Cinéma: La Vie domestique d’Isabelle Czajka (2013)

​Sorti en 2013, ce “petit” film a eu son petit succès (160 000 entrées France), sans pourtant faire beaucoup parler de lui. C’est bien dommage car il appuie là où ça peut faire très mal.
A l’origine de ce film, il y a “Arlington Park” de Rachel Cusk, une rééctriture du Mrs Dalloway de Virginia Woolf. (à noter qu’il a aussi été intitulé The Hours et que le film du même nom montre une Virginia Woolf durant son écriture). Mais ici, au lieu de simplement suivre Mrs Dalloway dans sa vie monotone, et de dépeindre la société anglaise de l’époque, le récit a été transposé dans une banlieue et dans la vie moderne…..Moderne, pas si sur ? Car dans ces lotissements chics de la classe moyenne, nous ne sommes pas si éloignés de la bonne société anglaise machiste et rétrograde.

La réalisatrice Isabelle Czajka a transposé son histoire en France, dans une riche banlieue parisienne. On y retrouve 4 héroines, mères de famille délaissées par des maris toujours trop occupés. Qu’ils soient architectes, hauts-fonctionnaires, proviseurs ou chefs d’entreprise, ils ont tous un point commun : Madame reste à la maison pour s’occuper des enfants et tente comme elle peut de “s’occuper”, comme ils disent, aspirant vainement à avoir une carrière professionnelle. Juliette, l’héroine principale jouée magnifiquement par Emmanuelle Devos, avait tout pour réussir dans une vie qui ne lui ressemble pas avec un couple au bord de la rupture. Pourquoi s’obstine-t-elle à vouloir se créer une vie sociale avec des diners, alors qu’elle ne supporte plus cet environnement hypocrite?

Le rythme est lent, la photo reste assez grise. Les personnages se succèdent, se croisent avec en toile de fond un drame d’infanticide. Et si tout cela paraît banal, c’est parce que cela peut devenir le miroir de notre propre vie. Au point que le propos ennuie ou dérange jusqu’au rejet. C’est pourtant là toute l’intelligence  de la réalisatrice ! On ne sombre pas dans des personnages caricaturaux. Elles sont ces femmes que l’on peut croiser tous les jours dans les centres commerciaux, derrière un caddie bien rempli, une liste à la main, un enfant dans l’autre. Et où sont ces maris qui oublient juste de dire ce qu’ils font ou de faire la petite course oubliée? Absents, dans leur monde du travail à eux, raillant les “prolétaires”, les “sans-grades”, les “assistés” car maintenant ILS ont réussi. Oui mais en ayant condamné leur compagne, épouse à quel avenir ? Que se passerait-il en cas de divorce ? Le film n’aborde pas cette question mais on la sent sousjacente derrière ces couples à la dérive.

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