BD : Wunderwaffen de Maza et Richard D. Nolane (2014)

J’avais dit que je ne mettrai plus de chroniques culturelles ici, mais quand c’est un coup de coeur, on peut faire exception. C’est le cas pour cette saga uchronique ….

Uchronie? Oui, il s’agit d’un genre (que l’on rencontre en littérature, au cinéma…)qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Ici, il faut un peu de temps pour comprendre pourquoi le front de l’est n’a pas basculé et pourquoi les alliés n’ont pas débarqué. Car, vous l’aurez compris dans ce titre, cette série de (pour l’instant) 9 BD, se passe pendant une seconde guerre mondiale durant un peu plus que jusqu’en 1945, puisque le débarquement a échoué. Hitler est toujours vivant mais mutilé par un attentat. On y croise De Gaulle, Churchill, Himmler, Goering, … Les Wunderwaffen, que l’on pourrait traduire par armes merveilleuses ou étonnantes, étaient les armes de pointe, les plus perfectionnées de l’armée allemande, des V2 (qui donneront naissance aux fusées de la conquète spatiale) aux premiers avions à réaction. La série se propose de suivre les « aventures » de ces avions hors du commun, si la guerre s’était poursuivie. Alors c’est vrai que certains critiqueront l’admiration que l’on pourrait ressentir envers ces terribles armes et le régime qui les a conçu. Mais il ne faut justement pas oublier que tous ces ingénieurs travaillèrent ensuite dans un des deux camps de la guerre froide, pour développer ces technologies que l’on retrouva ensuite dans le civil. Il en va ainsi de l’aéronautique, portée par le militaire, hélas.

wunderwaffen

Mais l’autre particularité de cette série est que le héros est … allemand. Ce pilote du nom de Murnau est l’exemple du militaire allemand qui essaye de survivre entre la folie des dirigeants nazis et le feu de l’ennemi. Il comprend qu’il se passe quelque chose dans cette zone spéciale d’Auschwitz, interdite de survol même par les pilotes allemands…hors SS. Le scénario use beaucoup de ces rivalités internes entre Himmler, Goebels et Goering, notamment. Mais en même temps, ce n’est pas vraiment un héros, celui-ci ne faisant rien pour trahir quand il le peut, mettant de la sauvagerie dans les combats. On verra au fur et à mesure la particularité qui le rend important aux yeux d’Himmler. Evidemment, avec ce choix, on aboutit à un manque d’équilibre des forces entre allemands et alliés qui est plus dérangeants que lorsqu’un captain america rend tous ses ennemis ridicules.

Derrière le pseudo Richard D. Nolane, se cache Olivier Raynaud, scénariste, écrivain prolifique, que l’on connait aussi pour les Harry Dickson, et qui a une fascination pour le paranormal. Ca se ressent bien ici, surtout après le tome 3 où le récit a tendance à basculer sur autre chose qu’une simple uchronie. Mais la qualité de cette série vient de la documentation très précise ayant conduit à la représentation des avions allemands, notamment. Il ne s’agit aucunement d’inventions farfelues mais de réelles prototypes ayant existé à la fin de la guerre. Une qualité qui tend aussi à se parfaire avec le temps, mais le scénario louvoie entre les différentes options, à la manière d’un Lost, au point qu’on se demande s’il ne va pas nulle part. Ou alors est-ce un hommage simplement à ces inventions?

Ainsi, l’avion que l’on voit en couverture du tome 1, le Lippisch P13, a réellement existé. Il est parmi les premiers jets à ailes Delta et inspirera des générations de jets américains, le Dr Lippisch ayant ensuite travaillé aux USA. On retrouve bien des modèles de ces jets préhistoriques, mais aussi des figures de la seconde guerres mondiales, comme les Lancaster, les Yak 3, les IL2 Sturmovik, les Lightning P38….De quoi intéresser les passionnés d’histoire de l’aviation. Car le dessin de Maza est à la fois rigoureux et dynamique (un peu trop pour les scènes de combats qui voient les pilotes alliés systématiquement broyés). Coté scénario, il y a ce qu’il faut de rebondissements mais on a parfois du mal à suivre ce héros qui n’en est pas  un. Par contre, il n’y a aucun réalisme dans la maniabilité et l’autonomie de ces jets. On pourra reprocher aussi le manque de développement du coté soviétique car le scénario alterne entre le coté allemand et le coté allié. Le scénariste avouait dans une interview avoir un peu de mal à s’attacher aussi bien aux avions qu’aux hommes, de ce coté du front. Ca se ressent…

Le développement des derniers tomes part sur des voies paranormales tout à fait plausibles….dans le sens où les nazis et Hitler avaient une fascination pour la mythologie nordique, les phénomènes paranormaux (le fameux Ahnenerbe). Les expériences les plus étranges et les plus terribles eurent lieu dans ce cadre. Je ne dirais rien sur l’évolution d’Auschwitz, dévoilée dans le tome 3, mais on se doute de quelque chose dès le début de la série. Là encore, il faut avoir lu sur le sujet de l’extermination pour comprendre que cela aurait pu être envisageable, …. Voilà donc une série intéressant sur bien des points, que ce soit dans son premier degré (aventure, aviation) que sur les autres points qui ouvrent à des recherches et à de la curiosité de la part du lecteur. Il me reste encore quelques tomes à trouver pour aborder le dernier sorti il y a un mois.

Wunderwaffen, par Richard D. Nolane et Maza, aux éditions Soleil. 9 tomes à ce jour.

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3 réflexions sur « BD : Wunderwaffen de Maza et Richard D. Nolane (2014) »

  1. Dans l’absolu, j’aurais dû bien aimer Wunderwaffen: des avions bizarres en pagaille, du paranormal, etc. Pile mon trip. Et j’ai voulu lui laisser sa chance pendant plusieurs tomes. Là, j’ai fini par laisser tomber: les défauts sont bien trop importants pour les qualités.

    En fait, il n’y a rien d’immédiatement rédhibitoire, pris séparément, mais entre un dessin que, personnellement, je ne trouve pas très dynamique (au début, les onomatopées sont ridicules et les personnages tendent à se ressembler), l’abus de symboles nazis dans tous les sens et une histoire qui, d’un point de vue historique, peine à tenir la route (dans les forums anglophones, on parle volontiers de « chauve-souris extra-terrestres de l’espace »), ça commence à faire beaucoup.

    Tu mentionnes aussi ce que j’appelle « le syndrome du coup critique », où les pilotes abattus meurent systématiquement de la façon la plus trash possible. En fait, je soupçonne que c’est voulu, mais l’autre gros souci de Wunderwaffen, c’est qu’en l’état, il est beaucoup trop long. Je doute que la série se termine en dix tomes et je pense qu’elle aurait dû en faire la moitié.

    Dans le même style, j’ai trouvé Le Grand Jeu, de Pécau, bien plus convaincant, malgré sa fin en queue de poisson.

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    1. J’ai écrit cette chronique quand j’étais au numéro 4….Et le coup de coeur est plus sur l’univers développé que sur le scénario. Comme beaucoup de séries, c’est au bout de 3 épisodes que l’éditeur fait trainer en longueur, pousse le scénariste à perdre le lecteur pour engranger. et là, ça ne rate pas. Je pense que la série aurait pu tenir en 4 épisodes finalement…surtout qu’elle continue. Merci pour la suggestion, j’essaierai de le lire prochaienement. Globalement je suis d’accord, même si lorsque je fais le parallèle avec Captain America, c’est justement pour les onomatopées dans les scènes de combat, qui ramènent à un coté comics US.

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      1. Au sujet des onomatopées, ce qui m’avait frappé dans Wunderwaffen, c’est que les grosses explosions font un truc comme « paf! »; enfin, pas exactement, mais leur représentation le laissait penser. C’était un reproche mineur, mais ça a contribué à ma frustration générale sur cette série.

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