Automobile : Les leçons de la circulation alternée

Cet hiver, on a, enfin, vu des mesures de circulation alternée dans les grandes villes françaises. Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt?

Selon l’emplacement et la méthode de mesure de pollution, l’automobile prend une part plus ou moins importante (6 à 30%), notamment sur les particules fines. On pense évidemment aux rejets des moteurs mais on oublie également les pollutions dues aux frottements, des freins, des pneus… Pourtant on apprend que dans le métro parisien, c’est une des principales sources de pollution aux particules. Quand on sait que certains éléments de freinage contenaient de l’amiante il y a quelques années, ça fait froid dans le dos. Pourtant, malgré des mesures 100 fois supérieures à la norme dans certains métros de grandes cités urbaines, on n’a obtenu qu’une baisse de 30% sur les nouvelles rames. Personne n’ira dire de ne plus prendre le métro bien sûr. Mais qu’en est-il des actions pour améliorer aussi cela coté équipementiers automobile ?

Un des paradoxes de la baisse des consommations des véhicules est qu’on utilise aujourd’hui des pneus TBRR (très basse résistance au roulement) avec des matériaux réagissant très différemment par rapport aux pneus d’autrefois. S’il y a moins de frottement, donc en principe moins d’usure, les matériaux contenus dans les pneus utilisent plus de silice, qui reste mélangée au noir de carbone et au caoutchouc, avec les conséquences que l’on connaît sur l’asthme pour le deuxième. Pour le premier, il y a aujourd’hui de forts soupçons de dangerosité, mais il reste difficile d’estimer les conséquences de cette technologie ou la part des pneumatiques dans la pollution dûe aux transports.

Mais les transports ne sont pas les seuls responsables, notamment dans des villes au réseau moins dense. Cette année, Grenoble a aussi interdit la circulation à des véhicules de plus de 20 ans. Alors que la vignette mise en place à Paris est d’une stupidité aveugle, ne faisant pas la différence autrement que par les années de production (Une hybride de 2006 se trouve logée à la même enseigne qu’un gros 4×4 V8 essence), Grenoble a simplifié le problème en interdisant la circulation à des véhicules dont on sait qu’ils produisent de 10 à 20 fois les taux des véhicules actuels. Mais Grenoble, outre sa position dans une cuvette entourée de montagnes, a d’autres particularités : Une activité industrielle forte et un chauffage au bois supérieur à la moyenne. La ville a poussé les propriétaires de vieux chauffages au bois, à renouveler leur matériel. Une politique qui peut paraître curieuse car si les nouveaux matériels (7 étoiles) filtrent mieux, ils restent tout de même problématiques en matière d’émissions de NOx, CO, alors que d’autres sources existent. Il s’agit en fait de protéger l’emploi lié à cette activité bois, dans une politique environnementale schizophrène. Evidemment, le bois reste une énergie renouvelable. Mais on peut aujourd’hui se poser des questions sur la provenance de combustibles bon marché et surtout leur combustion, qui peut engendrer particules et odeurs et polluants hautements nocifs. Les taux de particule émis, limités il y a peu par l’ADEME pour l’obtention d’aide, restent encore bien trop élevés. On imagine mal avoir un ordre de couper un chauffage sur deux, pourtant, pour éviter les émissions de particules.

Les activités agricoles sont aussi facteurs d’émissions de particules et toutes les sources de particules vues précédemment peuvent également se recomposer et réagir chimiquement. Si bien qu’il est complexe de prouver les parts des différentes sources, chaque étude étant sujette à caution de par son financement ou sa localisation. En effet, le vent et la météo déplacent aussi des nuages de particules loin de leur source. La circulation alternée a montré ses limites (on avance le chiffre d’une diminution de 2% des émissions pour une baisse de la circulation de seulement 20%, grace aux sempiternelles dérogations, ce qui semble vérifié par ce que j’ai pu voir ce week end sur Paris), mais reste aussi un bon moyen de limiter d’autres polluants que les particules aujourd’hui montrées du doigt. Pourtant, en ne parlant que de la pollution automobile, en développant des solutions énergétiques en dépit du bon sens, et en ne repensant pas l’aménagement urbain en profondeur, on risque de créer tout autant de problèmes qu’avant. Car il faudrait parler aussi du tissus commercial et industriel des grandes villes qui poussent à l’utilisation de transports polluants ou concentrent les sources de pollutions aux mauvais endroits. Une illustration est l’anachronique Europa City de Gonesse, par exemple, remis en cause par un rapport environnemental.

Aujourd’hui, nous savons que les problèmes d’asthmes, et allergies dûs à ces polluants, coûtent beaucoup à la société. On risque même de voir ce coût privatisé et reporté sur des mutuelles de plus en plus chères. Mais en ne s’attaquant essentiellement qu’à une source, on oublie d’appliquer le principe du pollueur payeur et le principe de précaution. Il est tellement simple de demander des sacrifices au seul citoyen, et bien plus complexe d’en demander à des industriels dont les profits ne cessent d’augmenter, notamment en jouant sur le cours du carbone. Alors plutôt qu’une circulation alternée, on attend une vraie politique alternative.

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