Automobile : Vietnam, un marché menacé… de désaffection

Toyota a montré son agacement devant la stagnation perpetuelle du marché automobile vietnamien. Derrière les mots et arguments, il faut tenter de décrypter la politique de planification de l’état communiste.

Car Toyota reste toujours le solide leader sur ce marché d’environ 100 000 véhicules particuliers (voir précédents articles sur le sujet) par an pour une population de 90 millions de personnes. Après un recul pendant la crise de 2008-2009, les ventes ont atteint à nouveau le niveau d’avant mais ne font qu’osciller autour de cette valeur « limite ». Car l’état vietnamien joue avec sa politique d’impôts et de taxation pour juguler une progression « à la chinoise ». Exemple : sur le mois de mars, les ventes ont augmenté de 60% par rapport à 2014 (une année de forte taxation) avec 9416 ventes mensuelles pour les véhicules non commerciaux. Pour comprendre cela, il faut regarder plusieurs éléments :

Le réseau routier

Si les 2 pôles économiques du pays, HCMC et Hanoi, se sont dotées récemment de voies rapides pour faciliter l’acheminement des marchandises, les centre-villes ne sont pas encore adaptées à la circulation automobile. Les voies réservées aux voitures, par rapport à la masse considérable de 2 roues motorisés, ne sont pas respectées. Il n’y a quasiment pas de parkings pour les voitures, au contraire des parking 2 roues qui envahissent les larges trottoirs. Quant aux régions plus éloignées du centre et des grands axes historiques, elles sont encore avec des routes étroites et/ou non goudronnées. Entre le train à grande vitesse et le réseau routier avec ses ponts dans le delta du mekong, les travaux entrepris actuellement sont colossaux pour rattraper le retard.

La Main d’oeuvre

Si des constructeurs ont installés des unités de productions (Toyota, Ford, PSA plus récemment…), ce sont ce que l’on appelle des productions en CKD pour « complet knock down » qui tirent le marché. Le véhicule arrive en pièces détachées et est monté uniquement sur place pour bénéficier d’avantages fiscaux par rapport à une importation. De ce fait, il n’y a pas ou peu d’équipementiers autour de ces usines. Il n’y a pas de main d’oeuvre spécialisée dans ce type d’activité très limitée et peu attractive dans les salaires locaux. Mais paradoxalement, la main d’oeuvre formée au Vietnam la plus qualifiée part travailler en … Corée du Sud, Chine, Japon, parfois dans des usines automobiles ou dans l’electronique.

L’Economie locale

Malgré sa forte croissance économique, il ne faut pas oublier que le Vietnam est un état communiste, s’inspirant beaucoup de la réussite chinoise mais en essayant de maintenir un équilibre. Le manque d’infrastructures explique cette politique de limitation du marché automobile. Pourtant, peu à peu, une classe moyenne apparaît et rêve d’un premier véhicule statutaire, comme on a pu le voir dans les périodes de fortes croissance avec une production des segments M1 et M2. Les véhicules de luxe importés sont eux aussi à un bon niveau. C’est par l’impôt que le gouvernement vietnamien joue sur la progression des secteurs économiques, qu’ils soient agro-alimentaires, textiles ou de production industrielle. L’économie vietnamienne reste aussi très dépendante de ses marchés d’exportation en agro-alimentaire et textile, sur des pays toujours en crise.

Le coup de poing sur la table de Toyota (via son directeur local, également président du VAMA) est bien ciblé sur le niveau d’impôts afin de voir enfin le marché dépasser les objectifs de rentabilité. Ces 3 dernières années, après une période de timidité, le groupe Toyota avait relancé une politique produit plus ambitieuse dans ce secteur géographique, au contraire d’un Honda, par exemple. Le groupe représentant de 50 à 66% du marché local, le bras de fer est intéressant à suivre. Les autres constructeurs suivront-ils le lobbying des japonais ou préfèreront-ils plus de discrétion pensant prendre la place du leader ensuite? Face à la concurrence de la Thailande (au régime plus instable), le nationalisme pourrait jouer en faveur d’un nouvel essor de l’automobile dans ce pays. L’année 2015 commencait bien pour le premier trimestre en tout cas.

vama

A suivre sur le site de l’association des constructeurs : http://vama.org.vn

1 réflexion sur « Automobile : Vietnam, un marché menacé… de désaffection »

Les commentaires sont fermés.