Cinéma : La Taupe de Tomas Alfredson (2011)

Le film d’espionnage est un genre particulier. Et lorsqu’il s’agit d’une adaptation de l’un des maîtres du genre, il convient d’être prévenu : l’histoire sera complexe…

Oubliez toute référence à l’espion version Hollywood, genre James Bond ou Jason Bourne. Ici, il s’agit d’une enquête dans les méandres de l’espionnage façon guerre froide. John Le Carré est connu pour la qualité de ses intrigues et le réalisme de son univers. Et pour cause, car derrière ce pseudo se cache un véritable membre du MI6, le contre-espionnage anglais. La Taupe est le premier volet de sa trilogie Karla, une série de livres entraînant le lecteur à la poursuite d’un mystérieux espion russe.

Afin de mener à bien l’adaptation, le réalisateur Tomas Alfredson a convoqué la fine fleur du cinéma anglais : Gary Oldman (dans le rôle de Smiley), Colin Firth, Mark Strong, John Hurt ou, encore, Toby Jones. Si tous ne sont pas des têtes d’affiche, chacun apparait dans nombre de productions anglaises.

Quoi de mieux qu’un réalisateur suédois pour rendre l’atmosphère froide des romans de Le Carré, surtout avec un héros aussi flegmatique et mystérieux que Smiley ? Gary Oldman est impeccable dans ce rôle. Il rappelle au passage qu’il sait faire autre chose que cabotiner dans des rôles exubérants. De fait, chez Le Carré, il faut être attentif dans une certaine lenteur tendue, loin des scènes d’action à la James Bond. L’histoire entraîne le spectateur sur des fausses pistes, surprend, glace d’effroi, mais dans un rythme lent et régulier. Bref, cela pourra dérouter ceux pour qui espionnage se résume à action.

On s’interroge sur le mystère qui entoure la femme de Smiley, on se prend d’affection pour une jeune russe. Pourtant la chasse à la taupe, au traître, continue inexorablement, sans jamais se retourner sur les morts injustes ou les manœuvres politiques de haut niveau. C’est ainsi que la taupe replonge avec minutie dans l’ambiance de la guerre froide des années 70, dans les coulisses de faits divers passés inaperçus et qui avaient pourtant un impact politique considérable. Et la psychologie très travaillée des personnages prend le pas sur les effets de mise en scène masquant trop souvent la faiblesse des scénarios.

Le film a la qualité de ses défauts : Il ne fait pas de bruit, n’a rien d’attirant au premier abord et pourtant se révèle d’une terrible efficacité dans sa conclusion. Au point que l’on a envie de se replonger dans le livre ou d’attendre une suite avec l’adaptation du second volet de la trilogie.

(paru sur Icezine, Unidivers)

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