BD : A Silent Voice de Yoshitoki Ōima (2011)

Plus qu’aucune autre, la bande dessinée japonaise ose aborder tous les sujets. Dans « Koe no katachi » traduit par A silent Voice, Yoshitoki Oima aborde le harcèlement scolaire et la surdité.

La dessinatrice japonaise a fait appel à sa mère, traductrice de langue des signes, pour rendre son récit crédible. Le lecteur va suivre le personnage de Shoya Ishida, jeune collégien turbulent, qui va harceler la jeune Shoko Nishimiya, nouvelle élève dont le handicap va bouleverser les habitudes de l’école.  Le harceleur va pousser la jeune fille à partir de l »école et va se retrouver alors lui même le souffre douleur de ses camarades. Ceux qu’il faisait rire lorsqu’il harcelait la jeune fille, vont devenir ses cauchemars et lui faire prendre conscience du mal qu’il a fait. Mais pas plus que la jeune fille, il ne sera aidé ou accompagné par le corps enseignant.

On retrouve dans ce récit la dureté du système éducatif nippon, bien sûr. Mais dans un message plus universel, on y montre aussi que l’enfance n’a rien d’un âge de l’innocence. L’auteur montre aussi les deux mères des protagonistes, presque en opposition à leurs enfants. L’une est plutôt cool et tente de juguler l’énergie de son garçon. L’autre semble sévère et rigide, face à sa fille qui pardonne tout et va vers les autres. Il faut noter aussi que les deux femmes sont seules, divorcées ou séparées, ce qui est encore difficilement accepté au Japon. On y parle sens de l’amitié, différence, suicide, incompréhension et communication, confiance en soi… car Nishimiya doute d’elle même, à travers ce qui lui arrive, même si elle ne montre rien. Le récit prend le temps de s’installer d’une manière originale. En effet, on connaît une bonne partie de l’histoire dans le premier volume, la suite revenant plus en détail et en flash back sur tout le cheminement du héros, dans sa rédemption progressive.

Si l’histoire paraît dure, elle est aussi sensible. Dans ce mélo, par ailleurs adapté en Anime, il y a évidemment une part de caricature, de lieux communs. Le fait que cela se passe au Japon nous donne un coté dépaysant, notamment par les habitudes éducatives. Pourtant, j’ai pu constater par moi même combien la surdité est un handicap en entreprise ou dans le monde éducatif. Ayant travaillé pendant quelques années avec un collègue affecté de ce mal, j’ai entendu aussi des insultes, de la jalousie envers ses soit-disant privilèges. J’ai suivi des formations avec lui et l’ai aidé lorsqu’il ne pouvait tout comprendre de la part d’un formateur pas forcément très patient. Et j’ai aussi passé quelques jours avec un lycéen en stage et qui était aussi sourd. C’est extrèmement formateur lorsque l’on a à expliquer quelque chose. Il faut trouver d’autres moyens de communication, de démonstration. J’ai eu l’impression d’en apprendre autant que lui, au final.

Dans ce manga, j’ai retrouvé aussi ce sentiment. Même s’il y a des redites parfois, j’ai été touché et passionné par ce manga paru en France en 7 volumes. Je vous le recommande donc chaudement, même si le sujet peut vous paraître peu distrayant.

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2 réflexions sur “BD : A Silent Voice de Yoshitoki Ōima (2011)

  1. Un manga comme il y en a trop peu en effet, sensible et traitant avec une justesse certaine de sujets grave. Pour autant, je n’aurais pas dit qu’il mettait tant que cela l’accent sur la dureté du système scolaire. En fait, cela montre bien que les enfants ont assez peu de limites et de sens moral, d’où d’ailleurs la nécessité de les éduquer.
    Dans le fond, il s’agit d’une histoire de rédemption, doublée d’une histoire d’amour.
    Le fait que le manga se termine en sept volumes est aussi un avantage : l’histoire ne traîne pas trop, et pourtant, prend le temps de poser un décor et d’approfondir les personnages.
    J’ajouterais un thème abordé : la difficulté pour l’esprit de se développer pleinement lorsque la communication est difficile, voire presque impossible. Il y a, il me semble, un peu de cela chez Shoko. Elle n’est ni idiote, stupide ou angélique, mais a eu un développement plus lent que celui des autres enfants, et c’est sans doute lié à sa surdité.

    Pour ce qui est du thème du système scolaire difficile et du harcèlement, le manga Life, de Keiko Suenobu, me paraît plus fort et plus complet, mais il est plus difficile à trouver dans le commerce, et bien plus long.

    Aimé par 1 personne

    1. Ah oui, j’avais bien noté de lire Life, justement. Pour ce qui est de la « dureté », comme je le dis, elle transparaît pour moi dans la réaction des autres qui considèrent que l’héroine les « ralentit » à plusieurs reprise. C’est cette course à la performance que l’on voit.

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