BD : L’Incal de Moebius et Jodorowsky (1980-2000)

C’est curieux mais depuis que cette série est sortie (1980…), je n’avais jamais pris la peine de la lire. Quand j’étais petit, j’étais trop jeune pour la lire. Et puis ensuite, j’ai préféré d’autres auteurs, dessinateurs. Pourtant Moebius, quoi….

Jean Giraud, donc. Et Alejandro Jodorowsky. Ah si, j’avais mis un pied dans l’univers de l’Incal avec la Caste des Meta-Barons, du même Jodorowsky avec le dessin fabuleux de Juan Gimenez. Jodo sait s’entourer, c’est sûr. Mais il fallait que je reprenne le fil de tout cela avec les premiers opus, ceux sortis à l’époque de Metal Hurlant, dans les années 80. Car en réalité, l’Incal, ce sont les aventures de John Difool, anti-héros et détective minable qui se trouve embarqué dans une machination dont la science-fiction onirique de Jodorwsky a le secret.

Dans un futur éloigné et dystopique, le détective privé John Difool reçoit l’Incal lumière, une pyramide blanche aux pouvoirs extraordinaires, des mains d’un Berg (extraterrestre venu d’une autre galaxie) mourant. L’Incal est recherché par de nombreuses factions qui veulent l’utiliser pour leur intérêt propre : les Techno-Technos (une secte de scientifiques) ; le Préz et ses bossus (le Prez est le chef d’État-dictateur de la planète) ; l’Impéroratriz : chef androgyne (siamois homme-femme relié par le dos) de la galaxie et les Bergs. En s’échappant, Difool se retrouve entraîné malgré lui dans une aventure qui le dépasse totalement et qui le transforme en sauveur de deux galaxies. (Wikipedia)

Aujourd’hui l’ensemble de l’oeuvre relié à L’Incal, est devenu une sorte de Mythe tout comme Jean Giraud. Pourtant, comme toutes les anciennes BD de science-fiction, l’aspect daté du visuel est problématique. Il y a un style très marqué par les années 70/80 qui peut gêner un lecteur d’aujourd’hui. Il y a également des éléments de décors, d’accessoires qui peuvent faire sourire. Et pourtant il faut passer outre et entrer dans l’histoire, dans l’univers de cette planète où règne une dictature de caste.. et apprécier la qualité du dessin de Giraud.

Je ne vais pas résumer ici cet univers complexe, tenter de faire un parallèle avec les dictatures qui avaient cours à cette époque. J’ai mis quelques pages avant de m’y faire et cela m’a rappelé les Eaux de Mortelune, (à voir dans une prochaine chronique) sorti en 86 pour cette peinture d’une planète dévastée par la radioactivité et la pollution. On pense aussi à Soleil Vert (film de 1973) lorsqu’on entre dans la ville des Technos. La science-fiction se réinvente sans cesse en piochant dans d’autres oeuvres. Jodorowsky y apporte d’autres choses, comme le Shamanisme, l’Alchimie, la psychanalyse de Jung, l’oeuvre de Carlos Castaneda, ce qui rajoute à l’onirisme de l’oeuvre. Jean Giraud était lui même dans cette approche à cette époque et on retrouve déjà certains de ces thèmes dans Blueberry.

(c) Les Humanoides associés
(c) Les Humanoides associés

Ce qui est étonnant, c’est de voir à quel point l’oeuvre de Giraud a influencé des films et BD de SF sortis dans les deux décénies suivantes. Ainsi, les machines des Technos font penser à bien des chaines de robots dans le futur avec ce coté organique. Et puis, comme Giraud a participé lui même à des films, on retrouve des liens avec Le Cinquième Element de Besson, pour ne cite que celui là. Mais John Difool n’a rien à voir avec Bruce Willis. Il n’est pas le héros sauveur du monde mais l’anti-héros tombé là par hasard (et c’est le cas de le dire). Dans cet univers qui est sans doute baigné d’une ambiance ‘no future » de la fin des années 70 / début 80, on finit par s’identifier à ce looser et à sa mouette Deepo, le faire-valoir animal du héros. Un Deepo bien plus héroique que Difool parfois.

Malgré la patine du temps et les défauts qui apparaissent aujourd’hui, l’Incal-première série, qui s’étale sur 6 albums, est très recommandable et donne envie de se pencher sur les autres séries, Avant-L’incal et Après-L’incal jusqu’à L’incal-final. J’ai pourtant ressenti un peu d’ennui dans les tomes 4 et 5. Je me suis aussi délecté de la satire sociale si contemporaine ou dans le basculement très Space Opera de la série. Peut-on pourtant considérer que cette série est terminée? Sans-doute pas mais le décès de Giraud en a peut-être décidé autrement. Un classique incontournable, donc.

ps : les dernières éditions ont été recolorisées… ce qui peut choquer les puristes. 

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4 réflexions sur « BD : L’Incal de Moebius et Jodorowsky (1980-2000) »

  1. Lu y’a un bail.
    Du grand Art.
    A lire aussi : avant l’Incal + la série de la Caste des Métabarons.
    Moebius / Giraud a même influencé des mangakas et des auteurs de comics américain, bonjour le gars !
    Sinon son Blueberry est bien aussi 😉
    Au passage, physiquement, John Diffol existe, je le connais, c’est un libraire BD qui est ami avec l’auteur (par ailleurs libraire BD très connu en France, dans son domaine), et il porte la même queue de cheval 🙂

    1. D’ailleurs, il y a eu de fameuses rencontres entre Moebius et ces mangakas et auteurs de comics…Peut-être un jour en chronique si je remets la main dessus.

    2. tout le monde influence tout le monde..
      Pas de Tezuka sans Disney mais pas de roi lion sans Tezuka..
      Pas de Moebius sans livres de science fiction US
      Pas de Nausicaa de la vallée du vent sans Moebius
      Pas de blueberry sans Jijé et sans Sergio Leone
      Mais l’incal n’aura rien inspiré de ce que j’ai précité.
      L’incal s’inspire des travaux antérieurs de Moebius qui sont plus succincts, plus beaux, tout simplement beaucoup mieux.

  2. Pourquoi lire l’incal alors que l’intérêt de l’oeuvre de Giraud se situe avant : de 1973 à 1979 ?
    C’est un peu comme conseiller les disques des Rolling Stones ou de Bowie qui datent des années 1980..

    Après 1979, Moebius va simplifier son trait et son discours pour faire des titres passables (Incal / Edena / Homme du Ciguri, folle du sacré coeur)

    Il vaut mieux se concentrer sur les périodes 1973 à 1979 (tout metal hurlant de cette époque) puis de 1999 à 2008 (chasseur deprime, 40 days dans le desert B)

    L’incal a suscité une descendance commerciale (méta barons, après l’incal) mais aucune descendance artistique contrairement à sa période faste des années 1970

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