Littérature : Mathilde chez les esprits de Frederic Bezies (2016)

Je n’ai pas pour habitude de faire de la chronique littéraire, encore moins dans l’auto-édition. Mais comme c’est un collègue blogueur dont j’ai apprécié, par le passé, les écrits littéraires, je me suis laissé tenter par cette nouvelle. 

Qu’il soit d’abord entendu que Frédéric ne m’a rien demandé et que je n’ai pas pour habitude de faire du copinage. Mais ici, c’est le thème qui m’a intéressé, en plus de la première incursion de l’auteur dans le fantastique, un genre que j’apprécie particulièrement. Le thème, parlons en : Mathilde est une lycéenne. Elle décide de se suicider, en proie au harcèlement sur des réseaux sociaux. Elle se réveille après sa mort, tandis qu’un inspecteur enquête sur son suicide.

Je dois dire qu’il est difficile d’écrire mais aussi de critiquer sur un sujet aussi sensible. D’autant plus quand on est très touché personnellement par la thématique. Je n’en dirais pas plus, mais j’ai immédiatement ressenti de l’empathie pour l’héroïne. Si Frédéric peut parfois se perdre dans des scène d’exposition longues pour un récit de 40 pages, elles s’expliquent par la volonté de connaître les motivations de chacun des personnages. Il en met presque trop, au point qu’on aurait bien lu un récit plus long, donnant aussi la parole aux harceleurs. Autant dire que j’ai dévoré cette nouvelle et que j’en ressors avec de la satisfaction. Une petite relecture de plus éviterait 3 ou 4 coquilles qui ne gènent pas le récit pour autant, en tout cas absolument pas comme le dernier livre autoédité qui a subi ses foudres…. hé hé.

Si Frédéric prend des pincettes avec l’aspect religieux, il ne peut câcher l’influence chrétienne sur sa vision de l’au delà, même avec une incursion dans le bouddhisme. Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle cinématographique avec le fameux film de Capra : La vie est belle. En effet, on retrouve un « ange gardien » et un double point de vue entre les vivants et les esprits/fantômes. Mais cela s’arrête là, car Frédéric n’utilise pas l’artifice temporel pour montrer le futur du petit monde de Mathilde. Si on veut être rigoureux, il y a bien des incohérences ou manques, comme le fait que Belle-Gueule, l’esprit protecteur, peut vivre dans une maison laissée vide, apparemment depuis quelques temps. Certaines expressions et jeux de mots récurrents sont de trop pour moi, mais les goûts et les couleurs… Il faut se souvenir qu’il a fallu attendre 2008 pour qu’une personne soit condamnée pour incitation au suicide d’une adolescente : 4 ans dont 3 avec sursis pour ce cas, 3 ans ferme au plus très probablement selon le droit (consultez Maître Eolas :p ). Tout ça pour dire qu’une phrase me paraît poser un problème juridique sur la fin.

Tout cela n’est que du détail, car le récit fonctionne vraiment bien. On s’attache évidemment aux personnages et on aurait presqu’envie d’un feuilletonnage sur l’un ou l’autre des héros, façon Code Quantum, pour reprendre une référence de vieux geek. Mission réussie donc, pour une première incursion dans le fantastique, mais bien ancrée dans le réel et le présent. On en redemande donc.

Euh, …. je donne le lien d’Atramenta ou ça fait pub ? ok : c’est gratos et c’est par là.

PS : Je pourrais développer aussi le sujet de ce livre, à savoir le harcèlement sur les réseaux sociaux, et plus généralement, le fait de crier avec la meute, de harceler les plus faibles. Mon vécu m’empêche certainement de me mettre du coté des hurleurs, même quand leur victime n’est pas innoncente. Cela m’a attiré des ennuis dans des forums,… tout ça pour dire qu’il n’a pas fallu attendre Facebook et Twitter pour le cyberbullying, comme on dit. Ma foi en l’humain s’amenuise ces temps-ci, mais lire une telle nouvelle me réconforte aussi.

Publicités

11 réflexions sur « Littérature : Mathilde chez les esprits de Frederic Bezies (2016) »

  1. « Si Frédéric peut parfois se perdre dans des scène d’exposition longues pour un récit de 40 pages, elles s’expliquent par la volonté de connaître les motivations de chacun des personnages. Il en met presque trop, au point qu’on aurait bien lu un récit plus long, donnant aussi la parole aux harceleurs. »

    J’avais envie de faire un texte court. Je suis d’accord, la maison est un peu trop décrite. Comme le personnage de l’inspecteur. Mais j’avais envie de leur mettre de l’épaisseur… Pour un fantôme, c’est ballot 🙂

    « Une petite relecture de plus éviterait 3 ou 4 coquilles qui ne gènent pas le récit pour autant, en tout cas absolument pas comme le dernier livre autoédité qui a subi ses foudres…. hé hé. »

    Des coquilles récalcitrantes ayant échappé aux cinq relectures successives ! Sales bêtes ! 😦

    « Si Frédéric prend des pincettes avec l’aspect religieux, il ne peut câcher l’influence chrétienne sur sa vision de l’au delà, même avec une incursion dans le bouddhisme. »

    Caïn est un personnage important voire primordial du livre saint des trois monothéismes. Le Bouddhisme ? Tu penses à la « récompense » relative à chacun de nos actes ? Quant à la vision chrétienne, c’est juste un fond de culture personnelle 😀

    « Tout ça pour dire qu’une phrase me paraît poser un problème juridique sur la fin. »

    Oui, la fin m’a un peu gonflé à écrire… C’est pour cela que tout s’accelère. J’ai cependant tout fait pour conserver un minimum de cohérence… Pas évident 😦

    « Tout cela n’est que du détail, car le récit fonctionne vraiment bien. On s’attache évidemment aux personnages et on aurait presqu’envie d’un feuilletonnage sur l’un ou l’autre des héros, façon Code Quantum, pour reprendre une référence de vieux geek. »

    Pas impossible. Si l’inspiration me vient. Seul l’avenir le dira. Le fantastique est un domaine que je ne maîtraise pas vraiment et dans lequel je ne suis pas le plus à l’aise.

    Pour ta conclusion, il y a un film de 1967 qui m’est venu à l’esprit… Un film dans lequel Jacques Brel tient le rôle principal. Je vais en parler dans un prochain article.

    Aimé par 1 personne

  2. Une chronique qui me donne envie de lire cette nouvelle (je n’ai jamais lu Fred). La seule chose qui me chagrine? J’avais peu ou prou le même pitch pour une future nouvelle fantastique. Heureusement que je n’ai pas commencé à gratter mon syno, j’aurais probablement eu des regrets! 😀

    Aimé par 2 people

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s