BD : Family Compo de Tsukasa Hojo (1996)

Tsukasa Hojo est surtout connu pour ses deux séries City Hunter (Nicky Larson) et Cats Eyes. Avec des héroïnes aussi affriolantes et un héros aussi macho, on n’imagine pas d’autre modèle dans les autres ouvrages de cet auteur un peu passé de mode. Pourtant, en dehors de ces deux « classiques », il y a tout lieu de s’intéresser à une oeuvre inattendue baptisée Family Compo / F-Compo.

    Le synopsis est simple : un jeune garçon, Giba, est adopté par sa tante et son oncle après le décès de ses parents. Il y fait la connaissance d’une jeune fille. Or, un jour il s’aperçoit que sa tante est en réalité son oncle… et vice versa. Oui, il s’agit de deux travestis (à ne pas confondre avec des transsexuels que l’on retrouve un peu plus tard dans la série). En France, ce manga a été édité en 14 volumes par Tonkam avant d’être réédité plus récemment par Panini Manga en 12 volumes. Comme beaucoup de séries, l’histoire s’essouffle à mi-parcours, mais reste intéressante. Le dessin d’Hojo est toujours aussi affuté et réaliste. Reste que c’est le choix du sujet qui interpelle.

fcompo

La chose n’était pas gagnée, Family Compo parvient à rester « tout public » sans sombrer dans le ridicule ou le trash. Si les attitudes et les réactions de l’oncle et la tante peuvent parfois prêter à sourire, l’humour s’accompagne d’une sensibilité qui transparaissait déjà dans les récits d’Hojo. Il y a des moments forts comme les flashbacks sur l’enfance de l’oncle et de la tante. Le fil rouge est tenu par Shion, la jeune fille dont le héros est amoureux : est-ce bien une fille et non un garçon sachant que, durant sa scolarité, elle a souvent alterné entre les deux constructions identitaires.

Enfin, les doutes du héros, adolescent, sur sa sexualité, son attirance vers les hommes et les femmes sont intelligemment traités. L’auteur n’aborde pas directement l’homosexualité, mais le lecteur perçoit bien les subtilités du regard de la société japonaise vis-à-vis de ces « différences ». À travers ces héros qui masquent leurs vraies personnalités, il y a tous ces non-dits, ces blessures du passé…

Ce manga est un sensible réflexion sur l’acceptation de l’autre. Family Compo est à déguster, même s’il est difficile de le trouver en intégralité.

(paru sur icezine et unidivers)

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