Blog : 2 France, 2 Web

Ce n’est pas un score de Foot mais ça aurait pu. Car à fréquenter le web comme à discuter dans la vie réelle dans cette période d’Euro, il semble bien que le pays soit coupé en deux : Les footeux et les autres.

Cela se ressent à travers le web. Ainsi, dans les réseaux sociaux dominants, impossible de passer à coté, entre les hashtags de twitter et les selfies, les messages de support de ses contacts sur Facebook. Depuis que je n’y suis plus, vous n’imaginez pas le bonheur de ne plus lire ces conneries. Ce n’est pas que je sois contre le foot, mais là, ça devient vraiment n’importe quoi. Sur l’Equipe, j’ai recensé près de 30 articles pour ne rien dire sur ce sujet, le reste étant sur le Tour de France. Les autres sports n’existent plus, même le tennis à Wimbledon passant quasi inaperçu. Même les attentats, les problèmes de politique internationale et française passent inaperçu dans les journaux dits sérieux. Tout le monde y va de son hors série foot. Les talk-shows s’y mettent aussi. Au moins, au boulot, je n’ai pas eu à subir les paris habituels, depuis que cela a été institutionnalisé. Maintenant, ce sont tous les footeux qui parient sur la minute où Ronaldo se recoiffe, etc…

Non, le sport, c’est sympa, sinon. Le foot, j’en ai fait (mal), je me suis passionné parfois, et j’ai des souvenirs particuliers en 98. Mais passons… Le problème n’est pas sur ce sport mais sur ce qu’est devenu le sport en général. Je me souviens de mon grand-père, grand sportif dans une époque où le sport ne s’était pas autant généralisé. Il suivait tout cela mais petit à petit, il avait remarqué ce recours de plus en plus systématique aux drapeaux après la victoire. Dans notre génération, cela ne choque peut-être pas, mais pour quelqu’un qui a connu deux guerres mondiales, ça fait quelque chose. Si les J.O. font concourir aussi des pays, on a vu que très tôt, des gouvernements totalitaires ont utilisé cet événement et le sport en général pour faire passer des idées de domination et de supériorité raciale ou politique, mais surtout de cohésion autour d’une idée nationaliste. Le développement du sport a commencé dans une époque qui parlait volontiers hygiénisme, eugénisme et colonialisme. Le sport féminin a eu aussi du mal à éclore dans des sociétés patriarcales. L’humanisme et le partage n’ont pas été toujours de mise, donc. Et aujourd’hui, avec le retour du sentiment nationaliste partout dans le monde, on voit aussi une mise en avant du sport jusque dans l’outrance.

Pour moi, le sport c’est un plaisir, d’abord. On peut rechercher la performance, se dépasser, mais quand ce n’est pas sans conséquence sur son corps, il y a de quoi discuter du but du sport. Je n’ai certes pas eu de blessures graves, mais ma pratique du 110m haies n’a certainement pas été sans conséquences sur mes genoux, par exemple. Quand on voit aujourd’hui des sportifs de haut niveau disparaître à moins de 50 ans, ou sombrer dans la drogue ou l’alcool, on peut vraiment se demander si le sport est vraiment bon pour la santé. C’est toute une société qui pousse aussi à cela, à la fois au paraître mais aussi à un dépassement qui frise la caricature dans les ultra trails, et autres courses extrêmes. L’argent vient par dessus tout cela. Des pionniers des triathlon Ironman (la version extrême du truc) regrettent aujourd’hui la dérive de leur sport, entre l’argent et une recherche de la performance à outrance, l’arrivée de pro,  qui fait passer au second plan la rencontre sportive, l’entraide.

Sur le web, on ressent aussi cela et d’une manière plus caricaturale encore. Car soit on s’affiche comme fan, soit on fait l’inverse. Rester neutre semble difficile sur ce sujet. Sur Diaspora*, je n’ai vu aucun contact parler foot de manière positive, pas plus que Tour de France, sport auto, Tennis, curling ou pétanque. Le geek est rarement sportif, selon la caricature mais tout de même. Y-a-t-il une pression sociale inverse ici? Car que cela soit dans un réseau social ou dans la vraie vie, il y a ce phénomène qui fait que l’on peut se sentir exclu lorsque l’on ne parle pas d’un sujet. Personnellement, j’aurais préféré que l’on parle de loi travail, de NDDL, de loi sécuritaire mais ça présente aussi des risques. Au moins, avec le foot, tu es tranquille, tu ne te fâcheras qu’avec tes collègues/amis allemands, portugais… En plus c’est pratique, tu peux aussi parler SexTape, prostitution, drogue, violence. Par contre, il ne faut pas parler argent, salaire, c’est tabou….

Curieux, non? Parce que moi, ça me choque qu’un mec comme Zidane soit payé en plus par des sponsors aujourd’hui pour son image, après avoir touché pendant ses 20 ans de carrière plus que 2000 ans de carrière d’un individu lambda, 20000 ans de salaire d’un ouvrier fabricant sa paire de chaussure. D’ailleurs je ne vois pas bien le rapport avec un réseau téléphonique qui a déjà du mal à fournir une 4G correcte. Ca fait combien d’antennes ou de DSLAM, un Zidane ? Je ne vais pas taper que sur lui, ou le foot. Dans le sport auto, c’est aussi pareil quand on regardait le salaire de Schumacher, ou quand on regarde celui de Sebastien Loeb, par rapport à leurs mécanos, animés par la passion plus que par l’argent. Surtout que pas mal de ces « champions » oublient un peu qui leur prépare leur fière monture. (j’ai les noms…). Là aussi, il y a deux mondes dans le sport, comme dans la vie : L’élite et le grouillot. Le foot donne l’illusion qu’il y a un passage d’un monde à l’autre. Oui, mais pas sans conséquence, non seulement sur les recalés, mais aussi sur toute l’économie autour. On paiera les jolis stades tous neufs encore longtemps, ainsi que la remise en état des fan-zones et autour, bien plus encore qu’une petite ZAD ou une manif. Les dépenses des supporters sont allées dans la poche des sponsors officiels, à 90%, les autres n’ayant que des miettes. Des études ont montré que si on isole la progression normale de l’économie, gagner une compétition n’a aucun impact sur la croissance, l’emploi. Bref tout cela reste du vent et une manière policée de réintroduire les jeux du cirque à la romaine. Reste pourtant un sport agréable à jouer, lorsqu’il n’y a pas de trucages, de simulations, de poussettes. Bref, on a le foot féminin, pour l’instant pour ceux qui aiment vraiment ce sport, dans ce qu’il a de beau. Mais jusqu’à quand….

Voilà, j’en ai fini pour cette parenthèse politico-sportive. On va vite voir disparaître les bandeaux de pubs « foot » sur tous les sites. On va voir fleurir d’autres futilités en TT de Twitter. On va voir se créer d’autres pages facebookque « je veux la même coupe que Payet ». Et on oubliera les selfies des fanzones diffusés sur snapchat ou les vidéos pericscope après la victoire de …………. (remplir la case par le vainqueur de l’Euro). Il restera pourtant une chose : Un web où l’on partage et on s’entraide, et un autre où l’on pense argent et à soi même. as IRL, comme on dit….

4 réflexions sur « Blog : 2 France, 2 Web »

  1. Bon, déjà, tu peux pas cracher sur Le Foot comme ça, nous sommes des millions de supporters et nous allons gagner tous ensemble cette Coupe. Heu….je recommence….

    Effectivement c’est la déferlante pro-euro etc. comment en serait-il autrement ?

    Les médias récupèrent toujours un événement pour démultiplier jusqu’à écœurement ses effets, idem donc pour les réseaux sociaux. Combien de personnes regardent l’Euro de Foot sans connaître les règles du hors-jeu, du corner (coup de pied de coin ?),etc. ? La pelouse a remplacé l’arène et les joueurs ont remplacé les gladiateurs. Pour le pain, on fera les comptes avec du recul après l’application de la loi travail. Cependant, rien ne nous empêche justement de parler foot au travail, au supermarché, à la Poste puis d’embrayer sur les dérives du sport.

    « Pour moi, le sport c’est un plaisir, d’abord. On peut rechercher la performance, se dépasser, mais quand ce n’est pas sans conséquence sur son corps, il y a de quoi discuter du but du sport. »
    > J’ai relativisé mon approche du sport également. Après avoir fait du tennis, badminton et jogging…oups…MAJ « running » pendant des années; j’en suis arrivé au fait qu’il faut faire une activité physique mais pas forcément du sport !?! Notre squelette paléolithique est conçu pour faire de la marche sur plusieurs kilomètres par jour….pas nécessairement pour lui imposer des kilomètres de courses avec des dénivelés de fou. Le Marathon trouve son origine dans une guerre. Je me demande ce que penserait ce messager Grec si aujourd’hui on lui disait que des milliers de coureurs parcourent sa distance « pour la forme » ?
    Nos arrières-grands-parents, grands-parents n’avaient pas besoin de faire du sport. Couper du bois sans outils motorisés, laver des kilos de linges au lavoir (l’ancêtre du réseau social ?), porter des sacs de ciments sur la hanche et l’épaule, terrasser sans pelleteuses, moissonner sans machines agricoles, on continue ? ….
    Quand je marche en montagne et que je rencontre des coureurs bardés de capteurs, GPS et autres cardios ultra-perfectionnés qui n’ont pas le » temps » de dire bonjour alors je me dis que l’avenir de l’homme augmenté ne m’attire pas du tout.

    « Les dépenses des supporters sont allées dans la poche des sponsors officiels, à 90%, les autres n’ayant que des miettes. Des études ont montré que si on isole la progression normale de l’économie, gagner une compétition n’a aucun impact sur la croissance, l’emploi. »
    > Il me semble que les fanzones n’existaient pas en 98. Déjà, le mot « zone » me gêne énormément, il est réducteur et évoque une frontière, une barrière entre ceux qui sont dedans (insiders) et ceux du dehors (outsiders, tiens un terme sportif ?). Les flux monétaires des bénéfices de l’Euro seront dirigés vers les sociétés privés alors que les fonds publics auront servis à rénover les infrastructures (stades,…), malaise ?.

    Bon, j’ai été longuet gérard (ok, je sors là !), merci pour ton article qui m’a bien plu.

    1. Même conclusion pour marche et randonnée. Et madame me parlait justement de ces gens qui disent pas bonjour…. Ceci dit mes voisins non plus ne le font pas.

    2. « Quand je marche en montagne et que je rencontre des coureurs bardés de capteurs, GPS et autres cardios ultra-perfectionnés qui n’ont pas le » temps » de dire bonjour alors je me dis que l’avenir de l’homme augmenté ne m’attire pas du tout. »

      -> Je fais énormément de randonnée et je me rends aussi compte que le « bonjour » n’est plus d’usage. A 27 printemps, je suis même surpris que les premiers à ne pas me répondre sont… les anciens! O.o ‘>.<
      Et effectivement, tous ces gadgets ne m'attirent pas du tout. Souvent, tout ceci n'est que ludique, aucunement essentiel…

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