Cinéma : Divines de Houda Benyamina (2016)

Ce premier long-métrage a collectionné les prix depuis Cannes 2016 jusqu’au Césars 2017. Un enième film sur la banlieu diront certains ?

En banlieue parisienne, la jeune Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par sa meilleure amie Maimouna, elle abandonne le lycée professionnel et propose ses services à Rebecca, une dealeuse respectée dont elle gagne progressivement l’estime. Sa rencontre imprévue avec Djigui, danseur troublant de sensualité, va l’ébranler, mais il est difficile de sortir de l’emprise de Rebecca.

A lire ce synopsis, on croirait tomber dans le cliché habituel de la banlieue difficile, de sa violence et du parcours d’un/d’une jeune pour s’en sortir. Le parcours personnel de la réalisatrice est à prendre en compte car le film ne peut cacher une forte part d’autobiographie. Pourtant il y a des éléments tout à fait « novateurs », comme le fait que Dounia soit vue comme une « batarde » avec une mère célibataire qui vit dans un camp de Rom. On caricature souvent la rivalité Rom/HLM, comme pour monter les uns comme les autres. Ce n’est pas le cas ici. Elle est amie avec Maimouna, une fille d’Imam d’une mosquée quasi clandestine. La réalisatrice introduit ici la religion mais ne l’utilisera pas vraiment dans son récit. Elle ne nous sert pas le discours d’une religion qui permet de sortir du marasme quotidien comme certains auraient pu le croire avec un financement quatari.

Il faut voir autre chose dans ce film, comme cette belle histoire d’amitié, cette recherche d’une solution pour s’en sortir qui mène à aller toujours plus loin. Car tout ce qu’on offre à Dounia, c’est une formation d’hotesse d’accueil, le genre de truc bidon qu’on file à ceux qui n’ont pas encore trouvé leur voie à l’école. La réalisatrice elle-même sera de celles là. Alors quel autre choix, dehors ? S’il y a 30 ans, il y avait des choix, aujourd’hui on fait miroiter la réussite par l’argent (le money money money balancé par l’héroine). Et comment trouver facilement de l’argent sinon par le système D, le vol puis le trafic. Il faut avoir connu la lente déliquescence de quartiers HLM pour comprendre la justesse du propos, les rapports de force qui forcent à des comportements.

Le film est fort, percutant et on comprend qu’il ait fait mouche auprès de la profession. Surtout que la réalisatrice a cummulé les courts-métrages avec succès. Il y a bien des défauts techniques, comme le mixage, ou bien encore l’intégration de la scène du rêve et ses incohérences (regardez attentivement le « supermarché »). Mais on passe vite là dessus pour se laisser haper par l’histoire. L’interprétation est juste et les récompenses justifiées. J’aurais juste aimé que l’on parle plus de Jisca Calvanda en plus des deux autres actrices. Il manque certainement des choses dans ce film, où la danse par exemple n’est pas totalement exploitée. Elle représente beaucoup pour Djigui, le type qui galère comme vigile. Elle fascine l’héroine mais … ça s’arrête là pour passer à autre chose, à cette conclusion qui finalement paraissait trop prévisible. Le film a été partiellement inspiré par les émeutes de banlieues et ça se ressent parfaitement. Chacun y émettra un jugement. Un film remarquable mais qui risque de marquer sa réalisatrice qui a pourtant tant à dire (et je ne parle pas de son coté bavard dans les cérémonies)

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