Cinéma : Le Rebelle de King Vidor (1949)

Classique méconnu, The Fountainhead, curieusement appelé « Le Rebelle » en France, est un film pourtant remarquable, d’un réalisateur majeur : King Vidor. C’est sans doute son chef d’oeuvre, lui qui est aussi connu pour sa longue période dans le cinéma muet.

Le film est une adaptation d’un roman d’Ann Raynd, la Source vive (The Fountainhead … pourtant en anglais). « Le récit décrit la vie d’un architecte individualiste dans le New York des années 1920, qui refuse les compromissions et dont la liberté fascine ou inquiète les personnages qui le croisent.  » Mais le personnage du livre, tout autant que du film, est très inspiré par l’architecte Frank Lloyd Wright, l’un des plus prolifique et inventif du début du 20ème siècle. Cher lecteur, je te conseille vivement d’aller voir les oeuvres de Wright, histoire de comprendre un peu mieux ce qui fascinait nos auteurs de livre et de film.

Car, lorsque ce film sort, Wright est toujours vivant. Mais c’est au delà de la biographie qu’il faut aller voir. Howard Roark (Gary Cooper) est la figure de l’individualiste créatif, l’artiste maudit qui doit réussir malgré les obstacles. Il sera aussi un fondement d’une pensée, l’objectivisme, mais c’est une autre histoire. Car chez King Vidor, il prend une autre dimension, peut-être plus proche de la personnalité fantasque du cinéaste lui même. Vidor n’oublie pas d’utiliser des codes du film hollywoodien, avec une galerie du personnage plus orientée que dans le livre. L’histoire d’amour reste le fil rouge, Patricia Neal obtenant un rôle que toutes les grandes actrices du moment voulaient avoir. Car là aussi nous avons une figure de la femme libre et indépendante, moderne, ce qui rompt aussi avec le cliché habituel. Sans doute Vidor eut-il raison d’écarter la grande Barbara Stanwyck de ce rôle mais elle en avait la carrure. Face à nos deux héros, il faut aussi le méchant de l’histoire, le manipulateur, qu’est Ellsworth Toohey (Robert Douglas). Il représente le conformisme et les manipulations politiques évidemment et complète le tableau avec Gail Wynand (Raymond Massey), le riche propriétaire du journal symbole du pouvoir financier.

Si le livre original est plus un pladoyer pour une forme de libéralisme, le film de Vidor s’en détache pour parler d’art et de création (même si Ayn Rand reste au scénario). Roark ne veut faire aucun compromis dans son art, ne pense pas à un « goût » du public lorsqu’il crée ses immeubles. Il pense évidemment à la fonction, mais aussi à l’innovation, à la rupture, à bâtir le futur plutôt que de se retourner sur le passé. Il en est même prêt à crever plutôt que plier, comme son mentor l’a pourtant prévenu au début du film. S’en suivent des scènes qui tiennent presque de la comédie, comme la « modification » de son projet par les « client », ou encore la scène de la …. fontaine. Le casting, malgré les réticences de Gary Cooper au début, est impeccable, tout autant que la photographie noir et blanc de Robert Burks, qui travaillera ensuite pour Alfred Hitchcock.

Si le sujet principal reste l’architecture, le spectateur peut s’imaginer d’autres sujets artistiques. Dans un monde qui reste très conformiste, il est intéressant de regarder justement les immeubles bâtis aujourd’hui et les prises de risque très rares. On peut l’étendre à la sculpture, la peinture, le design automobile, …. Et les stars d’aujourd’hui sont parfois très proches du personnage de Keating, dans le film. Je vous en laisse la surprise.

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