Blog : De la valeur culturelle des oeuvres …

Je partage quelques clichés depuis quelques années sur diverses plateformes internet et je m’étonne de la réception très variable que peuvent avoir à la fois ceux-ci et surtout ceux des autres…

Je pourrais faire un parallèle rapide avec les télé-crochets comme The Voice où c’est rarement le meilleur artiste qui gagne mais celui qui est le plus consensuel, qui ne choque pas trop, qui gagne. A quelques rares exceptions (et encore bien aidées par la mise en scène comme pour Steve Estatof et Julien Doré), on reste dans des choses très accessibles. Et bien c’est le cas aussi en photo, pour différentes raisons. Je me suis amusé à mettre les mêmes clichés sur trois des plateformes les plus fréquentées (en dehors de Facebook, evidemment qui n’est qu’un voleur de photos), à savoir Flickr (groupe Yahoo), Instagram (groupe Facebook) et 500px, la valeur montante du secteur. A noté que parmi ces trois là, Flickr a très tôt permis l’utilisation de la licence Creative Commons et  de restreindre le partage de ses clichés. Je reviendrai plus tard sur ce problème.

Le résultat est sans appel : Chaque plateforme a une orientation bien à elle et un public différent ce qui fait que les photos partagées n’obtiennent pas le même succès. Ainsi Flickr avec son stockage désormais illimité (et son interface discutable…)  a attiré des gens voulant stocker simplement tout et n’importe quoi mais garde quelques photographes amateurs et semi-professionnels très valables. Il y a assez peu de selfies, par contre. Instagram a un public étrange, mélange de professionnels et d’amateurs plus là pour leur égo et leurs selfies et pour suivre les actus de leur star préférée. Enfin 500px est un repère de semi-pro dans un style assez clinquant qui plait pas mal à un public asiatique et américain et aux amateurs d’HDR. Je trouve actuellement plus de photographes intéressants sur Instagram et Flickr, de par le public présent et la taille du stock. La photo noir et blanc reste un créneau très particulier, par exemple et le format carré d’Instagram ne convient pas à tous les clichés. On visionne souvent en vignettes plutôt qu’en pleine taille et ça n’aide pas les photos complexes ou rectangulaires. On va ainsi vers des choses très classiques ou très géométriques. Des photos de monuments, sans originalité, rencontrent plus de succès qu’une photo à la lumière très travaillée sur une scène de rue.

Le problème vient de plusieurs phénomènes. D’une part, ces sites utilisent des algorithmes pour mettre en valeur les clichés. Il y a le fameux Explore de Flickr, où j’ai eu quelques clichés par le passé, qui n’ont eu aucun succès sur les autres plateformes. J’ai eu le cas pour deux photos aussi sur Instagram (qui seraient jugées moches par beaucoup, car floues et hypercontrastées) qui ont eu leur moment de gloire…Je me suis amusé à les supprimer et à les remettre et ça n’a pas marché aussi bien. Comme quoi ce n’est pas l’œuvre qui est jugée mais une conjonction de phénomènes comme le moment et la présentation. Je soupçonne aussi que l’algorithme prenne en compte le fait de supprimer et remettre la photo, puisque ce que l’on supprime reste présent dans la mémoire numérique de ces sites. Cette robotisation du choix aboutit à un lissage et à des aberrations. Je vois souvent des choses très médiocres passer dans ces sélections et je découvre ailleurs de petits chefs d’œuvres presque aussi peu vus que mes modestes clichés. Mais il n’y a pas que la robotisation (qui fera l’objet d’un prochain article), qui crée cette injustice.

Tempête de Neige en Mer de William Turner (1842)

Il y a aussi le copinage ou la « sociabilité des auteurs. En ce qui concerne l’écrit, Frederic a eu l’occasion de parler de cette dérive. Certain(e)s sont des expert(e)s pour faire grimper en popularité des blogs, pages Facebook et autres en popularité par des moyens pas toujours licites. On peut parler de la vanité, du copinage mais combien de fois ai-je vu des recopies de dossiers de presse ou de présentations d’applications avoir un succès en commentaire alors que des articles pointus et fouillés n’ont aucuns lecteurs. Ainsi va le monde… Et cela vaut non seulement pour la photo, mais aussi pour la musique. Il y a une part de hasard, aussi, comme lorsqu’un article d’Histozic.fr explose l’audience juste parce qu’il fait polémique dans un forum de fans. L’audience n’a jamais fait la valeur d’une œuvre, quelle qu’elle soit. Combien d’artistes sont morts avant de devenir célèbres ?!

De manière assumée et narcissique, j’aime avoir des « likes » de la part de photographes professionnels, même s’ils sont peu nombreux. J’aime moins les étoiles systématiques à chaque photo/article rajouté(e). Comme je n’ai jamais eu envie d’en faire un métier et que j’apprécie plus la découverte de beaux clichés des autres, ça me passe vite. Mais je pense parfois à ceux qui ont du talent et qui tentent de sortir du lot par ces outils, veulent en faire leur profession. Il faudra avoir la chance et parfois un peu plus de se faire repérer par une agence, car elles recherchent toujours quelques talents via des comptes dédiés (et je ne parle même pas de la rémunération au lance pierre). Mais pour d’autres types d’œuvres, comme les œuvres écrites, cela me paraît bien différent (là encore Frédéric s’est amusé à un petit calcul sur la plateforme Kindle). Idem pour la musique où je continue d’explorer les streamings en vogue à l’affut de la prochaine bombe musicale. Et à l’heure où l’Eurovision a montré des décalages flagrants entre vision d’un jury et du public (bien que les trois premiers soient exemptes de cela), se pose alors la question d’un jugement de valeur sur une œuvre.

On aborde quelque chose de très intime, faisant appel à nos sentiments les plus profonds mais aussi à notre culture, notre apprentissage de ce qui  est « beau ». Ainsi on pourrait parler de Pierre Soulages dont les œuvres sont peu comprises et jugées souvent basiques. On pourrait aussi parler de Daniel Buren et de ses rayures, ou d’Andy Warhol et de son art en général, des artistes qui ne sont souvent pas compris du grand public, ou apprécié sans compréhension. Comment juger la valeur d’une oeuvre finalement ? Certains écrits au style ampoulé en deviennent illisibles mais sur un aspect purement technique seraient qualifiés de beaux. Me revient aussi en mémoire les critiques qu’essuyaient les peintres pré-impressionnistes dans les concours de l’époque. Le débat autour du « beau » est sans fin. Le débat autour de la force d’une photo est aussi complexe. Si l’on prend l’exemple récent de l’enfant mort sur une plage de méditerranée, la photo n’avait alors rien de techniquement compliquée ou d’une grande valeur artistique mais avait pourtant une valeur considérable pour d’autres raisons, une valeur qu’on dira « historique ». Mais ça, c’est le temps qui décide ensuite.

Alors dans le monde de l’immédiat et du narcissisme exacerbé, l’artistique a du mal à trouver sa place. On dénonce dans le monde de l’art les « faux artistes », les stars d’aujourd’hui qui choquent, qui créent le buzz plus que l’oeuvre. L’histoire est remplie de tous temps, par ces débats. Au fond, une oeuvre ne devrait pas être jugée, même par un like. Si je mets des notes sur sens-critique, c’est plus pour mémoire, que pour autre chose et je les gardes pour moi. Et si je mets des likes/étoiles, c’est plus pour récompenser l’artiste. Heureusement qu’il n’y a pas de note inverse, finalement, même si une critique constructive est toujours bonne à prendre, ne serait-ce que pour faire baisser son égo.

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3 réflexions sur « Blog : De la valeur culturelle des oeuvres … »

    1. En effet. Mes photos me permettent finalement de découvrir des personnes plus talentueuses que moi, lorsqu’elles viennent commenter et j’ai fermé le portfolio que j’avais mis en ligne, qui n’avait pas grand intérêt étant donné la visibilité

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