BD : Politique Qualité de Sébastien Vassant (2012)

L’éditeur Futuropolis est à part dans le monde de la bande dessinée, avec des sujets engagés et des graphies bien à part. Avec Politique Qualité, il nous parle syndicalisme et délocalisation.

Cette mémoire ouvrière, cinq femmes, licenciées ou retraitées, ont voulu la maintenir vivante. Au hasard des rencontres et des manifestations, elles se sont retrouvées à écrire et jouer une pièce de théâtre, Politique Qualité, inspirée de leur vraie vie. Sébastien Vassant les a suivies, écoutées, regardées. Ce parcours humain étonnant, il le révèle tout en justesse. Allant à la rencontre de ces femmes, qu’elles soient mères de famille, amantes, militantes et même tous ces rôles d’une vie à la fois, elles sont devenues porte-parole d’une population qui ne l’a pas souvent. On découvre des femmes uniques, habitées, qui transcendent leurs espoirs et leurs déceptions par l’apprentissage de la comédie ; du pouvoir salvateur de l’art, de la parole et du collectif. « Pour le pouvoir économique, elles ne s’appellent ni Yvonne, ni Marine, ni Jeannine, ou Hélène. Non, elles s’appellent toutes… le Facteur humain »

Sebastien Vassant ne fait pas de la BD, il fait ici du journalisme ou du documentarisme, un peu à la manière de la Revue Dessinée. Je cite ce périodique, car justement il y participe. Mais revenons à cette histoire poignante. Vassant a un style en trichrome (blanc, noir et orange) assez déroutant (surtout le orange) mais qui finit par bien convenir à cette Histoire. Car il s’agit bien de l’histoire avec un grand H, celle d’une usine mais aussi celle du monde ouvrier rural et du syndicalisme comme on l’a oublié. Ces femmes qui furent Délégués du personnel un peu par hasard, nous parle justement de ce syndicalisme utile et pas « protecteur », comme elles le disent. Elles se sont battus pour les autres, pour les jeunes, plus que pour elles mêmes. Elles ont subit les quolibets, les pressions et c’est aussi de ça qu’elles ont voulu parler dans une pièce.

En cadeau bonus, on voit la genèse de la pièce, de l’écriture à la mise en scène. C’est l’élément le plus humain de ce livre document, celui qui montre les failles des « personnages », ces failles que nous avons tous, même ces femmes qui paraissent soient anodines, soient fortes. Vassant introduit le fantôme d’un patron vautour, faisant de cet ouvrage un engagement politique très marqué à gauche. Il faut dire que cette usine Jabil, ex Alcatel, ex Ericsson, ex…. est symptomatique du rôle des politiques dans cette gabegie progressive, et du manque de clairvoyance des dirigeants de l’entreprise dans un monde qui évolue. Il est moins cher de délocaliser que de former, pourrait-on dire.

Mais avant de tout raconter, je vais conclure sur cet épais volume, toujours aussi agréable à feuilleter et qui se lit avec attention, faute de quoi, on peut décrocher ou râter des détails. J’ai mis plusieurs jours à le parcourir, contrairement à d’autres BD. J’ai fini par m’attacher à ces femmes et rien que pour ça, j’avais envie d’en parler ici.

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