Musique : Claude Nougaro – Nougayork (1987)

nougayorkRares sont les artistes à laisser une trace dans l’histoire de la musique francophone et en plus à réussir des come-backs tonitruant. Claude Nougaro est de ceux là avec cet album sorti en 1987.

Car à cette époque, le toulousain fan de Jazz est considéré comme un ringard par sa maison de disque Barclay, remercié et « condamné » à un exil à New-York, refuge de tant de légendes du Jazz. Sa carrière a commencé dans les années 50, par l’écriture. Mais celui qui est fils de musiciens et chanteurs classiques, qui est tombé dans le jazz quand il était petit, ne va pas tarder à mettre de la musique sur ces poèmes. L’ami de Brassens et parolier de Marcel Amont, écume les cabarets parisiens, où il réside depuis 1950. Il ne perd pas son accent toulousain, qui sera sa marque de fabrique. « Cécile ma fille », dédié à son premier enfant, lui amènera le succès public en 1962. Avec divers compositeurs (Michel Legrand notamment), il amène les rythmiques jazz dans la chanson française. Les années 60 lui apportent des hits comme « Le Jazz et la Java », « Toulouse » ou « Armstrong » dont la modernité étonne encore, avec une base negrospiritual arrangée par Maurice Vander. On retrouve justement ce même Vander comme accompagnateur et arrangeur tout au long de la carrière du toulousain. Les années 70 voient le Jazz devenir moins à la mode et pourtant, il conserve un public fidèle avec des titres comme « Tu Verras ». On aurait pu pensé que les années 80 seraient celles du déclin.

Dos au mur après la fin de son contrat avec Barclay, il plaque tout et part à New York chercher l’inspiration. Dans une ville refuge de jazzmen, il a l’embarras du choix. Il y rencontre Philippe Saisse, qui travaille déjà là bas avec Al Jarreau, Chaka Khan, qui sont justement cités dans l’album. Nous sommes dans une époque où le rock est flambloyant, où les instruments synthétiques et électroniques prennent de l’importance. Tout cela réuni va donner NougaYork, qu’on aurait pu appeler Newgaro.

L’album se vit comme un hommage à la ville et ses quartiers. Des synthés et batteries électroniques de « Nougayork », on nous débarque de l’aéroport pour se plonger dans cette mégalopole. Les mots de Nougaro claquent et répondent aux riffs des guitares électriques. Le ton est donné, moderne tout en gardant la touche de jazz. avec « Rythm’n flouze » on groove sur son propre malheur dans un son jazzy et RnB très 80s. Inutile de dire de quel quartier parle « Harlem ». Le registre est plus classique pour un méandre de mots à l’image des rues qui perdent le touriste. La modernité revient avec la batterie électronique qui introduit « Un écureuil à Central Park ». Comme un jeu avec l’animal, s’en suit un jam de 10 minutes où Nougaro laisse libre court à sa créativité. Et il en a à revendre le bougre, entouré par de remarquables musiciens. Le groove funky revient dans « Lady Liberty » qui trouve des mots idéaux pour nous faire vivre ces instants. Les consonnes sont marquées et répondent à la rythmique dansante, presque hip-hop. On peut s’interroger sur la présence de ce « petit oiseau de marrakech » aux sonorités orientales. Ce serait oublier que New-york est une ville monde où l’on rencontre autant de quartiers que de nationalités. C’est une ville refuge, comme un phare du monde. Peut-être un autre sens à ce « Gardien du phare » qui fait encore la part belle à des sonorités africaines autant qu’à la modernité des arrangements synthétiques. Le rock était présent dès les premières notes, il le reste avec « Nougarock ». C’est pourtant par du saxophone qu’on entre dans ce jam de 7 minutes. Groovy à souhait, on n’entend que Nougaro au début et à quelques instants de la fin de cette rencontre entre musiciens de divers horizons. Sa voix est samplée, transformée, rappelant au final des morceaux house de ces débuts de la musique électronique. La nostalgie est évidemment présente avec le magnifique « Il faut tourner la page ». La voix grave est toujours aussi assurée et émotionnelle. C’est la meilleure conclusion qui soit et pourtant, il y a comme un manque.

Si cet album remet Claude Nougaro dans la modernité, lui fait rejoindre la tête des charts, on a l’impression qu’il en a encore à dire, à faire, qu’il a des rencontres à concrétiser musicalement. En cette fin des années 80, il peut enfin retrouver sa liberté. Il l’utilisera dans les années 90 pour proposer des sonorités différentes encore, partant sur la côte Pacifique avec l’album du même nom, ou bien vers ses premières amours musicales. Le 4 mars 2004, il cesse de voyager et de nous faire voyager après une dernière « Note Bleue », comme un hommage au célèbre club de jazz new-yorkais.

Iceman

producteurs : Mick Linaro, Mark Egan, avec Markus Miller à la basse, Trilok Gurtu aux percussions, Nile Rodgers à la guitare, Philippe Saisse aux arrangements, Maurice Vander : Piano et arrangements, Pierre Michelot : Contrebasse, Francis Lassus : Batterie

 

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