Musique : Alanis Morissette – Jagged Little Pill (1995)

jaggedlittleOn a un peu oublié la chanteuse canadienne qui a sorti un des albums les plus vendus au monde en 1995 (3ème meilleure vente féminine de tous les temps).  Et on oublie aussi l’avant et l’après ce « Jagged Little Pill ».

Car l’Ontarienne Alanis Morissette aurait pu être une Avril Lavigne avant l’heure, avec deux premiers albums dans le registre pop-rock pour ados. Elle signe en effet chez MCA à l’age de 17 ans et sort un album baptisé Alanis (son premier nom de scène) qui rencontre un gros succès au Canada. Et comme d’autres artistes de ce genre, on lui fait faire un deuxième album dans la foulée, rencontrant moins de succès ce qui la met rapidement dans la catégorie « Has Been » pour la maison de disque. Que serait-elle devenue sans la rencontre avec le producteur Glen Ballard ? L’ancien collaborateur de Quincy Jones (ayant aussi travaillé sur le Bad de Michael Jackson) a craqué sur la voix de miss Morissette. Sans maison de disque, c’est finalement le récent label Maverick Records (appartenant à Madonna) qui l’accueille. Glen Ballard trouvera les mots justes pour qu’Alanis Morissette s’exprime musicalement et surtout dans ses textes. Entre folk, pop et rock, elle trouve son style, dans une période où le mal être du grunge était encore de mise. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

 Quand on a pris 20 ans, on n’a plus la même écoute. Mais une chose est sûre avec cet album, c’est que la production n’a pas vieilli. Ballard n’a pas fait de fioritures pour un album qui reste pop-folk avec une énergie plutôt Rock. D’ailleurs on trouve la participation d’un certain Dave Navarro (Red Hot Chili Peppers, Jane’s Addiction) et Flea(Red Hot aussi). Ce qui marqua à l’époque dans le single « You Oughta know », c’est justement ce mélange particulièrement bien senti de Rock avec la voix d’Alanis qui crie sa rage d’une déception amoureuse d’une femme trompée. La machine était lancée…. et se lance d’ailleurs avec le « All I really want » et son harmonica, son groove imparable et le phrasé si particulier d’Alanis. Cela détonnait aussi dans une époque où on entendait plutôt des divas ou des rappeuses, en dehors des groupes de Grunge. Ici, on surfe habilement sur un mélange qui a bien vieilli. Surtout qu’Alanis sait se faire douce sur « Perfect », comme la bonne copine qui sort la guitare dans une soirée sur la place autour d’un feu. C’est classique, plus folk même si elle force quelques notes pour le coté rageur. Techniquement, cela peut choquer pour les faussetés, mais c’est voulu et la marque du style. L’autre single qui tourna longtemps, ce fut « Hand in My Pocket » avec encore de l’Harmonica, encore du groove, et un texte qui en dit long :

I fell drunk but I’m sober (Je me sens saôule, mais je suis sobre), I’m young but I’m underpaid (Je suis jeune, mais je suis sous-payée)

Voilà qui sonne toujours d’actualité avec là aussi un son qui n’a pas tant vieilli que ça. « Right though you » a même une connotation très grunge avec son gros riff de guitare qui se poursuit en reverb et distorsions. C’est là qu’on comprendra moins la version accoustique ultérieure de l’album, qui gommait trop la rage qui en émanait. Le MTV Live unplugged de Nirvana a fait beaucoup de dégats, à son corps défendant. Alors effectivement, les sonorités de certains titres, comme « Forgiven » font très « late 90s ». Mais c’est aussi ce qui permit de réunir un public à la fois féminin et masculin, pop et rock : Le Jackpot! « You Learn » a par contre un son plus RnB de l’époque avec une boite à rythme en fond, de la guitare électrique et une voix plus en maîtrise que sur les autres titres. Mais c’est un titre qu’on retient encore, comme « Head over feet », plus rock. Et comment oublier « Ironic » qui est devenu même Iconic pour elle.

Au fur et à mesure de la réécoute, on comprend à la fois le succès de cet album par son compromis de style et ses thèmes, mais on perçoit son ancrage dans les années 90-2000.  C’est aussi ce qui perdra l’artiste dans l’album suivant « Supposed Former Infatuation Junkie  » qui eut de bonnes ventes….dans les premières semaines avant de s’écrouler. La magie ne fonctionnait pas….et elle la chercha seule dans le suivant, « Under Rug Swept », sans grand succès. A croire que cette rage l’avait quitté avec le succès ou qu’elle n’était plus mise en valeur comme dans ce moment si particulier d’une croisée des chemins. Si dans le titre « Mary Jane » de Jagged Little Pill, on sentait déjà les racines Country Folk de l’artiste, elle hésitera à aller dans cette voie. Les ventes baissent mais restent à un niveau correct pour « Flavors of Entanglement », son septième album. Sans doute pas assez pour Maverick records, …. Si elle a enregistré depuis un dernier album en 2012, elle est toujours à la recherche d’un second souffle. Son aura reste pourtant conséquente en Amérique du nord où elle est souvent invitée dans des duos. Et on a même été jusqu’à fêter le 20ème anniversaire de l’album avec un coffret. Mariée et mère de famille, elle n’en a pas moins des choses à dire dans les colonnes du Guardian. Peut être une piste à explorer pour un prochain opus ?

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