BD : Freedom Hospital d’Hamid Sulaiman (2016)

Comme toutes les autres formes d’art, la BD s’intéresse aussi à la chose politique et aux sujets d’actualité. C’est notamment le cas dans cette oeuvre d’Hamid Sulaiman, réfugié syrien, qui retrace la guerre civile syrienne dans une oeuvre de semi-fiction.

« Son récit est centré sur le Freedom Hospital, un hôpital clandestin créé par une militante pacifique, Yasmine, dans une ville imaginaire semblable à beaucoup de petites villes de province syriennes … Dans cet hôpital cohabitent avec Yasmine une dizaine de personnages, malades et soignants, reflétant la diversité de la société syrienne, un kurde, un alaouite, une journaliste franco-syrienne, des membres de l’Armée libre et un islamiste radical. Leurs relations vont évoluer en fonction des évènements »

L’auteur était un artiste plasticien et ça se ressent un peu dans la forme, globalement inégale car mélant des photos retravaillées en BD et du dessin en noir et blanc plus ou moins lisible, notamment dans les expressions des visages. Ce n’est pas le plus important et l’auteur ayant une formation d’architecte, on retrouve une retranscription plus poussée dans l’environnement, les bâtiments et les destructions graduelles de la ville où se passe cette histoire. Une ville qui n’a pas vraiment de nom, qu’on imagine au nord est du pays mais qui reprend l’expérience de l’auteur et celles de ces connaisssances. La galerie de personnage peut sembler trop importante au début mais on finit par s’attacher dans ce long ouvrage de près de 300 pages, à chacun d’entre eux…..enfin presque.

Du point de vue documentaire, cette bande dessinée est intéressante car elle montre les différentes phases du conflit jusqu’à 2015 environ, et cela du point de vue d’une personne qui ne verse pas dans la propagande. En tant qu’opposant au régime et partisan de la paix et de la liberté, il pourrait n’avoir qu’une vision manichéenne de la situation. Il n’en est rien et il montre bien que les massacres sont ordonnées par des officiers locaux, suite parfois à des ordres d’en haut, mais aussi que les soldats du régime n’ont parfois pas le choix dans l’application. C’est plutôt inédit de montrer cela mais la richesse de l’ouvrage ne s’arrête pas là. Il décrit la guerre dans ce qu’elle a de plus cru, dans toute sa violence, sa détresse et son injustice. Ames sensibles s’abstenir ! Hamid Sulaiman parle ainsi de l’ASL (Armée Syrienne Libre) qui peu à peu se fait déborder par des factions qui s’agglomèrent et deviennent l’EIIL ou l’EI avec l’aide de mystérieux capitaux et de discours radicaux. Là encore, il décrit des combattants pris entre deux feux, des décapitations, des pressions religieuses et sociales… Et puis il y a cet hôpital, qui renaît sans cesse de ses cendres, tel un phénix mais avec si peu de moyens.

Maintenons le suspens sur le devenir de ces combattants de la liberté. La France accueillera M. Sulaiman et l’aidera à transmettre son message par le dessin. On ne comprendra peut-être pas mieux les sources profondes de ce conflit (même si un chapitre s’y consacre) mais on comprendra sans doute un peu mieux la détresse de ce peuple qui est aujourd’hui sur les routes du moyen-orient et de l’Europe.

freedomhosp

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