Web : Le blocage du porno en question

Je me souviens qu’au temps d’Icezine, j’avais écrit un article sur le fait qu’on pouvait bloquer et censurer beaucoup de choses dans la vie de tous les jours et que paradoxalement, le porno restait d’un accès facile, drainant au passage une économie considérable.

Bref, je plaidais alors pour durcir l’accès à ces vidéos, pour le moins néfastes pour l’éducation sexuelle ou la vision de la femme (cf l’avis de Cyrille Borne ). J’en ai lu citer Ovidie comme contre exemple, une des rares réalisatrices dans ce domaine. Tout le problème est donc d’éviter de généraliser. Une proposition de loi généralise et intervient en France (mais aussi au Royaume Uni) parce que rien n’a été fait dans l’éducation. Genma a bien résumé la situation dans son article sur le sujet. Ce genre de proposition reste très français : Lorsqu’il y eut plusieurs accident avec des chiens faussement appelés Pitbulls, on a pûrement et simplement interdit ces chiens parce que personne ne pensait à éduquer les propriétaires avant, lors de l’achat et après.

Dans notre jeunesse, notre éducation sexuelle s’est faite plus ou moins bien avec un mélange de ce que nos ainés nous racontaient et ce que nous pouvions en voir. Pour un parent, il n’est jamais évident de parler de cela à son enfant. Sauf qu’aujourd’hui, tout est à portée de clic, le meilleur comme le pire. L’érotisme des films du samedi soir de M6 (j’ai un doute sur le jour…) est très largement dépassé maintenant et on peut « choisir » tous les genres de la pornographie, la limite étant sans cesse repoussée, il semblerait.

A ce problème, on répond sur le filtrage à mettre en place mais il est très souvent inefficace. Sur un ordinateur familial, le néophyte peut acheter des programmes se basant sur des listes de site. Mais la création de site va toujours plus vite que ces listes. Et puis surtout, le net se consomme maintenant autrement, en mobile. Je ne suis pas sur que les parents sachent installer et fiabiliser des applis de contrôle parental sur les smartphones qu’ils offrent à leurs enfants. Sur le réseau mobile, l’opérateur peut aussi filtrer à la demande du propriétaire de la ligne. Mais qu’en est-il en wifi, à moins d’avoir intégré un filtre sur son réseau local ?

Pourtant ce qu’envisage cette proposition loi reste finalement similaire à ces systèmes, à savoir un filtrage sur liste à l’efficacité très modérée et validée par défaut. Il serait alors possible de l’invalider volontairement, comme ce qu’avait installé Free il y a quelques années en bloquant par défaut les publicités. Problème : Cela remet en cause la neutralité du net et peut servir de jurisprudence pour bloquer d’autres choses ultérieurement. C’est évidemment la notion d’offense et non pas d’illégalité qui est à géométrie variable. Pourtant, comme je l’avais dit à l’époque de l’affaire Free, la neutralité complète n’existe pas. Entre le bridage des newsgroups, le filtrage des sites pédophiles, neonazis, racistes et maintenant terroristes, les exemples ne manquent pas. Certains considèrent sans doute que le sexe fait partie de la vie, mais sont ils d’accord avec toutes les pratiques perverses et violentes (certaines étant illégales, comme l’utilisation de jeunes filles mineures ou de pratiques de torture  ce qui reste difficile à vérifier) que l’on peut rencontrer sans protection ? J’ai quelques doutes. En tout cas pour moi,la publicité n’en faisait pas partie.

Je n’ai donc pas de véritable réponse à ce problème. Poser la question à travers ce projet de loi reste tout de même positif dans le sens où cela permet le débat, de mettre en lumière des solutions de protection des plus jeunes et également d’éducation. Sur ce dernier point, un problème se pose aujourd’hui, hélas, c’est le retour du religieux dans la sphère éducative. On l’a vu avec la « genrisation » dans les derniers mois. Parler de filtrage, c’est parler d’éducation sexuelle dont mettre le doigt dans cet engrenage sans fin. Pourtant, il va bien falloir passer outre certaines réticences moyen-ageuses en regardant les choses en face et les conséquences de la prolifération de ces vidéos, surtout chez les jeunes mâles en excès de testostérone. Le monde a évolué et on ne peut se contenter d’appliquer les réponses d’avant-hier. Entre ce « libéralisme » total du net et le puritanisme, il y a une voie à tracer dans le consensus et le volontarisme.

Bien bordée et accompagnée, cette proposition de loi peut être intéressante à tester, ne serait-ce que pour élaborer des critères pertinents et accompagner les utilisateurs. Qui sait si ce filtre ne pourrait même pas être détourné en argument marketing chez quelques FAI.

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