Web : et si nous étions rétribués pour nos données ?

Aujourd’hui, nous savons tous que nos données sont exploitées, la plupart du temps à notre insu. Il n’y a que les spécialistes qui peuvent être certains à 99% de tout maîtriser. Alors, y-a-t-il place pour une autre solution accessible à tous ?

En lisant cet article, vous donnez sans doute des données à un moteur statistique. Même si j’ai supprimé les boutons facebook et compagnie, vous utilisez aussi un ordinateur ou un terminal mobile qui peut fournir des données à leurs concepteurs/fournisseurs de système d’exploitation. Il est possible que les backdoors des routeurs, par lesquels transitent vos données, soient utilisées aussi pour vous espionner. Ici, ça ne vous semble pas grave, mais pourtant, des sociétés gagnent de l’argent en utilisant votre profil de consommateur, vos goûts. Vous travaillez pour eux, sans le savoir et sans rien toucher.

Vous n’avez pourtant rien signé d’explicite, si je vous pose la question. Mais c’était caché dans ce que vous avez validé dans les conditions générales d’utilisation. Aujourd’hui, ce pouvoir va très loin, à travers de l‘intelligence articificielle et une manière de présenter le monde, comme le rappelle ce récent article du Monde Diplomatique. D’où une idée qui se rapprocherait du revenu universel si à la mode, Rétribuer l’utilisateur à travers un contrat explicite et bilatéral. Nous aurions le choix entre donner accès à nos informations ou pas, et donc de toucher une rétribution en échange. Évidemment, cette vision des choses est proche de l’utopie. Car pour cela, il faudrait exercer une pression sur ces sociétés toutes puissantes, à l’égal d’états comme la Chine qui donnent accès ou pas à leur réseau national. Cela mettrait aussi en cause la fameuse neutralité du net, toute aussi utopique. Et donc cela reviendrait à …. nous surveiller en contrôlant que nous ne sommes pas surveillés. Paradoxal !

Se poserait d’abord le problème du contrôle. Comment vérifier à notre niveau qu’une société appliquerait bien notre refus de céder nos données? Il faut avoir de l’expertise pour « scanner » ce qui transite à partir d’un terminal. On ne pourrait demander cela à notre opérateur, déjà débordé par de multiples demandes légales et qui n’est pas neutre. Pourtant, il y aurait nécessiter à procéder à des échantillonages sur les données qui transitent pour vérifier le bon fonctionnement d’un tel système. Le coût d’un tel organisme serait aussi conséquent (quand on connait le nombre de fonctionnaires chinois employés à cela…) et là intervient la politique. Quand le gouvernement chinois impose une censure avec un coût important, on s’offusque. Mais quand il s’agit de rétablir la balance dans le bon sens, c’est plus compliqué évidemment.

En réalité, nous sommes face à une sorte d’« Uberisation » des données, et c’est la gratuité d’un service qui serait notre monnaie d’échange : gratuité du moteur de recherche (mais alors est-ce qu’Altavista était payant autrefois ? ), gratuité du système d’exploitation de son mobile (mais pas du terminal….), …. Ce serait donc ça notre rétribution, puisque nous avons accepté les CGU. Sauf que comme Uber ou blablacar avec ses chauffeurs, la marge a évolué avec le temps et si c’est toujours gratuit pour nous, la rentabilité, coté utilisateur de nos données, a grimpé. Le cours de la données a augmenté et je suis même persuadé que nous n’avons pas tous le même cours, selon notre pays d’origine, notre métier, et … qui sait, notre ethnie? Le cynisme règne dans ce domaine. Surtout que maintenant, nos données transitent par des objets connectés et les constructeurs automobiles tout autant que les assurances s’y préparent déjà, soit pour leur compte, soit en sous-traitant, avec un propriétaire de véhicule qui n’a pas vu de réduction à l’achat pour cela. Pire même, il paye en plus pour être connecté, tout ça pour écouter sa musique en streaming ou envoyer ses données de navigation pour un service de géolocalisation avec info-trafic ou pour trouver un restaurant, voir pour agrémenter son statut de réseau social par une jolie photo prise par sa voiture.

Fixer les règles pourrait aussi éviter cette spéculation latente qui a lieu sur notre dos. Mais aussi aurions-nous un intérêt géopolitique à voir cela s’installer…. dans un monde utopique où tout le monde suit les règles évidemment. Car quand on regarde bien, l’utilisation de nos données est un abus et un détournement du contrat, la plupart du temps. L’utilisateur de nos données dit le faire pour « notre bien », pour « améliorer son service », une notion floue qui évolue unilatéralement, comme quand Facebook a mis en place la timeline et trié les flux d’informations à sa guise. Mais après tout, nous avons aussi le choix parfois, celui de couper ces services pour en utiliser d’autres, plus respectueux. Un choix qui se restreint, dans la téléphonie mobile, dans tout le microcosme du « connecté’ où le pillage est devenu généralisé et « normal ». Le marché de la donnée est totalement dérégulée, façon finance, faisant la réjouissance des penseurs de l’ultralibéralisme, finalement. Mais vouloir le réguler peut être aussi une tentation vers un totalitarisme de la pire espèce.

L’utopie réside plus, finalement, dans la liberté que nous retrouverions à gérer ou pas ce que nous émettons. Il faudrait alors que dès la conception de nos terminaux et périphériques, ou à l’achat, nous puissions dire où doivent transiter ces données. La rétribution pour nous serait alors de pouvoir choisir sa plateforme, entre privé, association, soi-même (auto-hébergement). Une révolution de pensée évidemment et qui conduirait les Fournisseurs d’Accès à proposer des formules pour cela, mais qui conduirait aussi à détruire le fondement des puissances actuelles d’internet (Google et Facebook essentiellement en occident…). Une démarche qui ne pourrait être unilatérale…Imaginez demain un système d’exploitation pour les français avec des hébergements pour les francais, d’autres pour les allemands avec d’autres règles, ou bien encore un service européen si tout le monde était d’accord… Oui, cela revient finalement à repenser la propriété de ce réseau international. Un réseau pensé par des scientifiques et des militaires et qui redevient un enjeu géopolitique. Autant dire que nous ne sommes par près de toucher un centime pour notre octet de donnée personnelle. A moins de faire autre chose individuellement…

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