Libre : la théorie de l’évolution

Depuis ce week-end, le landerneau du libre parle beaucoup de la mort lente de Firefox OS, ou pour être précis, de sa veillée funèbre. Il faudrait plutôt parler de l’évolution nécessaire de nos systèmes libres vis à vis des nouveaux terminaux.

Comme Cyrille Borne le rappelle, il est aujourd’hui difficile de trouver un système « libre » adapté à un ordinateur portable à interface tactile, ou pire… un hybride tablette-portable. Ne parlons pas des smartphones et tablettes puisqu’Ubuntu/canonical va droit dans le mur où se sont déjà explosés Mozilla et Jolla. La faute à qui? La faute à une mauvaise définition de la cible, autant qu’à une sortie anticipée. Car il faut quand même se souvenir que les premières versions d’Android, avant la 1.6, étaient assez indigentes (voir déjà cet article de gizmodo). Il a vraiment fallu attendre la version 2.1 puis 2.3 pour que le produit soit définitivement installé, avec à la fois des constructeurs de renom et des applications phares.

Car voilà les deux mamelles de la réussite, si j’ose dire, pour un OS. Même Microsoft s’est cassé les dents dessus, croyant que sa seule marque suffirait à attirer ses éditeurs et programmeurs fidèles et ses partenaires. Android, avant sa prise en main par Google, n’était qu’un projet basé sur du libre, un noyau linux pas si éloigné de l’OS de Canonical. Mais l’intelligence de Google a été de cibler un marché encore naissant, par l’entrée et le milieu de gamme, alors peu présent, et de bâtir un market très rapidement pléthorique, même si au début, c’était un peu du vent. L’impression donnée, le volume de vente, ont fait le reste pour que le projet passe le cap. Et ensuite, il n’y a pas eu dispersion des forces sur diverses cibles (même si chez Google on a Chrome OS…), pas eu trop d’atermoiements sur la stratégie de développement (à part Android 3.0 ? ). Aujourd’hui, le produit sait gérer des périphériques, des interfaces de saisies tactiles au doigt et au stylet, diverses tailles d’écran et répond à tous les segments de marché.

Sauf que ce marché continue d’évoluer, et pas forcément comme nous le voulons. Ainsi en va-t-il des tailles des terminaux, par exemple. Mais pour un OS libre, le marché des ordinateurs n’est pas celui du neuf mais celui de « l’occasion » ou de « l’assembleur ». Il s’agit d’installer un OS bien après le premier achat de la machine. Sur un smartphone ou une tablette, ce n’est pas l’habitude. Les constructeurs ont beaucoup plus verrouillé les possibilités d’installation. Le marché est donc plus fermé. La seule clientèle capable d’installer un OS libre sur un terminal de ce type est à la fois limitée, et peu attirée par le clinquant d’un système grand public. C’est donc un problème pour faire décoller des ventes. En plus, le libriste n’aime pas trop payer un logiciel ou voir de la publicité, ce qui tue dans l’oeuf une autre manne financière, le Market. Ainsi trouve-t-on peu ou pas d’éditeurs de renom misant sur des plateformes alternatives. Mais après tout, sur Android, on a vu émerger de nouveaux éditeurs ?! Oui, mais ils ont pu monétiser leur logiciels par un modèle économique que le libre ne conçoit pas. C’est donc en soit que le libre recèle déjà son problème. Android est sorti du « libre » pour pouvoir décoller.

Alors, il reste pourtant des possibilités. Si on regarde du coté de Microsoft, qui abandonnera un jour le mobile, la survie passe par le retour au monde professionnel, ce qui a fait son succès à l’époque de l’IBM PC. La tablette Surface Pro a fini par trouver sa cible, au point qu’Apple a tuer Steve Jobs une deuxième fois en mettant des stylets, en allant sur des tailles plus grandes pour une version « pro » de ses ipads. Or, le coeur de cible des systèmes libres n’est pas le grand public mais un public de pro, de programmeurs, de chercheurs, de techniciens et ingénieurs. Aujourd’hui, les rares commerciaux que j’ai vu avec des tablettes, ne sont pas encore à l’aise avec les produits, ipad ou android. Ils ont encore des réflexes anciens, des manques lorsque l’on aborde de vrais sujets techniques, l’interface avec d’autres outils. C’est peut être là qu’il faut réfléchir à des développement. Mais avant cela, il va falloir comprendre qu’un système n’a de succès que par l’ergonomie (utilisation ou programmation), le soutien d’éditeurs (avec la lucrativité), la richesse du parc logiciel.

Même si nombreux sont ceux qui  appellent de leurs vœux la naissance d’une alternative libre aux nouveaux terminaux (mobiles, smartphone, hybrides), il faut que l’on comprenne que l’on vit dans un monde où c’est d’abord la rentabilité qui prime. Le libre n’a pas montré sa rentabilité, à moins de perdre son âme (Android). Du coté utilisateur, il faut alors se résoudre à mettre la main au porte monnaie, face à un modèle pseudo-gratuit qui est un leurre. L’habitude du micropaiement ou du marché de la data est prise et difficile à changer, même à coup de messages éthiques. Le libre est donc condamné à être suiviste plutôt qu’avant-gardiste…

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8 réflexions sur « Libre : la théorie de l’évolution »

  1. Bon billet 🙂
    Côté Android, je ne vois pas de verrou par les constructeurs : tu installes les applis que tu veux.
    Cyano et donc les OS alternatifs foisonnent sur les modèles grand public…

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    1. On a beau dire…. ce n’est pas accessible à monsieur et madame tout le monde d’installer une ROM alternative, surtout que parfois il faut passer par un logiciel…. windows !

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      1. T’es hors-propos coco, je parlais juste de la possibilité.
        Car de toute façon le péquin moyen se fiche de faire autre chose que ce qui est prévu.
        La seule demande de ma femme sur son androphone était l’éventuelle possibilité de virer les applis installées de base, hors le root n’était pas dispo à l’époque donc elle a fait avec.
        Depuis plus de demande.
        Moi ce n’est pas le root que j’ai fait, c’est heu… lire mon billet sur mon S2 et le prochain :p
        Mais du coup je recentre : les constructeurs n’ont pas « pluss » verrouillé : iOS c’est de base alors que Google se fout de ce que tu fais avec ton appareil et le constructeur aussi, la preuve les bootloaders sont déverrouillés maintenant.

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  2. J’aurai pas dit suiviste, j’ai pas le mot de vocabulaire adapté, trouble-fête c’est sympa, plus que parasite mais c’est lié. Suiviste ça laisse supposer que tu vas te contenter de faire un copier coller, ou de regarder ce qui se passe et de faire comme les copains. Le trouble-fête, il s’invite dans une soirée déjà organisée et il change la musique pour foutre le dawa. On est forcé d’attendre que les gens sortent du hardware pour trouver une façon de se glisser dedans.

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    1. sauf qu’en l’occurence, il ne m’a pas semblé que le libre foute le dawa niveau ergonomie autant que les tuiles de windows mobile / 8, mais reprenne plutôt des comportements déjà vu ailleurs. Et l’on suit aussi ce que le hardware dicte par sa mode. Car qui sait ce que seront les tablettes dans 10 ans ?

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      1. On ne peut pas non plus réinventer la roue en permanence, il faut bien qu’avec les milliards que Microsoft dépense, de temps en temps, il innove un peu. Quand tu vois libreoffice qui est présent dans la grande partie du territoire et qui pourtant s’est contentée de copier les vieilles interfaces de Microsoft, on est bien dans le parasitage, et un sacré dawa en terme de révolution.

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      2. L’interface d’Ubuntu touch me semble très différente de ce qui existe maintenant sur les mobiles mais je peux me tromper. Cela fera comme Sailfish OS pour lequel les articles étaient tous du type « prise en main difficile » car un certain nombre d’actions sont différentes de ce qu’on retrouve ailleurs.

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