Cinéma : Mayrig d’Henri Verneuil (1991)

Henri Verneuil, avant de déceder en 2002, a signé deux films « testaments » en 1991 et 1992 : Mayrig et 588, Rue Paradis.Il y raconte de manière à peine déguisée, son enfance de réfugié arménien. Des thèmes étrangement d’actualité, surtout pour le premier de ce diptyque.

Dans cette enfance quelque peu fantasmée, Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, rend surtout hommage à sa famille qui s’est sacrifiée pour lui offrir la meilleure vie possible. Destiné à devenir ingénieur, il choisira finalement le cinéma, avec à son actif des films mémorables comme « La Vache et le Prisonnier », « Le Clan des Siciliens », « Peur sur la Ville », « Mélodie en sous-sol »…. Mais dans cette saga-hommage familiale, Verneuil-Malakian parle surtout d’une époque de l’entre-deux guerre et du génocide arménien (1915) qu’il n’a pas vu lui même.

Mayrig a le défaut de ne pas contextualiser le génocide dans la guerre entre turcs et russes. Il ne s’attarde pas sur cette 1ère guerre mondiale qui verra les armes les plus « inhumaines » (et pourtant elles ne sont que ça, humaines), détruire des dizaines de millions d’individus. Il montre l’extermination et l’exode d’une population, cette vengeance décidée par une caste militaire, ces tortures. Il y a un coté « Dix commandements », dans sa manière de filmer, avec des scènes poignantes. S’il édulcore parfois, il reste cru dans les scènes de torture  ou sur le massacre de l’oasis. Ce massacre montre que les Kurdes furent parfois les alliés tacites des soldats turcs dans une période où il fallait choisir un camp. Mais il ne tombe pas dans la haine non plus, rappelant que « tous les turcs n’étaient pas comme ça », en parlant de ceux qui sauvèrent l’ami de la famille dans l’histoire.

Ce film n’est donc pas documentaire mais montre suffisamment d’éléments de l’histoire arménienne pour donner envie de s’y pencher. Le deuxième thème majeur est celui des réfugiés. Arrivés par bateaux successifs en France, on voit les arméniens se disséminer dans le monde, jusqu’au Venezuela, par exemple. On y voit la difficulté à s’intégrer, la solidarité de la communauté, ce qui n’est pas un communautarisme comme certains le reprochent aujourd’hui. La cruauté de l’enfance, le racisme y sont dépeint dans une société française de l’entre deux-guerre où l’on ne ressent pas le poids de la crise de 29, ou bien la montée de l’Allemagne nazie. Le petit héros semble loin de tout ça, pris entre une famille qui se saigne pour lui payer les études et sa lutte pour survivre à la maladie, ou se faire une place au soleil.

La presque taudis, qui accueille la famille en 1920, va peu à peu se transformer en un cocon protecteur, refuge de tous les souvenirs. Cette rue, justement nommée « Paradis », restera celle où la famille de Verneuil/Malakian va oublier l’enfer, et retrouver un peu de sa richesse passée. Mais si Mayrig se concentre sur cette enfance et ces sacrifices, le film suivant se penchera avec justesse sur l’identité culturelle et le problème de l’intégration qui ne signifie pas le renoncement. Le héros a choisi un autre nom, comme le cinéaste, mais regrette sa perte d’un patronyme qui signifie tant. D’autant qu’il montre qu’aux Etats-unis, on peut s’appeler Rouben Mamoulian et être réalisateur de renom. Les moeurs ont-ils vraiment évolué entre cette société des années 30-40 et aujourd’hui ? Pas tant que ça si on regarde une vidéo où l’on demande à des enfants qui a volé un objet dans un spectacle de guignol, entre un certain Ahmed/Moussa et un Thomas.

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