Géopolitique : Macédoine, ou la salade démocratique 

Pendant que les regards se tournent vers la France, la Corée du nord ou la Syrie, tout près de chez nous en Europe, la Macédoine continue de basculer dans un imbroglio politique bien plus que local. 

La Macédoine, c’est ce petit pays de 2 millions d’habitants situé dans les Balkans, entre Grèce, Albanie, Serbie, Kosovo et Bulgarie. Le pays a acquis son indépendance en 1991, après l’explosion de la Yougoslavie mais peut-on dire réellement qu’il s’agit de la Macédoine historique ? En effet, on doit dire Ancienne République Yougoslave de Macédoine, la Grèce revendiquant le nom Macédoine pour sa province du nord-est qui dispose d’un avantage non négligeable : L’accès à la mer. La Grèce empêche ainsi l’adhésion de ce pays à l’OTAN et à bien d’autres organismes mondiaux. La Macédoine est pourtant candidate à l’entrée dans l’Union Européenne. Mais pourquoi parler de ce pays aujourd’hui ? On en a vaguement entendu parler pour les problèmes migratoires en Europe, où elle est un des points de passage. On en a parlé fin Avril suite à des violences de manifestants d’extrême-droite au parlement. Et puis il y a eu des manifestations dans la capitale Skopje pour deux raisons principales : L’arrivée d’experts de l’UE pour la candidature à l’UE et une alliance gouvernementale entre le parti social démocrate et la minorité albanaise (25% de la population).

La situation en 1913

Pour tout comprendre, il faut faire un peu d’histoire. Je ne reviendrai pas jusqu’à Alexandre le Grand mais il faut considérer que la Macédoine devrait être constituée de la Macédoine actuelle et de sa province grecque. La partition de la Macédoine ne date que de 1912, lorsque Montenegro, Grèce, Bulgarie et Serbie se sont entendus pour dépecer la partie Européenne de l’empire Ottoman. Il y avait donc avant cette guerre en 1912-1913, une minorité turcophone. De cette partition date aussi la dominante slave et les liens forts avec la Russie qui s’opposait alors à l’Empire Ottoman et l’Empire austro-hongrois qui avançait en Bosnie. De nombreux traités successifs tentèrent de fixer la situation qui finalement trouvera une « issue » par … la 1ère guerre mondiale. Après le 1er conflit mondial, la Grèce qui fut du coté vainqueur, ainsi que la Serbie, vont conserver chacune une portion de la Macédoine selon un découpage plus que criticable… et critiqué. Mais l’assimilation serbe des macédoniens entre les deux guerres, pousse aussi à un rapprochement des nationalistes vers le communisme, donc la Russie. Après la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie s’est libérée avec Tito et la Macédoine est aussi sous domination communiste. La Macédoine est reconnue comme république Yougoslave avec sa propre langue. Mais il subsiste toujours une minorité musulmane, liée à l’Albanie ou anciennement aux Ottomans. Nous avons donc un pays divisé, multi-ethnique, multi-confessionel et dont les liens semblent forts avec la Russie jusque dans les années 90, bien que la Yougoslavie soit un pays non aligné depuis 1948.

La situation ethnique aujourd’hui

Pourtant, géographiquement, on pourrait penser que la Macédoine est très européenne. La langue les rapprochent des Bulgares, mais les liens ont été très forts avec  la Serbie pendant 50 ans ce qui crée une forte crise identitaire et des divisions importantes dans le pays. Aujourd’hui, c’est Gjorge Ivanov qui est le président de ce pays, un ancien enseignant ayant vécu en Grèce, Italie, Bosnie, avec une orientation plutôt pro-européenne, et pro-OTAN. Les négociations territoriales avec la Grèce sont au point mort, la demande d’adhésion à l’UE faite en 2004 n’ayant rien changé. Mais depuis 2015, le pays est plongé dans une crise politique sur fond de corruption et crise migratoire. Des élections législatives ont été provoquées fin 2016, avec la pression des USA et de l’UE, pour essayer d’éviter un embrasement. Mais c’est l’opposition au président qui a conquis une faible majorité et s’est alliée au parti albanais, proposant d’inscrire la langue albanaise comme seconde langue officielle (un accord cadre de 2001 a déjà fixé cet objectif). Zoran Zaev, le potentiel premier ministre, est chef du parti socialiste macédonien, héritier du parti communiste, mais pourtant pro-européen, et lui aussi frappé par des affaires de corruption. Les partis de l’extrême-droite essayent de profiter de cet imbroglio pour prendre le pouvoir.

Et c’est là que la Russie intervient, fustigeant le manque de clarté et l’impuissance de l’UE dans ce dossier, et soutenant les nationalistes macédoniens face à un pseudo risque de Macédoine albanaise. Absente depuis quelques décénies, la Russie reprend ainsi pied dans cette Europe de l’est et des balkans qui oscille encore entre OTAN et Russie. Il faut se rappeler que la Bulgarie et la Moldavie ont élus des dirigeants plus orientés vers la Russie, bien que nationalistes et méfiants vis à vis de l’ogre de Moscou. La Bulgarie a une revanche historique à prendre avec la Macédoine ce qui peut encore accentuer les dissensions dans ce petit pays. Voilà qui constitue donc une jolie poudrière, comme au « plus beaux jours » du début du 20ème siècle. Il ne faut pourtant pas croire que la Russie viendra annexer la Macédoine. La désorganisation de l’OTAN et de l’UE autour de ce dossier lui suffit largement. Mais c’est aussi l’inscription dans une politique visant à renforcer son « rideau » de protection qui avait sauté avec l’Ukraine. Si on se souvient des facilités accordées à la Macédoine par l’UE, comparativement à la Turquie, on comprend aussi le regard que peut porter aujourd’hui le président turc vis à vis de l’UE.

Une exportation importante de la Macédoine : le Vin.

La Macédoine est à la fois le symbole du rôle diplomatique de l’UE aujourd’hui, mais aussi un danger d’escalade qui pourrait alors déborder sur les pays frontaliers. Car que se passerait-il aujourd’hui si la minorité albanaise se retrouvait persécutée? Verrait-on alors un nouveau Kosovo, dont il faut rappeler aujourd’hui que la situation est toujours une poudrière ? C’est ce qu’on peut craindre. L’OTAN ne joue aujourd’hui aucun rôle, malgré la demande d’adhésion perturbée par la Grèce. Ce n’est peut-être pas plus mal car cela rajouterait encore un catalyseur à un conflit. Reste à l’UE dans son ensemble à prendre conscience du problème et se rappeler des actes manqués de 1913.

Pour aller plus loin :

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