BD : Animosity de Bennett/De latorre (2016)

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’une série de BD en cours. Mais en plus, elle n’est pas traduite en français, puisqu’il s’agit d’un Comics américain.

Cette nouvelle série provient d’un nouvel éditeur ambitieux et original : Aftershock Comics. Leur site permet l’achat au format numérique, ce qui permet déjà une lecture confortable. Original, car les sujets évoqués dans leurs différentes séries sortent des habituelles histoires de super héros dont on a l’habitude chez DC et Marvel. Mais les amateurs de BD US savent déjà qu’il existe un vivier d’auteurs dans ce pays, et de petits éditeurs indépendants.

J’aurais pu intituler cette chronique Animosity ou le Retour des Oiseaux d’Hitchcok. En effet, un jour, les animaux se « réveillent » et se mettent à parler, et surtout …. à se venger des humains. Voilà un sujet qui devrait évidemment parler aux végétariens, vegans et autres animalistes dont je suis. Mais c’est justement un des intérêts de la société : Parler d’un sujet sociétal profond derrière un récit de fantastique et d’horreur. Car le récit est très adulte, ne masquant ni les horreurs des humains, ni les vengeances des animaux. Et comme il fallait bien des héros, ils seront deux : Un chien (un Saint-Hubert) et la petite fille dont il a la garde. Le récit commence quand le chien dit à la petite fille qu’il l’aime et la protègera. Mais au dehors, c’est le chaos, l’apocalypse. Les rats dévorent les dératiseurs, les oiseaux attaquent les passants, les pandas tuent leurs chasseurs, ….

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Tout cela se fait sous la plume et l’encre du Brésilien Rafael De Latorre. Son dessin est vif, moderne et dépoussière le genre, s’il y en avait encore besoin. Il suit un scénario de Margaret Bennett, auteur du sulfureux Insexts, déjà chez le même éditeur et salué par les critiques. Mais moi, les critiques…. J’ai accroché évidemment tout de suite à cette histoire qui rappelle la récente (et décevante) série Zoo, qui était elle même l’adaptation d’une série de livres. L’opposition entre la tendresse qui unit nos héros et les horreurs qui déchirent leur monde fonctionne. Je pense, par contre, que les âmes sensibles fuiront dès la page 3, tout autant que ceux qui ne veulent pas connaître les horreurs commises par les humains sur les animaux. Il y a en effet du militantisme dans ce récit, qu’on le veuille ou non. Comme dans l’aventure, la neutralité est impossible, alors qu’aujourd’hui dans la vraie vie, certains essaient de concilier cela dans une consommation plus responsable.

Le scénario est donc provoquant et habile, créant la réflexion chez le lecteur tout en offrant de la distraction. En retournant les rôles entre humains et animaux, l’auteur nous propose aussi de ne plus nous culpabiliser en tant qu’humain mais de repenser les relations sociales dans leur globalité. En effet, autant chez les humains que chez les animaux, on retrouve des pacifistes, des manipulateurs, des extrémistes, dans le récit. la petite Jessie et son garde du corps Sandor traversent cela en tentant d’abord de se sauvegarder de ces guerres, le fil rouge étant de rechercher l’explication de cette mutation.

Après ces 4 premiers épisodes, on a vraiment hâte de lire le suivant qui sort fin Janvier 2017. Et il va vraiment falloir surveiller le travail de cette scénariste qui ne fait aucune concession.

PS : apparemment il existe une traduction française non officielle qui circule … si elle permet de mieux comprendre l’ensemble, je la déconseille pour ne pas dénaturer le récit et la qualité de lecture.

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