les chœurs et des effets sur la voix de Bill pour lui donner plus de relief. « Totgeliebt » joue sur l’émotion et s’avère un morceau pop réussi dans son refrain et avec des paroles qui trouveront une oreille attentive auprès d’adolescents en crise d’identité. « Spring nicht » est une ballade classique reprenant les poncifs du genre avec des paroles là encore d’une facilité à faire peur. On s’ennuie assez musicalement avec « Heilig » qui aligne la même recette : le thème de l’amour, de la mort, de la rupture. Des mots simples, compréhensibles et là encore aucune sophistication dans la langue allemande utilisée qui aurait pu rebuter. Les mots choisis sont d’ailleurs souvent proches de leurs équivalents anglais. « Wo sind eure Hände » change heureusement de registre, s’inspirant de la scène neo-punk qui a eu un certain succès dans ce milieu des années 2000 avec Green Day. Le titre est encore surproduit, notamment sur les chœurs. Mais on ne peut leur reprocher d’utiliser la même recette que leurs équivalents US. Un morceau très réussi donc. Le coté acoustique de « Stich Ins Glück », la voix prise par Bill fait immédiatement penser à un autre groupe mythique pour cette génération : Nirvana. Une démarche volontaire de la part d’une production qui sait ce qu’elle veut. Ich Brech Aus attaque par contre sur un puissant riff Hard Rock, qui tombe un peu à plat après l’intervention de Bill au chant. Le gimmick est repris à l’envie tout au long d’un morceau hélas un peu monotone et qui aurait mérité plus d’attention sur le travail des voix, voir même un autre chanteur. Les paroles sont complètement caricaturales de l’ado rebelle qui a envie de tout casser. « Reden », sorti en single est pourtant un des morceaux les plus faibles de l’album. Nach dich kommt nichts ne relève pas le niveau.

Et ce n’est pas la vantardise de « Wir sterben niemals aus » qui les étouffe. Evidemment dire aux fans que c’est grâce à eux qu’ils resteront dans l’éternité est exactement ce qu’ils attendent. « Vergessene Kinder » et son intro en arpège, la voix bien travaillée de Bill et encore des paroles qui causent à l’adolescent paumé et fugueur, fait mouche. « An der seite » devient symptomatique de cette recette, mais sans originalité, alignant des mots simples qui feraient passer la langue allemand pour simpliste. « Monsoon », autre single, semble le petit cousin de « Stich ins glück » pour l’intro. Etrangement, le refrain n’est absolument pas accrocheur, alors qu’il est chanté en anglais. L’album se termine comme un départ de course avec « Ready set go » qui n’est en fait que la reprise en anglais du premier titre de l’album. L’album est évidemment décliné en version anglaise pour la conquête des Etats-Unis, reprenant le meilleur des deux premiers albums. Mais le succès est mitigé, malgré l’investissement marketing et le buzz créé. La recette du groupe est un peu éventée là bas, il faut dire et la particularité de la langue allemande n’existe plus.

On ne peut évidemment pas reprocher au groupe de parler de mal être, des problèmes des adolescents pour s’intégrer dans une société d’adulte. Cela est tout de même plus crédible que ce que faisait Kyo. Mais de voir cette recette pratiquement déclinée pendant 2 albums augure mal d’une suite. Sans être originaux musicalement, ils sont efficaces, reprenant au passage un peu de tous les groupes qui sont connus de leur public : Nirvana, Green Day, Blink 182, Good Charlotte ou même Cure. Mais le public adolescent est volatile, comme le prouve les ventes décevantes du live de leur tournée européenne. A coup de compilations et de rééditions, le groupe parvient quand même à se maintenir à un niveau de vente suffisant pour continuer sa carrière… Mais le public vieillit comme la recette. Restera alors le souvenir, qui enjolive parfois.

Iceman

Membres : Bill Kaulitz, Tom Kaulitz, Georg Listing, Gustav Schaeffer

1. Übers Ende der Welt 2. Totgeliebt 3. Spring nicht 4. Heilig 5. Wo Sind Eure Hände 6. Stich Ins Glück 7. Ich Brech Aus 8. Reden 9. Nach Dir Kommt Nichts 10. Wir Sterben Niemals Aus 11. Vergessene Kinder 12. An deiner Seite (Ich bin da) 13. Monsoon 14. Ready, Set, Go !

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