Blog : Quand ça ne veut pas passer

Il y a parfois des lectures qui ne vont pas jusqu’à leur terme. Ah si seulement ce n’étaient que des mauvais livres, barbants, mal écrits. Mais même pas…

Le dernier livre qui m’a causé ce problème, c’est Le Soldat Oublié de Dimitri. Je devrais plutôt dire de Guy Sajer puisque c’est sous ce nom qu’il est publié en 1967. En réalité, il s’agit de Guy Mouminoux, connu sous le pseudo de Dimitri comme dessinateur de BD. Pourquoi un tel travestissement ? A cause du sujet :

Alsacien, de père français et de mère allemande,  le jeune Guy est enrôlé dans l’Arbeitsdienst puis dans la Wehrmacht. Il ne cache pas alors sa fascination pour la puissance de l’Allemagne. Il se retrouve en 1942 sur le front de l’Est à combattre les russes en Biélorussie puis en Russie, et notamment à Koursk avant de suivre la longue retraite allemande jusqu’à la capitulation.

C’est un gros pavé de plus de 500 pages mais ce n’est pas ça qui fait peur. Ce n’est pas non plus le style, qui n’a pas la naïveté du jeune homme de l’époque. L’éditeur de l’époque avait présenté cela comme un écrit d’un amateur, un témoignage. On se rend vite compte que Guy Sajer écrit plutôt bien, mais reste dans un style très descriptif, factuel, avec quand même des avis personnels sur la situation. Bref, ça m’intéressait de lire ce témoignage, comme j’ai pu le faire par le passé sur le conflit vietnamien avec des témoignages des deux camps, ou en lisant le fabuleux « A l’ouest rien de nouveau », d’Erich Maria Remarque.

J’ai comme un malaise en fait avec ce livre et j’ai donc moi même capitulé bien avant Stalingrad. Le témoignage est très brut, sans remord. Dimitri y décrit des horreurs, comme par exemple ces convois de prisonniers russes qui empilent des cadavres des leurs pour se protéger du froid. Mais on a l’impression que la grandeur de l’Allemagne excuse tout. Enfin c’est mon impression et je dois avoir déjà un blocage psychologique avec cela. Ou peut-être n’est-ce pas le moment ? Je ne sais pas. J’ai l’impression de déjà connaître la suite, de voir et d’entendre le fracas des armes, des bombes, les corps déchiquetés de ses compagnons, des civils, et de connaître l’issue. Et dans ce style, j’ai lu mieux…J’ai, et c’est certainement un tort, lu quelques critiques et j’y ai trouvé ce que je craignais sur les perceptions politiques de l’auteur. Oui, il était jeune, sans vraiment de repère et partiellement endoctriné. C’est compliqué.

En fin de compte, je ne peux pas conseiller ou déconseiller ce livre. Il reste un témoignage d’une période du front de l’est coté allemand, avec certainement une part de mensonge et/ou d’imprécision, comme tous les souvenirs. Ce livre n’était pas comme d’autres que je n’ai pas finis, gêné par un style ampoulé et pompeux, ou par la vacuité des propos. J’ai traité parfois des trucs malsains, coté cinéma (Human Centipede, Serbian Movie, par exemple) mais là, j’ai à la fois ce sentiment et aussi celui de l’ennui, d’une sorte d’équivalent d’un long service militaire que l’on fait vivre au lecteur. C’est un peu comme un livre que j’ai longuement écrit et que je n’ai jamais fini, parce que trop long, dès le début, parce que justement c’est hyper descriptif, et je sais qu’un lecteur moins impliqué dans l’histoire s’ennuiera.

Bon, voilà, je ne devais pas faire la chronique du bouquin mais j’en ai quand même fait une bonne partie. Alors depuis j’ai entamé autre chose, qui n’a rien à voir et je ne reviendrais pas sur cet échec. Je voulais continuer une autre lecture pour justement me prouver que ce n’était pas la simple lassitude de lire, comme ça arrive parfois. Mais non, pour l’autre, j’ai envie d’en connaître la suite, de passer les pages à la lumière de la lampe de chevet. Mais là, je n’arrivais simplement pas à me transposer dans l’histoire, comme si ma téléportation temporelle ne se concluait pas. En y repensant, j’ai eu d’autres livres ou même des films qui ont mis du temps à trouver en moi le courage d’aller au bout. Courage, je ne sais pas si c’est le mot, en fait. Cela tiendrait presque de l’alchimie ou de la magie, comme une rencontre qui peut se faire ou pas. Je connais certains critiques ou blogueurs littéraires qui se lâcheront volontiers sur ces échecs, sans même essayer d’analyser la raison de ceux-ci. Comme s’il fallait se venger de quelque chose… Pourquoi en vouloir à l’auteur ? Il a fait l’effort de témoigner, partager et le lien ne s’est simplement pas fait.

En général, je termine en musique, ce type de billet. Et je me dis justement qu’en musique on peut plus facilement prendre le temps de « rentrer » dans un album. Je ne pense pas, par exemple, que j’aurais pu apprécier certains albums Metal à des moments de ma vie, ou même certains albums d’Ambient. Et c’est donc par un titre fétiche que je vais conclure :

PS : ce blog me ressemblant enfin à peu près, j’ai enfin remis à jour la rubrique création, remis les billets les moins politiques et le plus géopolitiques d’icezine que je fermerai bientôt et presque fini avec les chroniques musicales. La boucle sera bouclée quand tout sera aussi « chez moi »…

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1 réflexion sur « Blog : Quand ça ne veut pas passer »

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