Musique : Stevie wonder – The Talking Book (1972)

Talking_BookIl n’est pas sur que l’on mesure encore l’influence de Stevie Wonder dans la musique moderne. Et au moment de choisir un album représentatif, The Talking Book s’est imposé.

Quand on pense que la carrière de Stevie Wonder a commencé dès ses 11 ans ! Cela fait donc, au jour de l’écriture de cette chronique, 53 ans de carrière. Nous n’allons pas pouvoir faire une histoire très complète, tant cela est riche de rencontres, de succès, de moments de doute. Stevland Hardaway Morris, surnommé la Merveille (Wonder) est donc né à Saginaw dans le Michigan, pas loin de Detroit. Prématuré, il survit miraculeusement à la naissance mais garde une cecité comme handicap. Il est difficile de dire à quel age il a commencé la musique mais on le voit très tôt avec un harmonica, un piano ou même avec une batterie. A 11 ans, il chante une de ses compositions à un certain Ronnie White (The Miracles) qui le présente au patron du label en vogue : Motown. Berry Gordy le signe sur le label Tamla après avoir senti le potentiel du jeune garçon qui devient vite la mascotte du label. Après quelques mois, on finit par enregistrer des reprises et un de ses propres titres. Il signe albums sur albums pendant près de 10 ans avant qu’il négocie, chose rare, la possibilité de s’auto-produire. En 1970, son album « Signed, Sealed and Delivered » sera le premier où Stevie obtient un peu de liberté, bien que toujours chez Motown. La confiance est totale, tant il remplit les caisses du label, et dès 1971, il s’intéresse à un progrès inédit de la technique : L’arrivée des instruments électroniques. « Music of my mind » est la première expérimentation, mais « The Talking Book », en 1972, continue dans cette voie, avec les producteurs Malcolm Cecil et Robert Margouleff. Le duo a créé le TONTO (pour The Original New Timbral Orchestra), une énorme machine composée de synthétiseurs MOOG et ARP puis l’ajout d’autres modules de provenances diverses (Roland, Yamaha…). On le retrouvera sur les albums suivant, Innervisions, Fulfillingness’ First Finale et Jungle Fever.

Et cet album commence par la douceur de « You are the Sunshine of my life », chanson que Stevie partage avec Jim Gilstrap et Lani Groves. Un morceau tout en progression avec une sophistication des percussions. « Maybe your baby » est plus novateur par ses sonorités puisqu’il utilise le module de basse Moog. Ce son sera emblématique de la période 70s. Le morceau est aussi construit sur le son de la guitare électrique d’un certain Ray Parker Jr, qu’on connaitra aussi avec Barry White et pour le thème du film Ghostbusters. La reprise de Macy Gray bien plus tard montrera toute la modernité de ce titre. « You and I », sous titré « we can conquer the world » est exclusivement joué par Stevie Wonder et s’inscrit dans la veine des balades positives du musicien. « Tuesday Heartbreak » revient sur du pur groove funky avec en plus la voix de Deniece Williams (qu’on connaitra dans les années 80 en solo). « You’ve got it bad, girl » est encore un autre exemple de la richesse instrumentale du TONTO où, cette fois, le son synthétique se rapproche des habituels cuivres et de la flute. Après cette expérimentation sonore, Stevie nous sort un de ses chefs d’oeuvre. « Superstition » est une source d’inspiration rythmique à lui tout seul. Avec la seule addition de cuivres, Stevie construit une perle de morceau groovy qui se réinvente sans cesse avec sa voix qui ronronne autant que la ligne de basse. Le nombre de morceaux reprenant des samples de « Superstition » montre l’importance de ce titre.

« Big brother » a une dimension plus sociale, que Stevie ne démentira plus à l’avenir. Il reprend son bon vieil harmonica en même temps que son instrumentation synthétique. A réécouter ce morceau, on voit à quel point certains titres de Lenny Kravitz ont été inspirés par l’oeuvre de Wonder. Une inspiration aussi qu’on retrouvera dans le classique « Blame it on the sun » dont la nostalgie est frappante. « Looking for another pure love » est un peu à part, étant donné qu’il utilise le talent de guitaristes comme Jeff Beck et Buzz Feiten dans de superbes soli. Et tout se termine par « I Believe », un morceaux au refrain plus pop mais tout aussi efficace. Il est à noter qu’en écoutant cet album, on retrouve des similitudes vocales avec une autre figure du RnB, un certain Michael Jackson qui s’en inspirera très nettement dans sa période 80s.

Si la période des 70s constitue l’age d’or du Rythm’n Blues, elle permet aussi à Stevie Wonder d’en être une figure indiscutable. Les années 80 lui apportent une « démocratisation », dans le sens où il sort de ce style pour aller vers la pop musique, à l’image de Michael Jackson dont il partagera des titres. Les hits continuent à s’empiler, comme « Master Blaster » ou le « Happy Birthday », chanson dédiée à Martin Luther King. Il milite toujours pour la cause noire, tout autant que pour l’Afrique comme en 1985 avec « USA for Africa ». Mais la période des années 90 constitue un relatif déclin musical, fait plus d’apparitions et de duos que de création, jusqu’à une période 2000 où il vit sur ses acquis, ce qu’on lui pardonne volontiers. Il continue à tourner dans des salles toujours combles et laisse déjà un héritage considérable dans la musique contemporaine, bien au delà du RnB, de la soul et de la funk.

Iceman

Avec : Stevie Wonder : fond vocal, piano, batterie, harmonica, fender rhodes, clavinet, keyboards,  synthetiseur – Scott Edwards: basse – Gloria Barley : chœurs – Jeff Beck : guitare – Shirley Brewer : chœurs – Malcolm Cecil : synthétiseurs – Howard « Buzz » Feiten : guitare – Jim Gilstrap : chœurs – Lani Groves : chœurs  – Loris Harvin : chœurs – Trevor Laurence : saxophone – Steve Madaio : trompette – Robert Margouleff : synthétiseurs – Ray Parker Jr. : guitare – David Sanborn : saxophone – Deniece Williams : chœurs – Debra Wilson : chœurs – Daniel Ben Zebulon : percussions, congas

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