Blog : Couper le Net … en quatre ?

Ah, la blogosphère et ses débats où l’on coupe parfois les cheveux en quatre…! C’est mon collègue Cascador qui se tape l’habituelle déprime post-fêtes ou pré-quarantaine, je ne sais pas. Mais en tout cas, il pose des questions intéressantes sur surveillance, utilisation d’internet et sa petite histoire (voir ici pour ma part)

J’avais commencé à lire la réponse de Cyrille, mais j’ai arrếté. Non pas qu’elle ne soit pas bonne, bien au contraire mais j’aurais l’impression de copier peut-être. J’ai pour défaut d’être trop réaliste (ce que certains appellent parfois cynisme), que ça soit dans la géopolitique (cf ce que je disais sur le kurdistan et qui a tendance à se vérifier… mais il faudra aller voir ailleurs qu’ici pour le trouver), ou bien concernant l’autohébergement, le chiffrement etc que mes collègues blogueur libristes ont tendance à encenser. Je n’ai rien contre mais j’y vois plus de risques que de solutions pour un individu lambda, pour l’instant. Et bien dans ce que dit Cascador de sa volonté de s’éloigner d’internet aujourd’hui, il y a un peu de tout cela. Il y a la nostalgie évidemment de cet internet qu’il fallait défricher et construire. Il y a cette inquiétude de la surveillance à la fois commerciale et gouvernementale. Il y a cette angoisse de ne pas tout maîtriser quand on construit son petit réseau ou son site,  ou de devenir le bouc-émissaire, cette tension dans les dialogues de plus en plus violents… Tous ces sentiments peuvent devenir pesants.

Je me souviens que lorsque je m’occupais un peu de ce qui ne s’appelait pas encore community management, j’avais vu un changement de comportement lorsque internet s’est démocratisé. Les nouveaux utilisateurs n’avaient pas les codes des anciens, la même étiquette, et surtout les mêmes envies. Je me battais pour expliquer à quoi servait un forum qui se transformait souvent plus en flux RSS pour certains, avant l’heure. Et puis le temps a passé, avec les blogs, les réseaux sociaux mais surtout l’avènement de google dont je n’aimais guère le concept initial, mais que j’ai adopté par force après la disparition de ses concurrents. Pourtant, je ne me dis pas que c’était mieux avant car il y avait beaucoup moins de facilités qu’aujourd’hui pour un tas de services du quotidien ou même pour communiquer comme je le fais ici. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, dirait-on.

Aujourd’hui nous sommes tracés mais on peut choisir de tout empêcher. On perdra en confort d’utilisation, et pourtant, on continue à laisser des traces. Oui, nous en laissons à chacun de nos achats, à moins de payer en liquide. Mais nous en laissons à chaque retrait bancaire, à moins de ne travailler qu’au noir ou de n’être rétribué qu’en liquide en tant qu’auto-entrepreneur. Même notre consommation d’énergie est tracée et permet d’aider à des enquètes de police. A moins de vouloir vivre totalement comme un espion ou en jonglant avec diverses identités, il est illusoire de vouloir échapper à une surveillance. MAIS, on peut quand même la limiter. Le chiffrement ? Ca se casse si on est patient et intelligent. Et les backdoors ne manquant pas sur un réseau aujourd’hui, ça laisse beaucoup de possibilités. Ne lisez pas (comme je viens de le refaire) 1984, vous allez déprimer. Là encore, ça ne veut pas dire qu’il faut tout laisser faire. Mais, comme je le proposerai prochainement dans une proposition utopique, on apprend vite qu’on ne peut exiger des contrôles des multinationales qui nous pillent sans mettre en place aussi des contrôles qui sont aussi des dangers.

Alors oui, on peut vivre déconnecté, ou essayer, comme nous vivions il y a 20 ans. On peut se passer de smartphone, ou au moins ne pas être son esclave (je n’utilise pas la data en permanence ou le push, déjà). On peut choisir de vivre sans ordinateur, sans télévision et être très bien informé, enfin être informé…. C’est un choix que l’on fait. Mais on peut aussi faire des choix raisonnés, moins radicaux, tout en ne se laissant pas envahir, ou en choisissant comment. J’aime repenser au passé parfois, à ce que je mangeais autrefois, à quoi je jouais et comparer à aujourd’hui. Et bien il faut se l’avouer, ce n’est ni toujours mieux, ni toujours moins bien. Mais ça fait du bien de prendre le recul nécessaire. Je ne sais pas si c’est l’âge, le caractère, mais je ne vois aucun intérêt à parler de ce que je fais de mon week-end sur internet à des inconnus, et encore moins des photos de moi à tel ou tel endroit. J’aime juste partager ce que j’ai aimé, parfois, mes réflexions, pas toujours pertinentes, parce que ça peut faire avancer. Et j’imagine que Cascador aime aussi cela et ne pourrait se tenir à une telle déconnexion totale. La création d’un blog a peut-être une part d’égo mais il y a une valeur de partage.

Et puis on a l’inverse, ceux qui préfèrent utiliser le réseau pour se créer non pas un double, mais un Autre. Il y a le phénomène des Hikikomori au Japon. La pression sociale et scolaire en France n’est pas comparable à celle du Japon et on rencontre peu ce phénomène d’adolescents enfermés ainsi dans leur chambre et pourtant cela existe. Nous oublions souvent que ce réseau décrié que nous avons vu évoluer d’une façon qui ne convient pas à ceux qu’on appelle maintenant « early adopters », est aussi ce qui reste de cordon ombilical avec la société pour certains. Je pourrais parler aussi de personnes handicapées au plus au point et qui ont pu créer ce lien que la société humaine leur refusait dans la « vraie vie ».

Bref, dans la balance du jugement, chacun mettre des éléments coté pour et contre et s’éloignera de certains éléments de ce qui constitue aujourd’hui le réseau des réseaux, ou même carrément l’informatique (terme un peu trop vague). Au moment où l’on parle de déconnexion dans son travail, il est temps finalement de se poser la question du besoin de l’hyperconnexion. J’avais parlé de la vision transhumaniste du monde qui règne à la Silicon Valley et de ses dangers. Il y a effectivement et individuellement, à prendre conscience des dangers et apports de la Connexion. On peut légiférer, forcer, mais au fond, ça ne marchera qu’en éduquant à cet outil qu’est devenu l’ordinateur connecté.

(extrait de l’album cyberpunk)

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4 réflexions sur “Blog : Couper le Net … en quatre ?

  1. Salute,

    Je suis très peu dans le « c’était mieux avant », ce qui m’interpelle c’est le fossé entre la Déclaration d’indépendance du cyberespace de John Perry Barlow et ce qu’est devenu le net aujourd’hui. Cela devrait interpeller tout le monde.

    J’ai déjà commencé à écrire le prochain article dont certains thèmes (transhumanisme) se croisent avec le tien. Il est notamment intéressant de (re)voir l’éthique comme loi et Règle d’Or dans la déclaration d’indépendance de John Perry Barlow.

    Tcho !

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  2. > Et puis on a l’inverse, ceux qui préfèrent utiliser le réseau pour se créer non pas un double, mais un Autre.

    Ou les deux d’ailleurs. Exemple: expérimenter d’un côté, et avoir une personnalité publique.

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