Mondial de l’Automobile 2016 : Esbrouffe et Conservatisme

Il y a deux ans, j’avais mis le conservatisme ambiant, autant technique que stylistique, sur le compte de la crise. Mais cette année, il est assez désespérant de voir l’endormissement des constructeurs masqués par quelques paillettes et faux effets de style.

Alors bien sûr, on peut s’extasier sur le concept-car Renault Trezor, impressionnant par sa carrure. Mais il faut aussi remarquer qu’il utilise une ficelle vieille comme le monde, à savoir, étirer les lignes, abaisser le véhicule pour donner une impression de largeur, utiliser un long capot. Dans les dix dernières années, beaucoup ont utilisé cela, comme la concept GT By Citroen, par exemple, ou encore la récente Peugeot L500R (encore plus que la 907 Concept de 2004), et bien sûr la Mazda RX-Vision. Car en regardant, ce qui reste, il n’y a pas une innovation que l’on n’ai pas déjà vu ailleurs, entre les ouïes en hexagones, les coffres avant, l’absence de porte, ou le toit servant de porte, pas même dans la propulsion, électrique. Quant au style, général, il n’est qu’une interprétation exacerbée du style Renault actuel, qui prend même des accents d’un vieux concept car, la Laguna.

trezor

Toujours dans les concepts, on oubliera aussi le C-Xperience de Citroen, dont on a l’impression de voir une moitié de travail, tant l’arrière est ratée et inspirée….de l’ancienne C6 pour le coté pataud, et de la DS5 pour le coté faux break. L’intérieur n’apporte rien sinon quelques essais de matériaux. Dans le genre grande berline, on retiendra la Vision Maybach de Mercedes qui reprend des inspirations de …la Bugatti Type 57 Atlantic de 1938 (ligne tombante, aileron central). C’est énorme et ça date du show de Peeble Beach de cette année. Mais niveau style, on reste dans du néorétro. Dans le même gimmick de tirer les lignes, nous avions vu récemment le Cadillac Escala, plus novateur finalement. La palme du design mou reste à VW et son prototype électrique I.D. (même le nom fait rire). On a l’impression qu’on a frotté les aspérités d’une Golf jusqu’à un rendu mou et sans âme. Ca ne choquera pas mais c’est le degré zéro du design automobile, surtout quant on voit ce que BMW sait faire sur le même cahier des charges et en série. Mais on avait déjà vu cette tendance dans le Mercedes Vision Van. Avouons juste que VW va dans le bon sens en repensant sa plateforme pour maximiser l’habitacle, qui était pourtant mieux traité dans le Budd-E.

cxperience

maybach6

Alors pour le reste, on a parlé électrique évidemment (vu précédemment), et encore voiture autonome où chaque constructeur affiche les kilomètres parcourus ou les partenariats avec les grands de la silicon valley. Et puis il y a la voiture connectée, dont on connaît déjà les failles, tant en compétences, qu’en passoires à hacking. Là dessus, silence radio mais le réseau CAN reste hélas, toujours présent. Pour le reste, on continue dans la mode des SUV, paradoxalement toujours plus gros (voir le Renault Koleos, le Peugeot 3008, le Maserati, etc…), des berlines qui s’étirent pour singer les coupés mais aussi du downsizing dont les motoristes connaissent pourtant les limites physiques et chimiques (voir par exemple le cas critique du bicylindre Fiat sur lequel on ferait bien de faire quelques mesures de polluants en mode réel). Dans cette américanisation du marché, on assiste aussi à un impact de plus en plus fort du marché chinois. Car si les lignes restent conservatrices et statutaires (profusion de chrome et de grosses calandres), c’est aussi pour répondre aux critères des clients chinois. Il n’y a qu’à regarder ce qui a été présenté à Shangai cette année pour s’en convaincre.

Le constat peut paraître sévère pour celui qui aime rêver sur ces belles carosseries. Mais il ne faut pas se leurrer, il n’y a derrière tout ça, aucun concept innovant. L’industrie coréenne ressasse des recette déjà vues chez les japonais. L’industrie allemande continue dans ce qu’elle sait faire, le « costume gris » automobile. L’industrie française essaye de suivre en hésitant sur la voie à suivre. L’industrie US préfère investir en Asie et chez elle. L’industrie japonaise aussi, car il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent (un UX concept trop réaliste chez Lexus, idem chez Mitsubishi). Et d’ailleurs, ni Ford, ni Volvo ne sont présents.  Au niveau énergétique, on reste à une lente évolution (progression des batteries en densité, hybridation, électrisation), autant qu’au niveau plateforme où l’allègement reste de mise (parfois au prix de la qualité…). Pendant ce temps, si Apple semble reporter son entrée dans ce domaine, d’autres réfléchissent déjà au futur, mais ailleurs qu’à Paris. Nous avions pu le découvrir dans le Los Angeles Design Challenge, il y a quelques années. Mais il faut se dire qu’aujourd’hui, un concept car n’est plus un démonstrateur technologique mais un produit marketing pour attirer l’oeil et préparer gentiment à la nouveauté de l’année prochaine. Dans cette vision court-termiste, il y a fort à parier que des constructeurs disparaissent quand l’industrie automobile aura dépassé le carrefour technologique dans lequel elle se trouve.

(photos aimablement fournies par les constructeurs)

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2 réflexions sur « Mondial de l’Automobile 2016 : Esbrouffe et Conservatisme »

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