Cinéma : Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (2017)

Il est toujours difficile de faire un film sur le handicap. le résultat sera toujours très tranché, avec le pathos créé par le sujet qui fait basculer le jugement du tout bon au tout mauvais. C’est le cas encore avec cette adaptation d’une presqu’autobiographie de Grand Corps Malade. 

Je n’ai jamais été très fan du slammeur Grand Corps Malade dont je trouve les accompagnements mièvres et les textes inégaux (malgré quelques franches réussites). Il y a pour moi bien mieux dans le genre mais je ne suis pas parti voir ce film avec un a priori. Sur la foi d’une bande annonce, je me suis laissé tenter par cette bio déguisée qui prend une allure de comédie malgré le drame :  Ben est amené dans un centre de rééducation après un accident de « piscine », comme il dit, qui l’a laissé tétraplégique incomplet. Cela signifie qu’il n’a plus l’usage de ses 4 membres, même si une épaule et un pied fonctionnent. Dans ce centre, il y fait la rencontre d’autres malades, des patients comme lui, avec des bobos au corps comme à l’âme.

Ce qui intéresse dans ce film, c’est une description très juste du monde de la rééducation, du point de vue d’un malade et non des soignants comme on le voit habituellement dans des reportages. Pourtant, le film prend le temps aussi de s’attarder sur les personnels, de l’aide-soignant au kiné en passant par la médecin chef ou la psy. C’est fait sans prendre de gant, montrant que ce sont des hommes et des femmes avec leur faculté à encaisser aussi et à déployer des barrières vis à vis des malades. La psychologie des personnages est bien plus subtile qu’il n’y paraît si on prend le temps de penser au déroulement du film. Il faut en effet un rythme à ce film d’1h50 pour faire comprendre la « patience » (d’où le titre) qu’ont tous les protagonistes. La musique participe à cela (j’y reviendrai) autant que le montage avec de beaux moments filmiques. On aurait pu craindre l’ennui ou la tristesse mais j’ai ressenti un bon équilibre.

Cet équilibre tient à l’humour, aux vannes de Farid et Ben, aux personnages qui deviennent parfois des clowns malgré eux (comme Samir, sorte de Clown blanc). Tout cela se fait dans une ambiance très banlieue (ici c’est le 9-3…) avec un vocabulaire malgré tout daté fin années 90. J’ai retrouvé quelques allusions qui parlent au gamin de banlieue que j’étais. Et en parlant de banlieue, une séquence sonne très juste lorsque nos héros parlent de la ghettoïsation. Ils font le parallèle entre leur sort d’handicapé dans la société et le fait que même dans le centre, il n’y a pas de « bourgeois », comme si on rajoutait un autre handicap. Nous sommes en effet très loin d’Intouchables, buddy movie un peu facile qui prend un coup de « ieuv » au passage. Si les deux films sont des adaptations d’autobiographie, celui-ci sonne beaucoup plus vrai.

Cela tient aussi au très bon casting, qui aurait pu faire appel un peu plus à des acteurs handicapés. Mais ne boudons pas pour autant la belle prestation de Soufiane Guerrab (Farid), Moussa Mansaly(Toussaint), Nailia Harzoune(Samia) ou Franck Falise (Steeve), qu’on a pu voir dans Dheepan ou Made in France, notamment. Ils sont parfaits dans ce mélange de dramatique et d’humour, cet humour devenu remède mais qui n’empêche pas les hauts et les bas. Ces garçons  vont en connaître et cela maintient aussi un suspens dans un film dont on se doute de la fin. Je dis garçon car le film reste très masculin, malgré la présence de Samia. Le héros était dans une équipe de basket et il reconstitue en quelque sorte son 5 majeur. Pourtant là aussi, la cohésion de l’équipe est mise à mal.

Le film aborde, non sans humour, le tabou de l’amour mais il reste un goût d’inachevé sur ce point. L’auteur ne pouvait pas enjoliver sa vie, ses actes manqués. Et puisque j’aborde les défauts, parlons de la bande son. Elle est, à l’image de ce que je disais sur GCM, inégale, alternant de bons titres dans un rap plutôt oldschool, et des titres aux textes plus criticables, pour ne pas dire faibles. J’aurais préféré une bonne illustration sonore collant à l’époque mais c’était sans doute trop violent pour le public d’aujourd’hui. Et aujourd’hui, on doit aussi supporter des placements produits en guise de financement de film. C’est très caricatural ici pour deux marques de sportswear. Je ne parlerai pas de l’autre source de financement par un personnage que la politique a mis en lumière récemment…

Ce sont de biens petits défaut par rapport aux réels qualités de ce « petit » film. Je dis petit car on sent que la mise en image a été faite sans gros moyens. Cela s’oublie vite dans la qualité de la mise en scène et la force de l’histoire. Une histoire à happy end, mais qui donne presqu’envie de savoir ce que sont devenus ceux qu’à croisé Ben, pardon, Fabien Marsaud.

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