Cinéma : Le Fondateur de John Lee Hancock (2017)

Si je vous dis qu’il s’agit d’un biopic sur le premier dirigeant de l’enseigne McDonalds, vous allez fuir, parce que voir des burgers et des frites, bon, c’est pas glamour. Pourtant, le sujet a titillé ma curiosité, surtout avec Michael Keaton pour me vendre ça.

Car le film est centré sur Ray Kroc, celui qui a fait passé le petit restaurant des frères Richard et Maurice McDonalds à la dimension nationale puis internationale. C’est l’histoire d’un petit vendeur de machine à Milk Shake qui va devenir le roi du Burger.

On a au commande un pro du biopic, John Lee Hancock, celui qui nous a servi le moyen « Dans l’ombre de Mary », le surcoté « The Blind Side », ou l’oubliable « Rêve de champion ». Ici, on sait déjà dans les premières minutes que l’on va nous servir de l’American Dream à la chaîne, comme un burger dans un McDo. Donc nous voilà à suivre le loser Ray Kroc, avec ses machines à Milk Shake, l’entrepreneur raté qui rame pour s’insérer dans la bonne société blanche de la côte est. Et le voilà qui reçoit un jour la commande qui le sauve en provenance de deux frangins sur la côte ouest. Lui qui fréquente les restaurants de burgers, les drive-in et peste contre la lenteur du service ou les trucs dégueulasses qu’on lui sert, va être bluffé par la rationalisation tayloriste de ce petit restaurant. Il fait alors le pari de la franchise….C’est l’histoire d’une success story semée d’embûches.

Mais c’est surtout une histoire d’abord bien lissée. On subodore des frasques amoureuses chez cet homme toujours sur la route, sans enfants. On s’extasie sur la conception de la chaîne de fabrication mais on en vient à oublier les hommes, les rouages de cette machine. On n’en voit que les managers des restaurants, ou encore un des premiers employés qui tape dans l’oeil du patron pour gravir l’ascenceur social. Kroc aime les gens à son image, ceux qui n’attendent pas que ça vienne tout seul. Le film fustige cette caste blanche d’actionnaires de la côte est, ces investisseurs qui attendent des résultats sans donner de leur personne. Mais on ne voit quasiment que des blancs, même chez les clients. On ne parle pas de la souffrance inhérente à ce taylorisme.

Et puis la machine s’enraye. Alors qu’à la moitié du film on peut encore trouver Kroc sympathique, le voilà qui montre sa duplicité, sa traîtrise, où tous les coups sont permis, où c’est la loi du plus fort, où le plus gros mange les plus petits. Et celui qui était le petit que l’on mangeait, oublie ce qu’il était… C’est le revers de l’American Dream, le coté sombre de la success story et qui fait que ce film est déjà très regardable mais montre que le restaurant des frères, respectueux du consommateur par des produits de qualité, est devenu peu à peu tout autre chose. En France, il est même devenu encore bien autre chose, à coup de Green Washing, ne respectant même pas les fondamentaux de la chaîne. Qu’importe quand seul le résultat compte, et le résultat, c’est le …. fric. On y montre brièvement l’utilisation des « valeurs » familiales, américaines, pourquoi ce nom était important, plus qu’un concept. C’est le marketing roi avec Kroc le self made man, pas si self made. Car il laisse quelques cadavres sur sa route, notamment celui qui lui montrera la manière de faire fructifier les franchises.

Voilà donc un film qui n’est pas l’hagiographie que l’on aurait pu penser, mais qui peut aussi être perçu comme tel, pour ceux qui n’ont pas la même échelle de valeurs. Michael Keaton y est magistral, au point de faire oublier le reste du casting. Il joue pour beaucoup dans la bonne perception qu’on peut avoir de cette oeuvre, qui a les défauts que j’ai cités par ailleurs. Un truc à voir si on s’intéresse aux thématiques, ou simplement à ce genre de films.

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