Cinéma : La Dame de Fer de Phyllida Lloyd (2012)

Les sujets des films comme leurs affiches sont parfois trompeurs. Avec La Dame de Fer, on s’attend à un biopic dédié à la vie de Margareth Thatcher. Eh bien non…

Pourtant, les premières minutes du film montrent une Meryl Streep troublante de ressemblance avec l’ancienne première ministre britannique. Mais bien vite, le spectateur comprend qu’il va suivre les pas de la Miss Maggie âgée et non son ascension au pouvoir. Il l’observe converser avec feu son mari, interprété par l’excellent Jim Broadbent (le père de Bridget Jones dans les adaptations cinéma). Bref, celle qui incarnait la toute-puissance de l’Angleterre des années 80 est désormais une vieille dame sénile.

Comme à son habitude, Meryl Streep est excellente dans le rôle. On est alors tenté de se prendre d’affection pour cette vieille dame tandis que de rares et courts flashbacks rappellent sa difficile ascension dans la so misogyne classe politique anglaise. Une femme politique qui n’a jamais trahi ses premiers idéaux de jeunesse inculqués par un père omniprésent face à une mère effacée à qui elle ne veut surtout pas ressembler. Ce qui l’unit à son époux, une complicité non dénuée d’humour, est bien montré ; pourtant le versant familial – le mari et les deux enfants – aurait gagné à être développé.

Somme toute, la réalisatrice a choisi de traiter presque exclusivement le sujet de la vieillesse et de la mort. Si cette lecture est tout à fait respectable et ne dessert pas le film, il reste troublant eu égard à une personnalité aussi complexe, aussi haïe. Résumer en deux scènes la difficile ascension de l’échelle politique par une femme (cela vaut pour les affaires) est décevant ; cela renvoie à la question de la place réservée aux femmes dans les années 60, 70 et même 80. Pour mémoire, en France, aucune femme n’a accédé au poste de premier ministre ou de président – à l’exception d’Édith Cresson qui avait hérité d’un poste dont personne ne voulait.

Comme la posture de la réalisatrice et la lecture du scénariste pourraient s’appliquer à n’importe quel personnage autrefois au pouvoir, La Dame de fer laissera le spectateur sur sa faim, voire avec le sentiment d’avoir été trahi par cette histoire. Car, finalement, à quoi aspire la curiosité qui mène au biopic ? A des informations originales, des détails inédits, un coup d’oeil dans les coulisses de la vie d’une célébrité.

Même si la réalisatrice – que l’on suppose plutôt anti-thatcher – tente de faire comprendre quelques décisions délicates de la Dame de Fer, la première échoue à susciter de l’empathie autour la seconde. En ce sens, certains tiendront ce film pour un échec.

(paru sur Icezine et Unidivers)

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