Blog : Desintox sociale

Cela fait donc un mois que j’ai cessé d’utiliser les réseaux sociaux. De quoi donner quelques tendances et alimenter de la réflexion 

Un an déjà sans facebook ou twitter (où l’on pouvait me considérer comme early adopter pour reprendre un terme à la con), et ça ne me manque pas. Diaspora ou Google + non plus. Mais surtout, l’effet est nul sur la fréquentation du présent blog. En effet, le temps que je passais sur les réseaux sociaux, je le passe autrement et qualitativement on s’y retrouve largement. Car tout d’abord, je lis un peu plus et un peu mieux d’autres blogs ou sites, en y apportant des commentaires (ok, pas toujours pertinents ou relus… ). Cette interaction n’est pas toujours réciproque (vue la variété des sujets, c’est normal) mais je sais par ailleurs que je suis lu, c’est suffisant.

Mais surtout, ce temps que je dégage, je l’utilise bien mieux, notamment pour faire baisser la pile de bouquins, bd et mangas que j’avais à lire (je vous passe l’aspect plus personnel). Moi le drogué de presse papier, je me suis aussi recentré sur des ouvrages plus fouillés, dans des styles que je n’avais pas abordé d’ailleurs. Cela donnera quelques « critiques » ou plutôt présentations. Je ne parle pas non plus des films et même du retour imminent de la musique. A ce sujet, je m’intéresse de plus en plus à des oeuvres contemplatives et lentes, même si j’ai découvert quelques petits albums rock. C’est peut-être l’age ou le besoin de calme dans un monde bruyant et haineux. Se couper des réseaux sociaux, c’est un peu comme fermer une fenêtre mais ce n’est pas pour autant se couper du monde. Il faut savoir écouter et regarder autour de soi, dans la vie réelle. Cascador (de retour après une pause) parle justement de l’écoute. Il faut parfois se faire violence pour écouter l’autre mais aussi ne pas tomber dans l’escalade de la violence, verbale notamment.

Je relisais à nouveau des blogs politiques que je lisais il y a un mois mais ça ne me donne plus envie du tout de reprendre Icezine ou de commenter. La malléabilité de l’opinion et la manière de la façonner en ce moment est assez criante. On n’écoute plus mais on impose par matraquage (comme par exemple l’idée que certains sont réformistes alors que c’est un retour au conservatisme…. mais passons). Ce n’est pas nouveau et c’est aussi la technique de la publicité ou de fabrication des hits. Je lisais un article sur 1984 et le fait que ce livre ne fasse plus peur à nos « jeunes » d’aujourd’hui. On a fini par créer une génération de résignés, pire encore que le No future Punk ou le Grunge de ma jeunesse. La révolte existe pourtant encore mais elle ne s’exprime plus de la même manière, trop souvent dans l’unique violence. A  coté de ça, Gorbatchev parle de la 3ème guerre mondiale à venir (ok, c’est un peu son leitmotiv depuis 7 ans….), mais à qui parle-t-il aujourd’hui ? Pas aux siens qui le renient, et pas à ceux qui ne le connaissent même pas, ignorant parfois autant l’histoire récente que lointaine. Pour quelqu’un qui a vécu la chute du mur de Berlin de près, comme moi, c’est évidemment autre chose. Bref, ma désintox ne manque pas de sociabilité, dans le sens lire, écouter, comprendre les différentes strates de nos sociétés.

Mais donc, je n’ai aucunement besoin d’aller voir un top-tweet ou les vidéos les plus vues chez Youtube pour regarder ce qui m’entoure. Je ne comprends pas, par exemple, l’américanisation du parc automobile (plus de SUV, de paraître….) mais je la vois. Je ne comprends pas certaines opinions politiques mais je les écoute. Je pense aussi, comme d’autres, que l’on fait fausse route à parler d’autohébergement et à fournir des exemples de solutions finalement trop complexes pour un individu lambda, comme le font Framasoft, mais je n’ai pas pour autant de solution plus simples et éthiques à proposer pour tout. Et je sais aussi que bloguer ne changera pas le monde, même si 10 000 personnes venaient lire ce blog quotidiennement. Et pourtant, je continue à alimenter ce fil RSS selon mes envies, entre écoute des autres et écoute de soi même.

Cette désintox pas si « associale » que ça finalement, me paraît aussi salutaire que la déconnexion (inscrite maintenant comme droit). Alors qu’un de mes collègues blogueur s’énerve sur la dépendance que nous avons avec les divers terminaux et joujoux à écrans, il y a aussi celle du web, passé de source d’information à source de distraction. Et de ce coté là, partager « à l’ancienne », et interagir me semble finalement plus intéressant, tout en restant plus « social », car ménageant un temps plus long, plus propice à la réflexion de chacun. On n’écrit pas comme on fait une vidéo, mais ça, rien qu’en comparant un film à son adaptation cinéma, tout le monde l’a pourtant bien compris. Rien n’interdit aujourd’hui de mêler les médias autour d’un site en réfléchissant à la pertinence et à l’impact, sans s’exposer à la censure arbitraire des grands réseaux. Pourtant c’est l’interactivité qui disparaît jusqu’à se résumer à des pouces, des étoiles, des likes, degré zéro de la prise de parole et empêchant tout dialogue.

Mais qu’est-ce que tout cela, à l’échelle de notre monde, sinon un problème de riche, une futilité de plus? (c’est vrai, il y en a ici …) Car à « vivre » dans cet environnement pseudo social numérique, on en oublie de regarder la réalité dans son ensemble. Et pendant ce temps, je regardais autant la démesure du spectacle de nouvel an en Chine, que la modestie d’une fête vietnamienne mais aussi la détresse dans d’autres pays, ou même à coté de chez moi. Là je plombe l’ambiance, c’est vrai mais cette petite désintox est aussi bonne pour ça, voir le bon, le mauvais, à condition de vouloir regarder ailleurs que l’entre soi, de sortir de sa zone de confort.

dédicace spéciale à tous les assistants….

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4 réflexions sur “Blog : Desintox sociale

  1. Petite réflexion annexe sur les réseaux sociaux. En soi, pourquoi seraient-ils plus sociaux que les forums ou blog d’antan ? À la limite, leur organisation limite, en apparence le côté centralisant du blog où on est chez quelqu’un. La différence par rapport aux forums, c’est, il me semble, que le forum est organisé autour d’un sujet, il est tourné vers ce sujet central : les bars, espaces fourre-tout… ne sont que des moyens de canaliser le fait qu’un groupe se contente rarement d’un seul sujet. Attention, il faut bien comprendre la distinction entre le sujet, le centre du forum, et les fils qui le composent. Un forum sur Batman comprendra des fils sur Robin, ou sur Alfred… mais le sujet du forum restera Batman et son univers. Les gens viendront sur ce forum afin de parler de Batman.

    L’ensemble des sites que l’on appelle « réseaux sociaux » ont pour différence leur aspect partiellement décentré, dans le sens où l’on n’est pas chez un de nos interlocuteurs, et surtout la primauté de la forme sur le fond. Ce qu’ils mettent en avant ce n’est pas un ou des sujets précis. On ne vient sur un réseau social avec un sujet précis de recherche et de discussion. Même si on peut le faire, ce n’est pas l’intention qui préside à la conception de ces sites. On y vient pour trouver des gens, et des liens avec ces gens. Ce qui compte c’est l’être-là. En conséquence, le fait que ces réseaux paraissent ou finissent par paraître vain, que la plupart se contentent de propager ce que d’autres ont posté, n’est pas étonnant. Le blog suppose d’être rempli, donc de faire un effort de création — il en va d’ailleurs de même de la chaine Youtube. Le forum ne réunit que dans la mesure où il y a un enjeu préexistant et que l’on vient pour cet enjeu, pour l’approfondir. Le réseau social, lui, n’existe que pour mettre en avant le fait d’avoir du lien social.

    Nous savons tous qu’au quotidien, il y a des parties de conversations qui sont sans grand intérêt : la météo et autre bricoles du même acabit. À côté, il y a des parties plus sérieuses de conversations. Les réseaux sociaux sont aux blogs et aux forums ce que la petite conversation est à la grande conversation, d’une certaine manière. Du coup, un réseau social n’est jamais que le vestibule, le hall d’une maison. Il appartient aux utilisateurs de passer du hall au salon, ou d’en rester là, donc de se contenter de la petite conversation, qui n’est pas ni inintéressante, ni inutile, ou d’aller plus loin. De fait, la plupart d’entre nous ne va pas vraiment plus loin, ou ce plus loin est étouffé sous le brouhaha et le bruit. Car il est bien beau de mettre le monde entier dans une pièce, mais nous savons tous qu’une réunion où il y a trop de monde n’est jamais d’un intérêt fou (quoiqu’elle soit souvent nécessaire).
    Donc ces réseaux sont sociaux par la forme et l’intention, laissant ainsi totalement libre fond. C’est ce qui les rend extrêmement attrayants. Ils sont infiniment plus grand et variés que blogs et forums. Ils sont moins contraignants et autoritaire : on peut y passer sans discipline aucune du coq à l’âne, de David à George. Ne serait-ce pas l’aboutissement du rêve de l’internet des origines, une discussion sans limite avec le monde entier ? Bien sûr cette liberté est sous contrôle, mais l’espace de ces réseaux est si vaste qu’il masque, comme une illusion, le fait qu’il y a un contrôle et une modération. À cette aune la différence est de savoir quelle distance vous voulez entre vous et le contrôle.

    Il en résulte que les réseaux sociaux sont vains par nature, et guère plus libre en fait que l’internet des modérateurs de forums. Quand on y pense, il est ironique qu’Internet, qui se veut pourtant, et est souvent vendu ou perçu, comme un bastion, un vecteur, un lieu formidable de démocratie, n’est jamais trouvé mieux comme système que l’autoritarisme des petites communautés.

    La question centrale est alors de trouver comment remplir les réseaux sociaux, et éventuellement savoir arrêter si nous ne savons le faire, ou que c’est consumant.

    In fine, pour en revenir à votre sujet, nous n’avons malheureusement, et pour bien des raisons, la force d’utiliser sagement ou utilement ou plus intelligemment, le temps supplémentaire que nous récupérerions en nous abstrayant des réseaux sociaux. Hier la télévision, aujourd’hui les réseaux… Quitte à être pessimiste, si les réseaux nous semblent toujours aussi néantifiant, c’est parce que trop peu y mettent leurs créations et réflexions. Ils, nous en fait, ne le font pas car cela demande des efforts. Il est plus simple de reprendre et de tourner autour de ce que d’autres ont fait, d’où l’avalanche des liens.

    Ironiquement, c’est tout l’art et le cœur du commentaire…

    Aimé par 1 personne

    1. Nous sommes globalement d’accord et mon titre contenait de l’ironie. Car au delà de la création qui disparaît malgré les efforts de Facebook pour faire écrire les journaux chez lui, il y a finalement une perte d’interactivite et le fait qu’au final, le plus fort en gueule s’impose. Mais j’en avais parlé par ailleurs. Mais on sait que tout finit par revenir sous une autre forme

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  2. Ayant abandonné les réseaux « sociaux » depuis environ un an (si ce n’est plus…), je me rends compte à quel point je suis créatif et libre. J’ai relancé mon blogzine dédié au Rock/Hard/Metal japonais, par exemple. Je vais, en musique, de découverte en découverte. En littérature, je m’éclate aussi. Et je randonne tjrs autant! 🙂

    Il est clair que les réseaux « sociaux » sont chronophages et loin de la réalité du quotidien. Il est facile de s’enfermer dans ce « paradis » numérique. Plus difficile d’en sortir…

    Je suis heureux que tu sois dans une phase positive. 2016, sur la fin, m’a semblé déprimante dans ton cas (de ce que je lisais alors…). Il y aura tjrs des hauts et des bas. Inutile de trop se poser de questions. Il faut agir, non réagir 🙂

    Par ailleurs, si tu as des conseils en musique vietnamienne, je suis ouvert !!! 🙂 🙂

    Bon weekend!

    Aimé par 1 personne

  3. C’est une argumentation qui se tient, et que je comprends tout à fait. Il est tellement difficile de se défaire des réseaux sociaux de nos jours qu’on oublie facilement que les sources d’informations sont multiples. Mieux encore, c’est plus simple d’éviter les fakes et les hoax en allant directement sur des sites spécialisés. C’est un billet que j’ai pris plaisir à lire!

    Aimé par 1 personne

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