Blog : Pourquoi le logiciel libre ne dominera pas le monde (à moins que…)

C’est en parcourant des articles sur Mastodon, Cozycloud et autres que je me suis fait cette réflexion un point désespérante : Si logiciel libre voulait dominer le monde, c’est assez peu probable qu’il y arrive…

Le professeur Borne, maître en poutrage d’ISO et de zombies, a eu l’occasion de chercher quelques solutions d’autohébergement, de NAS estampillées logiciel libre, sans trouver le truc clé en main qu’un utilisateur de solution privative chercherait. Admettons que ça se mérite, mais on a envie au moins d’avoir des hébergeurs proposant des solutions qui fonctionnent, surtout si ça vient du créateur du produit. L’exemple Cozy Cloud est frappant et Tristan Nitot est allé jusqu’à commenter un des articles parlant de son produit… Et pour moi, il n’a rien compris car il se place dans la position bancale qu’ont trop souvent les services commerciaux faisant appel à du logiciel libre.

Payer, pour quoi ?

Si je fais appel à un service payant, j’ai envie d’avoir la même qualité de service que ce que propose la concurrence. Exemple wallabag fait ce que Pocket fait et dans la même qualité. Si je fais appel demain à Cozycloud pour héberger mes données, je veux pouvoir faire la même chose que ce que je peux faire chez Dropbox, Box, Mega, …. J’ai choisi volontairement des sociétés hors GAFAM. Dropbox a été créé en 2008 et a misé sur sa facilité d’usage et son accessibilité par la majorité des terminaux. Mega a été créé en 2013 et a donné accès très rapidement à un client web et une application, son argument étant la taille de stockage et la « gratuité ». Box a été créé en 2005 mais a vraiment décollé en 2007 en se centrant vraiment sur le Cloud. Son atout reste son infrastructure et sa portabilité sur les mobiles (et pas sur Linux….). Cozy Cloud arrive donc en 2012….et en est à une version 2. Son atout est qu’on peut (en théorie) installer son instance, ou bien faire appel à Cozy (en béta gratuite aujourd’hui). La Beta dure depuis …5 ans si je prends le point de départ de la société !!! Mega a lancé tout de suite un produit qui marchait avec l’équivalent de la concurrence de l’époque et rapidement une version mobile plutôt efficace. Cozy non, car on se disperse dans tous les sens plutôt que de faire ce que le nom dit : Du cloud. Alors on apprend aujourd’hui que la fonction mail est en pause. La fonction de synchro d’agenda et de calendrier fonctionne toujours … en partie pour moi avec les soucis de champs (idem pour Nextcloud). Pour avoir testé le truc il y a un an, et suivi un peu, ça me désespère de voir un tel gâchis :  L’utilisateur de la béta doit toujours faire son upgrade, l’application mobile (qui stagne à moins de 5000 telechargement avec des notes bien salées) est toujours indigente (j’aime choisir ce que je synchronise, moi…) et on arrive à faire moins pratique qu’une instance nextcloud, alors que là , il n’y a qu’une application mobile (je n’ai pas compris ce que fait Cozydrive avec ses 10 téléchargements répertoriés sur le Playstore). Oh, oh, les gars, on est en 2017, l’année où les gens « consomment » du net sur mobile, plus sur PC. Et ça fait déjà 3 ans que la tendance est marquée. Bref, le jour où le produit sortira en version définitive, tout le monde aura pris ses habitudes et il n’y aura aucun plus produit pour vendre du Cozycloud, pas même en entreprise où la force de frappe des Microsoft, IBM, et autres est largement supérieure.

Le Timing

J’ai pris l’exemple de Cozy parce que c’est une boite qui veut vendre. Mais comment peut-on sortir si lentement un produit mal fichu, mal fini, quand des concurrents tapent dans le mille plus rapidement. Les services internet et réseaux sont une jungle et c’est le plus fort ou le plus malin qui gagne. Le problème est qu’au plus malin, le logiciel libre ne joue pas. Il ne vient pas avec une nouveauté, il vient en retard par rapport à ce qui existe, avec pour seul argument : C’est cool, c’est libre. Non, le monde ne fonctionne pas comme ça. Et le monde fonctionne aussi par la copie. Aujourd’hui, on promet la mort de Snapchat qui perd des millions et qui avait une sacrée levée de fonds. Cette application a été copiée par les « gros », surtout par Facebook qui a suffisamment de pouvoir pour tester, copier, racheter tout ce qui bouge. Si demain un logiciel libre est inventif sur un service, hop, il sera copié par un plus gros et n’aura que sa vertu pour se consoler. Ainsi en va le capitalisme exacerbé qui fait rage sur le réseau des réseaux. Au mieux, l’inventeur sera racheté et pourra dépenser son argent sur autre chose. Mais quand il est en retard par rapport au marché, comme le furent FirefoxOS et UbuntuTouch, il faut un truc en plus, mais vraiment marquant. On connaît la suite pour ces deux là.

Dominer le monde, bof…

Oh, je vous vois dire : Mais alors, pourquoi on se fait chier à faire du logiciel libre, puisque c’est foutu? Mais parce que justement le logiciel libre n’a jamais voulu dominer le monde. Il est illusoire, par exemple de croire que Mastodon fera la peau de Twitter ou son successeur… Je lisais des articles sur le sujet de personnes qui ne comprennent pas qu’il n’y ait pas un client Mastodon correct sur Android mais une multitude tous plus bugués ou vieillots les uns que les autres. Je n’ai pas testé et je crois sur parole, mais c’est vrai que ça n’aide pas à la démocratisation d’un produit, pas plus que le choix d’instances dont on ne connaît pas forcément l’avenir (à regarder de plus près,  seul twidere sous titré pour twitter (!!!), semble surnager) . Il est aussi illusoire de croire que cette bonne ambiance persistera, si Mastodon continue de progresser. Un produit qui marche attire la meute des loups, des haters, des trolls. On voit ce qu’il faut déployer pour modérer la haine. Facebook n’y arrive pas et a peur d’être tenu pour responsable. Alors ce n’est pas un petit tenancier d’instance Mastodon qui y arrivera (1). Ce n’est pas grave, on peut très bien continuer à avoir des petits espaces libres et paisibles dans ce monde numérique, en fuyant la meute. On peut aussi continuer à proposer des produits plus respectueux des gens, plus légers, plus optimisés, ….

L’heure du choix

Reste quand même un choix à faire. Si on veut vivre du libre, les règles sont alors les mêmes que pour le non libre : Avoir un bon produit/service, le meilleur par rapport à la concurrence et au bon prix. Comme pour le bio où on croit que le label fait vendre, si c’est dégueulasse, ça ne marchera pas. Si on ne veut pas en vivre, c’est différent mais autant quand même faire les choses bien, c’est à dire ne pas forcément recréer ce qui existe déjà mais améliorer en se basant sur / en se rapprochant d’un projet existant. Les personnalités ne sont pas toujours compatibles dans ce type de développement, il faut l’admettre. Mais coté utilisateur, je ne peux qu’aller que vers la solution qui fonctionne pour ce que je veux faire, sans en subir les travers. On a beau dire que, si c’est gratuit c’est toi le produit, il faut quand même que le produit soit aussi bon pour que l’utilisateur change. Je voyais le cas du NAS où on a historiquement FreeNas(2) et OpenMediavault. Le premier s’oriente vers du produit avec un décalage total avec les concurrents non libre. Le deuxième marche plutôt pas mal dans le souvenir que j’en avais eu quand j’avais voulu m’en monter un…. avant de me raviser pour un produit beaucoup beaucoup plus économique à l’usage, fiable, bien suivi … et qui tourne encore comme une horloge.

Les troupes sont prètes à l’invasion du monde !

Conclusion

Chacun a son cahier des charges quand il cherche une application /service. Mais faire simple, fiable et pas trop cher semble aujourd’hui la norme. Le logiciel libre continue de vivre dans un monde parallèle où l’on oublie les fondamentaux,… Parce que c’est gratuit. L’un d’eux est simplement de regarder la concurrence, même libre, et donc d’apprendre des erreurs des autres, en plus des siennes. Rares sont ceux qui ont compris, peut-être aussi parce qu’on est dans un monde à part, un entre soi qui fait tester le produit par les « copains », pas par des « candides« . Une révolution que les concurrents privateurs ont fait depuis longtemps. Et chez moi, ça s’appelle tout simplement la Qualité client. En attendant, on attend toujours des produits qui soient adaptés au hardware actuel, qui s’installe par un seul fichier ISO ou un setup, avec un accompagnement de l’utilisateur…. comme ce qu’avait compris Ubuntu il y a longtemps avec GNU/Linux.

Notes :

(1) D’après les chiffres de Mastodon.xyz, on voit qu’une instance domine largement, la japonaise qui montre que la décentralisation n’est pas comprise. Mais qui financera tout cela? Qui modèrera cela ? 

(2) Freenas propose des système avec des processeur 8 coeurs avec 16Go de Ram, le minimum recommandé étant de 8Gb. Synology comme Buffalo fonctionne avec des processeurs ARM et 512Mb de RAM sans problème avec une consommation d’énergie inférieur à 20W. 

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9 réflexions sur “Blog : Pourquoi le logiciel libre ne dominera pas le monde (à moins que…)

  1. L’instance MTD japonaise est la plus active car ça tient, je crois, à la mentalité de réseautage des japonais, au sens large…
    L’instance des USA aussi est quasiment la seule dans leur coin… vive la décentralisation 🙂
    J’ai arrêté de fréquenter MTD par manque d’intérêt, j’y ai vitre trouvé des choses que je n’aimais pas sur TW sauf que pour les éviter, c’est coton car le script te pousse à suivre le fil public local… et je n’aimais pas la grande majorité des publications.
    Mais au moins j’ai découvert Tweetdeck sur laquelle a été copié MTD pour l’interface.

    Si le Libre pouvais dominer par sa seule faculté à être Libre, MS Office aurait disparu.
    MS tout court d’ailleurs.
    Le Libre doit proposer plus et/ou mieux en terme de fonctionnalités, ergonomie, etc.

    OMV est tentant, il faudrait que je trouve comment rendre mon Rpi2 accessible sur le Net via un nom de domaine, mais je n’ai pas les compétences et il me sert de centre multimédia (LibreElec)…

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    1. Sans doute, mais il y avait de l’ironie dans ce titre, pour ne pas faire un  » on va tous mourir ».

      Ps pour ceux qui lisent les commentaires, Omv=openmediavault, MTD = Mastodon, TW = twitter

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  2. Je suis partiellement d’accord. L’utilisateur qui n’a pas d’intérêt sur la coté libre (car io n’a pas les moyens techniques d’en profiter)du produit va juste prendre le logiciel le plus performant (ideal) ou le plus marketé (en pratique).

    Par exemple, tu t’heberges sur wordpress.com et pas en autohebergement. C’est un exemple de ce type de choix.

    Pour moi, le coté libre :je peux modifier le code c++, ca interesse les developpeurs uniquement. Pour l’utilisateur moins geek, la liberté c’est plutot :pouvoir installer la plus grande diversité de logiciels, appeller tout le monde en visioconf, lire tous les fichiers.

    Un exemple :VLC qui a libéré les utilisateurs windows de la guerre des codecs video. Ou Firefox qui permet de lire toutes les pages web.

    L’écosystème linux est très ouvert et on peut tout faire. Malheureusement, pour l’instant la majorité du contenu est focalisé pour windows/mac pour des raisons de business.

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