Cinéma : Albert Nobbs de Rodrigo Garcia (2012)

Le spectateur aura bien de la peine à dénicher des salles qui propose Albert Nobbs, une oeuvre étonnamment oubliée des Oscars 2012. De fait, Rodrigo Garcia emmène le spectateur dans l’Irlande de la fin du XIXe siècle entre fièvre typhoïde, migration en Amérique et chronique sociale. Une réussite sous forme de pièce d’orfèvrerie.

Dans une Irlande pauvre et un hôtel sans cachet où se situe l’essentiel de l’action, Albert Nobbs s’emploie à montrer la pesanteur d’un système de caste omniprésent. Ceux qui s’efforcent d’être irréprochables et impeccables ne sont pas ceux que l’on croit et la barbarie, la débauche, la décadence et la traîtrise sont plus de mise chez des nobles et bourgeois qui asservissent de petites gens. Loin de tout manichéisme, chacun a une faille et un côté sombre. Chacun a une excuse valable, même les insensibles et les cruels…

D’emblée, on rapprochera Albert Nobbs d’un chef-d’oeuvre comme les Vestiges du Jour de James Ivory ou de Raison et Sentiments d’Ang Lee – certes sans atteindre l’excellence de ces modèles. En effet, si la reconstitution est superbe, le scénario tiré d’une histoire d’István Szabó et revu pour Glenn Close au cinéma, il manque un petit-je-ne-sais-quoi dans cette réalisation bien soignée. Peut-être aurait-il fallu accentuer la description de la déchirure du personnage d’Albert Nobbs, cette femme obligée de se déguiser en homme pour survivre. Cela étant, Glenn Close gagne sa place au panthéon des grandes actrices, tant son jeu est finement ciselé tel un joyau. C’est sans doute cette subtilité qui l’aura exclu des oscars dans un cinéma américain qui préfère trop souvent le cabotinage et l’accessibilité. Le reste du casting la suit dans cette réussite avec notamment un excellent Janet McTeer, le retour heureux de Bronagh Gallagher (The Commitments) ou Mark Williams (le père de Ron dans Harry Potter).

Amateurs du 7e art, ne ratez pas ce film ! Hélas, le distributeur français a mal défendu ce film : les copies sont rares et la promo bien tardive. Quant aux circuits multiplexes, n’en parlons pas : le grand-n’importe quoi en vogue depuis quelques années se poursuit. Au détriment des salles d’art et essai.

(paru sur Icezine et Unidivers)

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