Automobile: qu’est devenue la presse indépendante ?

L’affaire Volkswagen a montré deux choses : Une tricherie et les liens entre constructeurs et presse. En effet, bien peu de magazines papiers, web ou télé, consacré à l’automobile ont parlé du sujet en profondeur.

Comme les autres secteurs, la presse automobile vit de la publicité. Il y a encore quelques années, il n’y avait que l’exception belge du Moniteur Automobile mais il a finalement dû plier bagage de France pour n’être diffusé que dans son pays, faute de rentabilité. Les reportages télévisuels lors des sorties de véhicules sont devenus de la publi-information avec même l’intervention du constructeur et une critique aux abonnés absents. Le rédactionnel est en baisse à coup de nouvelles formules, la plus symptomatique étant celle du vénérable Auto Journal où l’on agrandit les interlignes et la place des photos. (voir ci dessous … avec une retouche photo baclée en plus)

D’autres liens plus sournois expliquent ce manque de vision critique. On va ainsi retrouver des journalistes de M6 faire ce qu’on appelle des « ménages » chez PSA, et on voit souvent des proximités à peine masquées entre constructeurs et émissions de télévision par la récurrence de sujets. On peut s’étonner ainsi de la place de Renault chez Auto-moto ou du groupe VW chez Direct Auto. Comme en plus, les constructeurs invitent les journalistes à voyager dans de jolies destinations pour la sortie d’un véhicule, ne pas jouer leur jeux veut dire ne plus avoir accès au véhicule et au voyage…. en plus de l’aspect publicitaire

Mais c’est aussi le manque de connaissances techniques qui est flagrant. Quand auparavant on avait des Gérard Crombac ou des Paul Frère qui étaient des passionnés, des curieux, des gens capable aussi d’être rapide sur un circuit, on a maintenant de gentils commerciaux de la marque, si on regarde le discours. Les tests sont bâclés, et on nous vend même parfois une rigueur qui tient plus du contrôle technique de garage que de l’analyse de fond d’un véhicule. Il faut produire du contenu, et non pas passer du temps à enquêter. Et pour le peu de journalistes qui connaîtraient un peu des dessous des véhicules, c’est l’omerta qui leur fait garder le silence.

Si les mesures de consommation des essais ont déjà montré des différences avec les chiffres constructeurs (forcément, on est hors banc à rouleaux), Il a fallu attendre très longtemps pour avoir ne serait-ce que l’information du rejet normé de CO2. Personne n’a osé fournir un relevé pris dans un centre de contrôle technique sur le véhicule d’essai sur une gamme d’essai de son choix. Mais comme cela se limite encore au taux de CO, on ne va pas chercher plus loin, même si les moyens de mesure sont accessibles (avec des abaques de corrections). Et j’ai connu aussi des mesures totalement irréalistes sur des véhicules « dérangeants », comme les premières hybrides par exemple.

La lecture des numéros datés de quelques semaines après le scandale Volkswagen ne fait que confirmer que la presse automobile se saborde. Elle a perdu toute crédibilité, critiquant les normes mais pas les pratiques des constructeurs, donnant des pistes à la fois irréalistes ou incomplètes. Aucune investigation ou vérification sur un seul véhicule incriminé n’a été présenté alors qu’il n’y a rien de très complexe. Il suffit de sous-traiter à des laboratoires spécialisés ou de louer des matériels dans des sociétés spécialisés dans le matériel de mesure.

Au moment où la presse a déjà du mal à survivre, la presse automobile creuse encore plus vite sa tombe. Le sensationalisme l’emporte sur la rigueur, hélas, comme on peut le voir avec le leadership de Autobild/Autoplus, magazine proche des constructeurs … allemands. Je n’irai pas pleurer sur la tombe de l’Auto-Journal, Auto-moto ou L’Automobile Magazine le jour où ils fermeront.

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6 réflexions sur « Automobile: qu’est devenue la presse indépendante ? »

  1. Merci de m’ avoir rappelé le nom de Gérard Crombac, la dernière fois que l’ en ai entendu parler c’ était un hommage dans auto hebdo pour l’ annonce de sa mort, ça remonte. La presse auto a suivi le mouvement, maintenant les voitures sont des produits marketing, sans saveur…. Tiens en parlant de Auto hebdo, qu’en je le lisait assidûment il y a une dizaine d’ années je trouvait le travail plutôt bien fait qu’ en penses-tu?

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    1. Oui côté sport auto, ça reste une référence malgré une baisse de qualité… Crombac c’était une figure de Sport-auto, le biographe de Colin Chapman (lotus) surtout.

      Et pour répondre à Gilles, aujourd’hui je m’abonnerai encore au moniteur automobile ( ce sont les seuls à ne pas avoir dit n’importe quoi à la sortie de l’hybridation, par exemple…) si son import n’était pas si cher mais on sent aussi une baisse dans les articles techniques de fond, moins présents. Ça reste un magazine de « barbus » 😀

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  2. Bonjour, j’ai le sentiment que la « presse » d’une manière générale s’est adapté au mode de consommation, et aux réflexes quasi conditionnés du consommateur.

    Il suffit de faire dans la forme, quelques arguments commerciaux, « Votre X-bidule, est maintenant plus sur… », « Votre y-machin aura un impact carbone plus faible… », « Votre z-truc dorénavant sera plus simple d’utilisation… »: remplacer les trucs machin ou bidule par ce qui vous plait: voiture, cafetière, ordinateur peu importe, c’est pareil.

    Le consommateur se sent vivre au travers de son pouvoir d’achat, donc quel que soit son pouvoir, il faut qu’il se sente valorisé, qu’il ai le sentiment d’avoir fait  » un investissement » , un vrai de vrai, vous comprenez ou je veux en venir. Dés lors que vous tenterez de lui démontrer le contraire, ou avancer un argument qui n’abonde pas dans son sens: c’est une attaque personnel.

    Vous remettez en question son choix, son intellect , son niveau social.

    Il fut une époque oû le chroniqueur auto était un ancien pilote, il était capable de tenir la dragée haute à un ingénieur, puisqu’il participait activement au développement de leur machine.
    C’était une époque disons « populaire » , nous sommes maintenant dans une époque de type « elite » , les pilotes n’ont plus besoin de bosser aprés une carrière, ils sont richissimes, exilés dans des paradis.
    Ils ne sont plus des passionnés , simplement des mecs qui sont là pour faire du pognon.

    J’en reviens sur la presse auto précisément, évidemment non, ils ne vont pas critiqué ouvertement VW , pourquoi, et bien les autres firmes auto regardent, et sélectionneront le commercial de la marque (merde le journaliste neutre et impartial) pour les prochains tests en Sierra Nevada , ou aux Canaries.
    Les mecs ne vont pas se priver d’une semaine en Andalousie, dans un hotel 4 étoiles tout frais payé..

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