Cinéma : Carole Matthieu de Louis-Julien Petit (2016)

Je comptais aller voir Corporate mais ne trouvant pas de salles toutes proches, je me suis rabattu sur ce film au thème similaire. Pourtant j’ai hésité à en parler…

Pourquoi ? Pour pas grand chose car pendant deux tiers du film, j’étais plutôt emballé par cette histoire :

Carole Matthieu, médecin généraliste, a choisi d’être médecin du travail pour donner un sens à sa vie et son travail. Elle s’épuise à dénoncer, sans être entendue, les conditions de travail des employés d’un centre d’appel. Jusqu’au jour où un suicide fait basculer sa vie et son entreprise dans le chaos.

Il s’agit de l’adaptation des « Visages ecrasés » de Marin Ledun qui a participé au scénario. N’ayant pas lu l’oeuvre originale, je me base uniquement sur ce film, qui a peut-être vue son histoire modifiée… enfin c’est l’impression que ça m’a donné et ce qui m’a géné. Car pour le reste, ça tient la route.

Le film est porté (et coproduit) par une Isabelle Adjani qui reste encore magnétique. Sa carrière montre une orientation plus sociale et engagée, comme on avait pu le voir dans le très bon « La Journée de la Jupe ». Elle est ici accompagnée par une autre grande actrice qu’on a mis du temps à découvrir : Corinne Masiero (oui… le capitaine Marleau à la télé, mais aussi Louise Wimmer, son rôle emblématique) qui est dans le rôle de la directrice des ressources humaines. Les autres rôles sont moins épais, le film ne tenant qu’en une heure trente. Mais cette durée reste pesante, sans être ennuyante.

Bienvenue dans l’enfer des « call centers », pourrait-on dire, ces centres installés souvent dans les zones les plus touchées par le chômage (comme les entrepôts amazon, d’ailleurs) pour mieux asservir les employés à une sorte d’esclavagisme moderne. Ils sont écoutés par leurs managers, mis sous la pression de la durée d’appel, du score de vente et de la note avec pour sanction le renvoi ou la rétrogradation. Ces mêmes managers sont aussi mis sous la pression de la note de leur équipe et risquent eux-même cette rétrogradation, et ainsi de suite dans une pyramide infernale. Le physique et le mental sont usés prématurément et on voit ici tous les comportements humains : ceux qui craquent, ceux qui se serrent les coudes, ceux qui écrasent les autres, … Et au milieu de tout cela, la médecine du travail qui est aussi pressée de rendre des comptes, pour les indicateurs légaux. On entrevoit la misère de l’inspection du travail : Trois pour tout le département et avec aussi peu d’actions pouvant améliorer la gestion humaine de ces entreprises.

Le réalisateur, qui reste aussi dans le coté social après le très bon Discount, fait plutôt bien son job en entretenant une pression, un suspens pendant une bonne moitié du film. Il y a du style dans sa manière de filmer, sa mise en image, sa photo entre gris et rouges. Et pourtant, ça craque à un moment. Petit à petit, on a l’impression que le style l’emporte sur le message, sur l’histoire. On aimerait avoir un peu plus de matière sur la relation mère-fille, sur ce qui a motivé le choix de ce médecin de quitter son cabinet. On aimerait avoir de la matière sur ce syndicaliste qu’on entrevoit attiré par Carole, ou prêt à l’aider et à la comprendre. On aimerait voir de la matière sur cette DRH qui brise l’armure dans un petit moment de lucidité. Mais non, la fin arrive, prévisible et trop stylisé pour ne pas rester dans le « mais c’est n’importe quoi! ». Vous comprendrez en voyant l’explosion et la « communion des mains »…

Cette fin m’a littéralement gâché le film. Pourtant, il est à voir pour tout le reste… Mais là, je trouve que ça réclamait une fin plus simple, peut-être même tronquée car toute l’histoire se suffisait à elle-même. Après tout, l’auteur y trouve peut-être sa vision des choses et je le respecte. C’est un peu pour cela que j’en parle quand même, parce que j’ai passé un « bon » moment. Je pense toujours à la condition humaine lorsque je tombe sur un centre d’appel, ce qui me fait mettre quelques formes lorsque j’exprime un mécontentement. Car la distance et parfois même les messages d’accueil font trop souvent oublier que l’on a des humains et non des robots en face.

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1 réflexion sur « Cinéma : Carole Matthieu de Louis-Julien Petit (2016) »

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