Histoire : Winston Churchill de François Kersaudy (2015)

Je poursuis ma lecture de biographies historiques par quelque chose de très différent du précédent : Un pavé de 715 pages sur le grand dirigeant anglais Winston Churchill.

Bien sûr, je connaissais le Churchill de la deuxième guerre mondiale, de la bataille d’Angleterre, de Yalta. Mais je connaissais beaucoup moins son rôle dans la première guerre mondiale, son avis sur le traité de Versailles, son rôle dans la crise de 1929 et l’entre deux-guerre ainsi que sa vision des choses pendant les accords de Munich. Ce long ouvrage me paraissait un bon moyen d’avoir un bon panorama du personnage, d’autant qu’il s’annonce « lisible comme un roman ».

Effectivement, dès les premiers chapitres, on sent la différence de style. C’est très enlevé, parfois aussi lyrique qu’un discours de Sir Churchill et ça rend cela très appréciable. L’histoire va durer tout de même 90 ans, ce qui en fait une sacré saga. Et comme en plus on commence avec les parents de notre héros, ça fait un peu plus. Nous sommes à l’époque Victorienne et les moeurs de l’aristocratie sont pour le moins dissolus. Car on oublie que Churchill est d’une famille aristocrate, une branche des des ducs Marlborough, les Spencer. A cette époque, la politique anglaise est essentiellement partagée entre les lords et la haute bourgeoisie souvent apparentée à l’aristocratie. Le paysage politique est constitué des libéraux et des conservateurs, avant que le parti travailliste ne prenne son essor après la 1ère guerre mondiale. Le père de Winston, Randolph est un député qui va avoir le tort de passer d’un camp à l’autre, préférant les idées à la discipline de parti. Ce caractère forgera aussi celui de Winston.

Le petit Winston ne connaît pas vraiment son père, qui n’est jamais là. Il est un cancre à l’école, n’arrivant pas à s’habituer à la discipline ou à s’intéresser aux matières enseignées. Il est pourtant intéressé par beaucoup d’autres sujets, se plongeant de lui même dans des lectures variées. Il lui faudra du temps pour se faire à ce carcan et il lui faudra la « carotte » d’une carrière militaire pour qu’il se mette enfin à étudier sérieusement. Car Winston est très attiré par la guerre et les militaires. Il sera Hussard, ira faire la guerre à Cuba, en Afrique du sud contre les Boers, en Inde et sera aidé en cela par sa mère, courtisane très en vogue à l’époque. Cette partie très aventureuse de la biographie montre un personnage que j’ignorais et qui aide à comprendre la personnalité que l’on connaît ensuite. Il est avide de célébrité, jusqu’à tromper la mort. Mais cette célébrité, il la veut aussi en politique, comme une revanche envers son père qui ne croyait pas en lui. Il fera mieux.

La deuxième partie du livre est donc consacrée à la politique et à toutes les manigances pour obtenir des postes. On découvre alors un Winston journaliste, qui écrit sa propre légende, trublion, n’hésitant pas à arracher des postes en s’imposant de lui même. La première guerre mondiale permet de bâtir son personnage qui l’aidera à accéder au poste suprême plus tard. C’est aussi là que le roman de sa vie devient trop hagiographique à mon goût. Certes, il y a quelques critiques mais on voit cela trop souvent du point de vue de ses amis que de ses ennemis. Il aime aller au combat dans les grèves, mais on peut aussi lui reconnaître le fait de tendre ensuite la main. Il est libre-échangiste mais aussi conservateur sur d’autres plans. Il fait dans la sévérité mais aussi dans le social avec le coté paternaliste de l’époque. On parle, par contre, peu de son avis sur les suffragettes, tandis qu’il est un tenant du colonialisme. Cela le fera osciller entre les conservateurs et les libéraux, au grand dam de ses amis politiques. On reste donc dans le factuel avec un style très romancé mais, malgré la taille de l’ouvrage, l’impression de ne pas aller au fond des choses.

Reste donc un récit très long, qui nécessite d’aller creuser des périodes de l’histoire. Il introduit de nombreux personnages importants dans l’histoire du 20ème siècle, comme Lloyd George, Balfour ou Chamberlain. J’étais particulièrement curieux de la période de l’entre-deux guerre, ne serait-ce que par le parallèle avec notre situation actuelle dont certains aiment penser que l’histoire recommence. Cela m’a conforté dans la vision d’un homme au courage politique certain, à défaut d’être toujours un grand visionnaire (notamment au niveau économique, qui le barbait). Un personnage hors-norme qui faisait l’admiration de ses amis comme de ses ennemis, et comme on n’en connaît plus de nos jours. Peut-être aussi parce qu’il n’était pas qu’un professionnel de la politique; mais un homme curieux de tout, dédié à son travail et toujours aventurier.

PS : ce livre existe apparemment dans une nouvelle édition augmentée….qui remplit peut-être des manques que j’ai relevé dans celle de 2009?

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