Web : L’illusion de la réalité

Nous percevons de plus en plus la réalité du monde qui nous entoure par des prismes. Il peut s’agir de celui des médias, de celui des réseaux sociaux ou bien encore des moteurs de recherche. Pourtant, comme tout cartésien le dit, « nos sens nous trompent »…

Que les médias soient selectifs sur ce qu’ils relatent, ce n’est pas nouveau. En effet, chaque rédaction a une orientation, politique et/ou commerciale et le lecteur achète normalement en connaissance de cause. Mais jusqu’ici, nous pensions qu’un moteur de recherche était neutre, et qu’un réseau social l’était aussi, ou orienté par ses propres utilisateurs. Ce dernier devrait alors être un miroir de la société ou d’une partie. J’ai eu l’occasion de parler déjà de parler de leur évolution et pourquoi je m’en éloigne. Reste alors le moteur de recherche et son pendant actuel : l’agrégateur d’actualité.

moteursrech2016

Google, puisqu’il faut bien parler du moteur utilisé par 90% des internautes, fournit des résultats selon un algorithme complexe. Mais il fournit aussi une petite vignette « actualité » en tête de recherche, ou permet aussi d’avoir un service de nouveauté. Cela oriente donc l’utilisateur à s’informer par ce biais. Les sujets sont choisis parmi les plus traités par les médias, et les médias se nourissent eux même des sujets les plus populaires, tels que les trace Google dans ses rapports. On tourne donc en rond et on finit par voir une information très partielle émerger. De la même manière, ce sont souvent les informations les plus reprises qui ressortent du lot. Mais ce ne sont pas forcément les plus pertinentes et véridiques.

Prenons un exemple : Une fausse information est diffusée par un site satirique. Elle est reprise sur des réseaux sociaux mais le second degré disparaît au fur et à mesure. Des blogs s’emparent de cette information, puis la presse dite « alternative ». Sur le sujet traité, les moteurs de recherche commencent à mettre cette information en tête des résultats. Les réseaux sociaux rediffusent encore cette information qui finit par arriver chez une personne sérieuse qui comprend que c’est faux et le démontre. Mais le mal est fait et cette idée est ancrée dans la tête des gens. La justification apparaît très loin dans la recherche par rapport à la fausse information qui est maintenant en tête. Récemment, nous avons pu voir ce fonctionnement à l’oeuvre, autant pour des futilités que pour des informations à caractère politique ou haineuses. Il n’y a pas que par un site satirique que cela peut débuter, d’ailleurs.

Google a tellement perfectionné ses algorithmes que deux personnes qui recherchent la même chose n’auront pas forcément le même résultat. En effet, le résultat est maintenant contextualisé en fonction de nos propres goûts. Cela nous installe dans une sorte de bulle de confort mais aussi bien loin de la réalité. Par rapport aux « simples » moteurs de recherche ancestraux qui tentaient vaguement de définir la pertinence d’un site par rapport à un besoin, on essaye de mâcher le travail d’analyse et de comparaison de l’internaute. Si j’utilise aujourd’hui un DuckDuckGo ou un Qwant, je ressens moins cet effet de bulle, mais parfois cela m’amène à chercher un peu plus loin le résultat qui m’intéresse vraiment. Le confort de Google finit par m’installer dans une illusion de réalité et une perte d’esprit critique. L’efficacité dans le temps en devient même relative puisque l’on va privilégier les pages et sites récents par rapport à des informations parues il y a quelques années et non réactualisées, ou peu ‘linkées »(traduire liées).

Plus ça va, plus je m’éloigne de ma bulle de confort et de l’utilisation de Google. Pourtant, l’utilisation de moteurs alternatifs n’est pas toujours la seule solution. Il faut retrouver des réflexes que l’on a perdu par fainéantise, à savoir avoir des références solides et fiables pour les consulter, et comparer plusieurs sources d’information. Trop souvent, on se base sur le duo Wikipedia/Google pour orienter les « débutants », sans leur expliquer les tenants et aboutissants. Il faudrait sans doute un véritable apprentissage de l’utilisation de ces outils, faute de quoi, il suffira d’utiliser des robots pour apprendre et injecter le savoir via un chargement d’Eprom dans un cyber-humain.

9 réflexions sur « Web : L’illusion de la réalité »

  1. C’est s’arrêter un peu tôt dans la lecture des Méditation Métaphysiques que d’en rester aux sens trompeurs.
    Cela étant, le concept neuf de bulle filtrante semble gênant. Il y a quarante ans, ou même vingt ans seulement, l’immense majorité des gens ne s’informait que par le biais d’un ou deux journaux à quoi s’ajoutait la sociabilité : le travail, la famille, les amis et clubs… Finalement, c’est tout autant une bulle que nos pratiques sur internet.
    Le réseau social ? nous y choisissons nos amis en fonction de nos goûts et appétences, et nous lisons de la même manière. Le lecteur de L’Humanité ne lisait pas le Figaro, l’internaute lecteur de Libération ne lit pas plus Valeurs Actuelles.
    Les fameux algorithmes ne font donc que nous présenter ce qu’il est plus que probable que nous choisirions nous-mêmes. Car le temps manque, car varier les sources est un effort, car se confronter à des avis différents est très difficile, souvent insupportable. Pour aller plus loin, je dirais même que nous sommes moins enfermé grâce à internet que nous ne l’aurions été dans le passé. Bien sûr cela a des conséquences en matière de propagation de l’information.
    Ce n’était pas mieux avant, aux premiers temps d’internet (régnait plutôt un certain unanimisme lié au fait que les internautes étaient un groupe bien moins divers).
    Ce qui fait peur, c’est que les algorithmes sont comme des boites noirs que l’immense majorité des hommes ne comprends pas. On ne sait ce qui se passe à l’intérieur. D’où l’impression de perte de contrôle, potentielle ou réelle. D’où le risque bien réel qu’un jour ces algorithmes servent à nous aiguiller subtilement contre notre volonté. Encore que l’expérience des missionnaires (quelles que soient leurs obédiences) nous apprend qu’ébranler et modifier la foi et les croyances de quelqu’un est particulièrement difficile et long (sauf dans les rares cas d’inspirations).
    Car en somme, que fait l’algorithme ? Il met sur le devant thèmes, amis… dont il a remarqué que nous les préférions. Autrement dit, il laisse derrière ce que nous ne regarderions et ne lirions q’une infime partie des fois, et laisse présent celui qui reste. Dans le système anciens d’information, le choix était bien plus limité. Et dans l’internet d’avant, le choix était plus libre, mais tout aussi limité.

    Alors pourquoi parle-t-on autant de cela d’un coup ? Une interprétation, peut-être fausse, en tout cas insuffisante, c’est que c’est un contre-coup de l’élection de Donald Trump. Dans le sillage de ce choc, une question est restée dans les têtes de certains : mais pourquoi les électeurs ont-ils été aussi cons ?
    Réponse : ce que a changé, c’est internet, en particulier le fait que les réseau sociaux servent à s’informer — parce que personne ne s’informait à la machine à café ou au bar — formant ainsi des bulles qui isolent les pauvres brebis égarées.
    Le trait est un peu forcé. Mais cela semble plausible.
    Bien sûr il ne s’agit pas de dire que rien n’a changé. Que les pratiques restent les mêmes. Du tout, au contraire on a des effets démultiplicateurs. Mais en réalité ne bulles tendent à être plus perméables pour l’instant qu’elles ne l’étaient. Il est malheureusement bien possible qu’elles ne le restent pas.

    Pour autant, se complaire dans le confort des contextes, s’amollir dans Google et le grand F n’est pas bon. C’est pourquoi je vous rejoint sur l’usage de moteurs alternatifs. Neuf fois sur dix, nous lirons les mêmes articles, sur les mêmes sites et sujets. Mais parfois nous nous laisseront tenter (mais pas forcément convaincre).
    La clé, c’est le temps. Car critiquer, rechercher… demande du temps. Faute de quoi on doit faire confiance. Aux journalistes, aux blogueurs, à nos amis…

    Pour finir, j’ajouterais que plus on utilise des moteurs alternatifs, plus on rend fiable leurs résultats. Et Qwant est déjà assez bon, autant continuer.

    1. Merci pour ce commentaire. D’un coté, on a le « avant » avec un contenu limité mais une relative liberté pour trouver ce que l’on cherchait. De l’autre on a maintenant des algorithmes qui nous orientent vers ce qui devrait nous attirer. Mais entre les deux moments, il y a eu aussi des états intermédiaires, c’est à dire un moment où nous avions peu d’algorithmes et beaucoup de contenus, quelque chose qui ne mettait pas en avant ce qui était récent contre ce qui était ancien mais plus pertinent, par exemple.
      La clé est en effet le temps, mais pas seulement celui de chercher, critiquer, mais aussi de laisser une chance à ce qui n’est pas de moins de 6 mois.
      Après, j’avoue que j’ai aussi des habitudes et que je ne vais pas toujours chercher ailleurs que ce que je connais, que je vais aussi éviter certaines propositions, par connaissance. Mais pour les 1, les 5 ou les 10% où je veux aller ailleurs, je n’ai pas envie qu’on me les enlève.
      C’est vrai que Trump a mis en lumière cet effet, mais longtemps le problème a été de ne pas avoir une alternative crédible à Google (mais aussi facebook). Aujourd’hui c’est de moins en moins le cas. C’est le temps de redécouvrir ce world wild web autrement et de quitter un peu de ce confort. Pourtant, la curiosité n’est plus trop de mise, ces temps ci. J’avais traité ce sujet, il y a quelques mois : https://cheziceman.wordpress.com/2016/06/12/blog-crise-de-curiosite/

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