Cinéma : Cosmopolis de David Cronenberg (2012)

Un nouveau film de Cronenberg reste toujours un évènement pour une frange de cinéphiles. Pour ma part, j’ai toujours eu du mal avec ce cinéaste qui m’interpelle plus par les sujets de ses films que par la mise en scène souvent lente et pesante. Reconnaissons lui le fait d’avoir son style. Alors, Cosmopolis est-il plus proche d’un Existenz ou d’un Dead zone ou La Mouche ?

L’histoire a tout pour attirer le spectateur : Eric Packer, vingt-huit ans, multi-milliardaire de Wall Street, se rend chez le coiffeur en limousine le jour d’une visite présidentielle à Manhattan à New York et de l’enterrement d’une star du rap soufie. Il voit peu à peu son “monde” se détruire.

Le déroulement est très conforme au style Cronenberg : un quasi huis clos froid et lent dans une limousine futuriste, des plans contemplatifs d’un manhattan en pleine émeute, des suites de dialogues dont on a des difficultés à trouver le lien. Ajoutons cependant que le livre dont est issu le film comprenait ces même dialogues repris presque mot pour mot. Mais Cronenberg s’attaque sans complexe à l’oeuvre que beaucoup jugeaient inadaptable. Si le film risque de faire fuir des spectateurs, on peut y voir un rapprochement avec son collègue David Lynch dans cette succession de plans à la compréhension ésotérique, entre rêve et réalité.

De héros il n’y a point si ce n’est le monde en décomposition. Packer est détestable et Pattinson est excellent dans ce rôle très loin de l’image du médiocre Twillight. Cronenberg a le bon goût de lui laisser tenir ce film mais développe aussi toute une galerie de personnages avec des acteurs que l’on prend plaisir à revoir. Juliette Binoche y est une amante inattendue tandis que l’on retrouve Paul Giamatti dans un des autres rôles clé du film ou encore l’impressionnant Kevin Durand qui n’est pas sans rappeler Christopher Walken. Le film n’est donc pas raté loin de là mais laisse un goût étrange chez le spectateur : On sort soit très déçu ou soit avec l’envie de le revoir pour mieux le comprendre. Pour une fois, je serai de ce dernier avis. Difficile de parler du film sans trop en dévoiler et il prend toute sa saveur par les surprises qu’il délivre.

Cronenberg n’atteint pas des sommets ici mais revient en grace, une grace qu’il semblait avoir déjà retrouvé avec A Dangerous Method si j’en crois des ‘collègues’ Le genre de film à voir en groupe, bien éveillé pour pouvoir en discuter, en débattre.

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