Géopolitique : Asie-pacifique, de la guerre du nord au sud

L’Asie-pacifique (pour l’océan) est aujourd’hui au coeur des précoccupations mondiales. Entre la Corée du nord et la Mer dite « de Chine », ce large territoire maritime multiplie les zones de conflits, avec en trame de fond, la lutte de deux géants : Chine et Etats-Unis.

Durant les années Obama, nous avions vu s’installer une sorte de zone d’influence états-unienne pour faire face au désir d’expansion de la Chine. A la manière de l’Europe avec l’Otan, les Etats-unis multipliaient les accords, ou les renforçaient, pour créer une barrière à cet expansionnisme, et donc…. créer aussi un même expansionnisme américain. Une sorte de guerre froide s’installait avec des sujets tabous comme Taiwan ou le Tibet qui venaient régulièrement polluer les relations diplomatiques des deux géants. Le conflit en mer de Chine occupait surtout ces deux pôles, même si se posait aussi le problème du trajet des oleoducs d’Asie du sud-est, ou le tracé de la nouvelle route de la soie. (et aussi en anglais) On voyait alors se dessiner des alliances…

Et puis est arrivé Donald Trump et sa vision du monde. Difficile de la décrire puisqu’elle tourne essentiellement autour de lui. Si on comprend son intervention en Syrie par l’utilisation des armes chimiques, c’est en réalité un peu réducteur. Le sujet lui permettait en effet de se détacher d’Obama, de montrer que lui, il avait été conforme à ses annonces, à cette ligne rouge franchie. Et sur cette même logique, il a considéré que le dirigeant Nord-Coréen avait franchi la ligne rouge. Le voilà à montrer les muscles, à faire bouger ses petits pions sur la grande carte de l’Asie pour mettre quelques porte-avions du coté de la péninsule. Sauf que cette fois, le risque n’est pas le même…

La Chine ne voit pas d’un très bon œil une présente trop proche des états-unis. Ses pays frontaliers du sud n’ont pas de présence militaire US. Les philippines ont la mer pour les séparer. Le Vietnam n’a pas d’accord militaire. L’Inde et le Pakistant cultivent leur indépendance et sont trop occupés par leur propre conflit. Le Myanmar et le Bengladesh ne sont pas plus des menaces. Mais le trublion nord-coréen, toujours aussi imprévisible en apparence, reste une sorte de barrière naturelle héritée de la guerre froide et du partage de la Corée. Imprévisible en apparence car les manœuvres et menaces guerrières visent deux choses :

  • Un chantage aux aides, le pays n’étant pas auto-suffisant et totalement dépendant de l’aide internationale qui va en plus à une oligarchie, et si peu au peuple dans le besoin.
  • L’établissement d’une force de dissuasion nucléaire empêchant alors une destitution du régime par la force.

La Corée du nord est aussi une zone de fabrication low-cost. Elle est fournisseur de matière première pour des industries chinoises ou sud-coréennes (le graphène, par exemple issus du graphite et qui a beaucoup d’avenir mais aussi l’anthracite) mais aussi de biens manufacturés pour l’industrie textile. Une conflit ou une destruction aurait alors un impact non négligeable sur l’économie mondiale, sans parler du risque considérable que représente la destruction des moyens de production sud-coréens. Aussi, Donald Trump s’est depuis ravisé nettement, mais cherche une porte de sortie honorable.

Le voilà donc à inviter de nombreux chefs d’états d’Asie ou à envoyer ses émissaires pour calmer le jeu. On le voit ainsi discuter avec la Chine, mais aussi le président philippin Duterte. Celui qui voulait se débarasser de la présence états-unienne et régler les problèmes territoriaux avec la Chine tout en insultant Obama et en faisant des déclarations provocantes « à la trump » a pris son rôle très à coeur. Son pays accueillait cette année le sommet de l’ASEAN et Duterte voulait en être un des héros. Il voudrait être l’artisan d’un statu quo en mer de Chine et a donc été l’intermédiaire entre la Chine et les pays de l’Asean dans la résolution de ces conflits. Ce qui explique son invitation imprévue pour parler du conflit avec la Corée du nord….qu’il a refusé un temps, tout en en étant un acteur.

une estimation des forces US en Asie

Si on peut faire une relative confiance à Trump pour son pragmatisme et son sens des affaires qui ne le mènera pas à une guerre, peut-on penser que Duterte est l’interlocuteur idéal. Son refus de répondre à l’invitation sous prétexte d’agenda complet laisserait penser que non. On comprend sa proximité de caractère avec le président américain mais il n’a pas fait montre d’un sens de la diplomatie très aigüe. C’est justement ce que les Chinois peuvent se dire en utilisant à leur profit le président philippin. Ils ont,  en effet, tout intérêt à jouer l’attentisme et à grignoter la position de force, même face à Taïwan ou au Japon. Le Japon a sans doute un des gouvernements les plus nationaliste depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais n‘a pas obtenu le droit de posséder sa propre armée, les forces actuelles étant celles de « l’autodéfense » qui comprend tout de même près de 250 000 hommes, sans compter les bases américaines. Et la Chine de demander aux USA de ne pas installer de bouclier anti-missile Thaad en Corée du sud. Après le changement de gouvernement et l’élection d’un modéré, on ne sait ce que sera la politique coréenne. Les effets d’annonce du président Trump ne sont pas forcément à prendre au pied de la lettre, même s’il teste son adversaire.

La situation qui paraît chaotique aujourd’hui, vise pourtant à établir un statu-quo. L’étincelle nord-coréenne est peut-être pardoxalement plus imminente sans dissuasion nucléaire qu’avec. La prolifération nucléaire qui en découlerait permettrait-elle pourtant une néogociation sur un pied d’égalité pour le désarmement dans le cadre du Traité de Non Prolifération. La Corée du nord reste le seul pays au monde à ne pas l’avoir signé (on peut débattre ensuite de l’hypocrisie de certains états…), mais dans son enclave, cela reste le seul moyen pour ce régime de persister. L’autre piste possible et acceptable pour la Chine (dont le Pentagone dit qu’elle peut toucher le pacifique Ouest avec des ogives nucléaires) serait sinon d’installer un régime fantôche, satellite de Pékin, et pro-économie de marché, puisque la Corée du sud ne semble pas vouloir d’une réunification trop coûteuse pour elle. On ne voit pas, aujourd’hui, quel dissident en serait le leader, ni comment faire sauter le verrou Kim Jong Un. Quant à la Corée du sud, après toutes ses vicissitudes internes, elle aspire plus à la paix qu’à une quelconque escalade. Mais qui sait si l’abandon du TPP par Trump n’aura pas un effet de bord dans la recomposition géostratégique de la zone…

Voir aussi: une étude approfondie sur diploweb du projet de réunification

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