Cinéma : The Imitation Game de Morten Tyldum (2015)

Le film The Imitation Game met en lumière le personnage d’Alan Turing. Un scientifique encore méconnu du grand public malgré un récent début de reconnaissance. D’où vient-elle et pourquoi si tard ? C’est précisément la question qu’explore ce biopic qui vient de sortir sur les écrans.

La « Machine de Turing » – cela vous dit quelque chose ? Non. Mais Ordinateur ou Computer, cela vous parle déjà plus, n’est-ce pas ?  Alan Turing est l’un des pères fondateurs de l’informatique. Sa Machine opère une transposition de l’algorithmique (dont l’origine remonte à Al Khwarizmi, mathématicien ouzbek du VIIe siècle !). Avant de perdre le lecteur, disons que sa théorie a donné naissance aux ordinateurs et à la programmation telle qu’on la connait aujourd’hui. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle il est connu et reconnu. Il a créé la machine capable de décoder les messages de l’armée ennemie durant la Seconde Guerre mondiale. Cette machine – construite comme un jeu d’imitation sur la base d’une grille de mot-croisé – a réussi à briser le code d’Enigma, la fameuse machine allemande à encrypter. Mais n’allez pas croire que ce craquage  se traduise immédiatement par la victoire des Alliés. Non, l’autre jeu d’imitation va consister à utiliser les renseignement obtenus en faisant croire qu’on les ignore… C’est ici que repose sans la contribution la plus intéressante de ce film à l’art de la guerre, à  l’histoire de la Seconde-Guerre mondiale et à l’histoire des idées.

Cela étant dit, quelques années après sa contribution décisive à la victoire des Alliés, alors qu’il est tenu (comme ses 4 autres camarades) au secret le plus absolu, sa carrière est brisé en raison de son homosexualité qui est alors réprimée en Angleterre. Depuis sa mort en 1954, beaucoup ont tenté de le réhabiliter, mais son activité de décodage était encore protégée par le secret-défense. Considéré par beaucoup comme un génie aussi important que put l’être Einstein, il n’eut droit à la postérité qu’en 2009 à la suite d’une pétition puis, surtout, en 2013 lorsque la reine Elizabeth le graciât. Sa mort reste toujours mystérieuse (suicide ou meurtre ?), mais cet aspect The Imitation Game ne l’aborde pas. Le réalisateur norvégien Morten Tyldum se concentre sur la période du décodage de la machine allemande Enigma et utilise des flashback et flashforward pour mieux contextualiser le récit principal. Ce choix, s’il n’est pas le plus audacieux techniquement, reste informatif tout en évitant de perdre le fil d’une vie complexe.

Pour incarner le scientifique, nous retrouvons l’omniprésent Benedict Cumberbatch, connu pour son incarnation de Sherlock Holmes et de… Stephen Hawking (dans un téléfilm anglais), autre grand génie scientifique du 20e siècle (dont un film biographique sort prochainement). Il est accompagné par une Keira Knightley toujours aussi lumineuse dans le rôle de l’amie et brève fiancée du savant, Joan Clarke. Ce casting très britannique convient parfaitement, même s’il pimente sans doute de trop de glamour l’histoire. Le scénariste Graham Moore a pris quelques libertés avec la réalité en privilégiant cette relation d’affection complexe plutôt que l’homosexualité. À la vision du The Imitation Game, on ne peut que lui donner raison, car l’humanité fragile d’un personnage hautain est ainsi restituée. Au final, en enchâssant la période de la guerre dans un parallèle entre l’enfance et la vie d’après-guerre, le scénario montre d’une manière efficace la construction de ce génie pas si froid que cela.

The Imitation Game, sans faire montre de beaucoup d’originalité dans son style, capte le spectateur par les sentiments en construisant un personnage touchant. Détestable, asocial, cet Alan Turing cinématographique trouve en Benedict Cumberbatch un très bel interprète. On regrettera seulement une faiblesse dans le traitement des enjeux d’espionnage. Toutefois, même les lacunes deviennent une force dans ce bionique qui donne envie d’en savoir plus sur le personnage. Fondé sur le livre de Andrew Hodges, cet Imitation Game (le film lui-même vous donnera les clefs de titre énigmatique) s’adresse à un large public sans tomber dans la mièvrerie. Et la plus grande histoire d’amour d’Alan Turing avait un nom qui l’accompagna toute sa vie…

(paru sur Icezine et Unidivers)

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