Cinéma: Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi (2015)

Souvenirs de Marnie ou Quand Marnie était là est le nouveau film d’animation japonais des studios Ghibli désormais orphelins de leur père et maître Hayao Miyazaki. Et une première pour la nouvelle génération de l’animation japonaise. Après le très beau Arrietty, le petit monde des chapardeurs, le jeune maître Hiromasa Yonebayashi devait confirmer la confiance placée en lui…

Le scénario de Souvenirs de Marnie est écrit aussi par son réalisateur : Hiromasa Yonebayashi. Mais cette fiction est inspirée du roman When Marnie was There de Joan G. Robinson paru en 1967. Une jeune fille solitaire et sombre est envoyée à la campagne pour soigner son asthme, explore les environs et découvre une vieille villa dans les marais et un secret. Transposée dans le Japon contemporain, l’histoire filmée reste fidèle à la version romanesque qui se déroule en Virginie (USA).

Comme souvent avec les films Ghibli, le rythme est dans… la contemplation. L’évasion est au rendez-vous, voire un rendez-vous : les décors sont tout simplement magnifiques, à l’image de ceux d’Arrietty. Toutefois, le récit se rapproche davantage d’une autre production récente : La Colline aux Coquelicots. La recherche du (temps) passé et la quête de parents disparus est dominante. Ce qui ne va pas sans créer un certain contraste avec la beauté à la matière aérienne des décors. Certains apprécieront ce chiasme, d’autres trouveront qu’il alourdit quelque peu l’atmosphère du film. Dans tous les cas, Souvenirs de Marnie s’adresse à un public plus mur, bien que des enfants s’identifieront certainement à l’héroïne, adolescente mal dans sa peau.

Le thème du retour à la campagne, à des valeurs de simplicité et de vie naturelle, est une constante chez les studios Ghibli, comme dans une grande part du cinéma japonais contemporain. Pourtant, tout n’est pas rose dans ce petit village. L’arrogance d’une mère de famille nantie vient gâcher la fête. Alors, la jeune héroïne trouve naturellement refuge dans l’art du dessin, ce crée une mise en abyme onirique. Mais la dualité réalité – rêve est en quelque sorte subvertie par l’intrigue. La charge onirique qui fait la marque de Ghibli est minorée dans Souvenirs de Marnie ; elle a manqué aux spectateurs japonais qui ont boudé le film. Moins apparente, la poésie est pour autant des plus subtiles.

C’est pourquoi le spectateur mettra sans doute plus de temps à pénétrer l’histoire, mais, le cas échéant, il sera récompensé. Ses propres souvenirs d’enfance, de vacances à la campagne ou à la mer, reprendront vie. Le « traumatisme d’enfance » inscrit en filigrane reste tout à la fois dur et évocateur. Tandis que certains dessins animés superproduits diffusent des images crues et violentes, Souvenirs de Marnie aborde avec une grande intelligence un sujet universel. Aussi, dans la longue liste des grands films du studio japonais, cette fiction se ménage une place dans le peloton de tête. L’épreuve du temps ne fera que lui conférer l’aura que mérite également ce nouveau maître de la réalisation Hiromasa Yonebayashi.

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