Littérature : Sud Lointain d’Erwan Bergot (1992)

J’avais un à-priori défavorable pour cette longue saga écrite par un ancien de l’Indochine française. Mais, cela venait aussi d’une adaptation télévisuelle des années 90 avec Véronique Jeannot et Xavier Deluc. Il vaut mieux se plonger dans cette saga coloniale, pour voir une vision du Vietnam parmi d’autres.

J’ai traité ici ou ailleurs du vietnam à travers des récits de viet kieu, de leurs enfants, ou bien de simples soldats. Je remettrais bientôt certaines chroniques en ligne qui permettent aussi de mieux comprendre ce fascinant pays. Mais il reste aussi à comprendre la période de colonisation française, peu décrite par les auteurs vietnamiens, ou trop idéalisée par les auteurs français nostalgiques. Il est peu évident de trouver de la nuance, même dans des essais historiques. Comme je l’ai dit, Erwan Bergot a été militaire en Indochine, auprès de Bigeard, et a beaucoup écrit sur le coté guerrier du conflit. Ce n’est qu’en 1990 qu’il se consacre à l’écriture d’une saga « coloniale », sur 4 personnages qui débarquent en 1900 à Saïgon pour chercher l’aventure, la richesse, ou un sens à leur vie.

sudlointainLe style de Bergot est riche, très descriptif, ce qui est très intéressant dans ce cas pour imaginer l’ambiance d’une ville qui n’est alors pas encore la mégalopole que l’on connaît aujourd’hui. On y découvre ses quartiers, ses rues symboles, ses mélanges entre culture chinoise, française, annamite et tonkinoise, … Il est un peu moins descriptif sur les autres régions, notamment les fastes de Hué, préférant décrire les structures hiérarchiques Parfois certains mots/comparaisons me choquent, fruits sans doute d’une époque mais je ressens pourtant le respect que l’auteur met à décrire ce pays qui a fini par le fasciner. Il déploie des efforts pour ne pas enjoliver la situation. Il appuie particulièrement sur les abus des français, leur arrogance et leur supériorité affichée face à ceux qui ne sont pour eux que des coolies. Il n’est pas plus tendre pour les chinois, autres colons pendant des siècles, ou même les japonais. Il ne l’est pas non plus pour ces sortes de castes qui se sont installées, et essaye de décrire la situation paradoxale des empereurs à Hué. On le sent : Bergot s’est documenté et a écouté des témoignages de l’époque, de personnes qui ont vécues dans ces différentes cours, françaises ou impériales, même si il aurait pu être encore plus rigoureux historiquement.

Il est difficile de dire quel personnage se rapproche le plus de l’auteur, car on met forcément de soi dans ses héros. Mais on y ressent un sens de l’honneur très militaire (il était officier), autant que le sens du sacrifice. Bergot est beaucoup moins à l’aise dans le coté sentimental de l’histoire, esquissant des triangles amoureux, sombrant dans des clichés à l’eau de rose qui semblent inachevés par pudeur de l’auteur. Tout cela n’est en fait que de l’enrobage, une manière d’emmener le lecteur dans un récit historique plus didactique. Bergot est ainsi critique sur les stratégies militaires, les méthodes coloniales qui ont fini par pousser les populations des différentes provinces à se soulever. Il montre le peu d’entrain que les français avaient à partager leur savoir et apprendre des « indochinois », à comprendre leur sens des valeurs. Dommage pourtant que des éléments de cette galerie de personnages principaux soient trop vertueux mais aussi très dominants.

A lire cette très longue saga, j’ai compris aussi l’erreur de l’adaptation de ne pas avoir perçu le sens de l’œuvre. Il ne faut finalement pas s’attacher à ces familles d’aventuriers, ces dynasties qui deviennent « eurasiennes », comme le rappelle l’auteur dans le premier tome. Il faut simplement entrer dans la compréhension d’un pays, s’y mêler et s’y perdre comme cette impressionnante trame de héros/héroïnes. Je ne suis pas sûr que Bergot y soit totalement arrivé mais j’ai l’impression d’avoir compris son besoin d’écrire cela, sur la fin de sa vie.

livre disponible en intégrale ou en tomes séparés

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