Culture/Voyage : Le Coq va chanter

L’avantage d’avoir plusieurs cultures dans une famille, c’est de pouvoir en prendre le meilleur. J’aime par exemple cette période de fin Janvier qui précède, cette année, l’année du coq…

Oui, chaque année, entre fin Janvier ou début Février, plus de la moitié des terriens fêtent un autre nouvel an. Il est lunaire, il est asiatique, il fête aussi le printemps  et il a quelque chose de tellement différent. Je ne suis pas fan de « notre » nouvel an, celui avec les voeux, etc…. J’ai même longtemps détesté noël et ce qu’on en a fait, c’est à dire un truc purement commercial qui amène de la souffrance animale, de surcroît. Mais ça, c’était avant d’aller passer noël très loin de chez moi, au Vietnam, il y a quelques années de cela. J’ai redécouvert noël, …. J’ai redécouvert une fête d’abord, des couleurs, des sourires, des jeux, mais surtout la simplicité et la naïveté perdue. Il n’était point besoin de faire un repas gargantuesques ou d’apporter des cadeaux (même si ça se fait…), mais juste d’être dans un état d’esprit plus joyeux, presqu’enfantin, et de partager ce moment dans la plus grande simplicité, comme dans un repas qui réunit tous ceux présents, d’où qu’ils viennent.

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Plus tard, j’ai vécu le nouvel an dit « asiatique », qu’on appelle le Têt au Vietnam. Là aussi, c’est une ambiance festive, mais sur place c’est tellement différent car toute l’Asie est en transhumance. Chacun va rejoindre sa famille et les grandes villes se vident, les transports sont bondés… C’est quelque chose à vivre, et le lendemain du premier jour, on se retrouve aussi dans des temples à l’ambiance si différente, dans des traditions qui peuvent à la fois nous échapper et se rapprocher des nôtres. Pendant au moins deux semaines, on fait la fête, on chante, on danse sur des scènes dans les villes, on parle des ancêtres, on brule des offrandes. L’atmosphère change avec ces parfums d’encens et de papiers brulés. Il y a tous ces arbres à Qumcat qui sont dans toutes les maisons et qui peuplaient les trottoirs quelques semaines auparavant. Il y a ces fleurs, de cerisiers notamment, que l’on vient s’offrir et mettre dans des vases. Ailleurs en Asie, ce seront ces mêmes arbres que l’on fêtera ensemble dans des pique-niques entre amis et familles.

Mais en France alors, pourquoi est-ce aussi si particulier pour moi ? Parce que, sur Paris en tout cas, il y a moyen de fêter cela un peu de la même manière. Dans le quartier asiatique de Paris (entre deux avenues du 13ème surtout), on prépare ardemment les repas familiaux et les plats qui ne sont cuisinés qu’à cette occasion, du moins dans culture vietnamienne. Quand on est ET végétarien ET peu doué, il y a moyen de les trouver dans les pagodes vietnamiennes en région parisienne. C’est l’occasion de faire un voyage « au pays », de voir essentiellement les mères et grand-mères (ah, ces mecs, jamais là!) préparer les innombrables plats qui en font une des meilleures cuisines au monde. Ce sont des senteurs, des voix, des bruits plus ou moins familiers et surtout une ambiance de partage. Ailleurs, dans le quartier Olympiades, ce sont les danses des dragons, les pétards, qu’on retrouve autant en Chine qu’au Vietnam, longue domination chinoise oblige.

Bien sûr, il y a aussi le commerce autour de cela, les boites de gâteaux à l’effigie de l’animal de l’année, les décorations et gadgets. La veille du jour J, c’est l’affluence des grands jours dans les Paris Stores, Tang Frères, et autres figures du quartier parisien. Et pourtant, ce n’est pas cette tension et cet énervement propre à noël. Il subsiste cette atmosphère typiquement asiatique qui fait que l’on ne s’énerve pas et que dans l’embouteillage, chacun fait au mieux pour que l’ensemble avance. Ce commerce, c’est aussi faire les courses un peu en avance pour préparer un repas mêlant de nombreux plats qui se répartiront sur une grande table (sans aller pourtant dans l’excès). Et comme ces magasins mèlent Chinois, Cambodgiens, Vietnamiens, Laosiens, Thailandais, ….. et tant d’autres nationalités, chacun amène sa particularité ou ses étonnantes similitudes culinaires et culturelles.

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Même si je ne mange plus certains plats, j’aime les petites odeurs de Nem Chua, de feuilles de bananiers, de lait de coco, de cuisson de Banh Têt, de fritures de Cha Gio, de vapeurs de Banh Bao. J’aime ces bruits, ces attentes, ces couleurs brillantes, rouges et jaunes. C’est un peu de retour de l’enfance, sans doute, avec ce que j’aurai pu prendre pour de l’exotisme quand je le découvrais mais qui n’en est finalement pas. C’est autre chose, plus philosophique aussi, que je ne saurais décrire et qui fait que je préfère définitivement ce nouvel an au « mien ». Cette année, il prend une couleur de coq, ce qui ne manque pas de sel pour un français, donc. Ce n’est toujours pas mon année, mais qu’importe, elle commencera bien, je l’espère.

Chuc Mung Nam Moi

photos : iceman

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