Cinéma : L’écume des Jours de Michel Gondry (2013)

Roman générationnel à la réputation complexe et poétique, l’Écume des jours de Boris Vian paraissait difficilement adaptable au cinéma sans susciter de mécontentement. Mais avec Michel Gondry aux commandes il était permis d’espérer.

L’amour entre Colin et Chloé qui est au centre de l’histoire serait trop réducteur pour décrire ce que Vian et Gondry ont essayé de rendre par écrit et à l’écran. Œuvre surréaliste et poétique, les quelques mots de résumé ne suffisent pas à dépeindre un tableau si riche en détail. Peinture sociale, drame, illustration musicale de l’après-guerre, voyage dans un imaginaire débridé, il y a de tout cela dans ce roman incomparable. Un défi pour le porter à l’écran.

Gondry a montré par le passé qu’il était bien plus qu’un réalisateur, mais un auteur ouvert à toutes les expérimentations. Passons sur the Green Hornet… le reste de son oeuvre plaide en sa faveur. Et puis Gondry a convoqué un intéressant casting au sein du cinéma hexagonal : Romain Duris et Audrey Tautou pour le couple star, mais aussi Gad Elmaleh et Omar Sy pour des seconds rôles substantiels ainsi qu’Aïssa Maïga qui retrouve son partenaire des Poupées Russes. Voilà pour l’aspect marketing de l’Écume des jours, vendre un tel film n’est guère évident.

Soit vous êtes fan du livre et vous avez déjà votre propre vision de l’œuvre. Soit vous êtes curieux ou avez un vague souvenir et, dans ce cas, vous serez captivés par les premières minutes. Soit vous êtes attaché à un principe de réalité, vous ne tiendrez pas une demi-heure dans ce monde onirique, farfelu et en perpétuel mouvement.

Dans ce dernier cas, l’histoire d’amour et le drame latent ne vous tiendront guère en haleine. En effet, Gondry déploie une longue mise en place de ses personnages et de son univers, autrement dit de sa vision de l’univers de Vian. Il a replacé ce dernier dans le Paris des années 70-80 avec l’utilisation des codes stylistiques ad hoc. L’ensemble apparaitra en cohérence et résonance avec l’œuvre originelle pour les spectateurs bien disposés. On rêve, on s’amuse, on cherche chaque petit détail, chaque clin d’oeil du réalisateur. Il y a du Terry Gilliam chez Gondry et, ne serait-ce l’univers moins sombre, Brazil résonne comme un lointain écho.

Reste que certains amateurs de science-fiction, notamment, pourront être déçus par la dimension irrationnelle et poétique de l’œuvre qui emprunte des circonvolutions et des trajectoires labyrinthiques. Au risque de phases ennuyeuses. Rien n’est parfait dans cet Ecume des jours, et Gondry ne le revendique d’ailleurs pas.

Le réalisateur insuffle sa technique, parfaite, puis ajoute une pincée de bons acteurs – le tout est en phase avec l’œuvre et ces notes de jazz et de soul dont Vian était friand. Il en résulte une sorte d’ovni cinématographique. Ce film ne connaîtra aucun succès colossal tant il s’offre au spectateur d’une manière désordonnée.

Pour parodier Hölderlin, nous dirons qu’il faut habiter L’Ecume des jours en poète. Gondry a réussi son pari : donner envie de (re)lire Vian à tous ceux qui aimeraient emplir leurs quotidiens de fleurs. Rêver tout simplement.

(paru sur Icezine et Unidivers)

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