Web : Cryptomonnaie, calcul distribué et raison

Récemment, on a découvert qu’une instance de The Pirate Bay avait mis en place un système pour faire calculer (on dit miner) une cryptomonnaie aux machines qui visitent le site. Et puis cette semaine, Cyrille partageait un article de blog sur la possibilité d’intégrer un calcul de cryptomonnaie pour financer son site en respectant l’utilisateur, avant d’écrire sur le sujet. Bizarrement, ça m’a fait penser à autre chose qu’une source de financement pour ce blog là.

La cryptomonnaie, c’est le dernier truc à la mode sur le web (enfin depuis 3 ans quand même….). Je ne vais pas tout expliquer sur le sujet, il y a de nombreux articles là dessus. Mais disons qu’on peut créer soi-même de ce genre de monnaie, que ça soit le célèbre Bitcoin qui a popularisé cette monnaie basée sur la blockchain ou bien l’ether, le monero, …. Chacune a un cours et on voit beaucoup de spéculation naître de tout cela avec des inflations de cours parfois surréalistes. On voit aussi pas mal d’applications et sites bidons qui offrent de rémunérer des actions avec ces monnaies mais qui relèvent souvent de l’attrape nigaud. Bref, on peut envisager de profiter de l’aubaine en faisant du trading, surtout au début de la création d’une de ces monnaies mais attention à la chute, elle risque d’être violente (même si certaines monnaies essayent d’intégrer des protections à la l’hyper-inflation). Mais venons en au « mining » ou fabrication d’une monnaie. Cela fait appel à une puissance de calcul conséquente et on a des spécialistes qui cherchent à optimiser un parc de machines pour cela. D’où l’idée de faire appel aux machines que l’on croise sur le réseau des réseaux… la tienne, la mienne, …

Et là, ça m’a rappelé le calcul distribué. Quand je dis calcul distribué, je me souviens de mes participations à des projets comme SETI@home ou Folding@home qui consistent à partager des calculs complexes entre des millions de machines à travers un protocole et un réseau. Il y a environ 15 ans, j’étais donc sur SETI avec ma machine qui tournait en veille pour ce calcul. Puis c’est Folding qui a pris la suite à travers BOINC (Berkeley Open Infrastructure for Network Computing) et j’avais arrêté il y a 6 ans. J’ai retrouvé mes statisiques sur Boincstats.

J’ai fait touner pas mal de machines là dessus, que ça soit pour aider la recherche contre la Malaria, pour rechercher sur les protéines, etc…Mais j’ai arrêté il y a 6 ans car c’était avoir une machine bruyante en fonctionnement, payer un peu plus en note d’électricité et ça, je ne pouvais pas trop me le permettre. Pourtant, j’ai décidé de retester un peu ce que ça donnait aujourd’hui et de regarder aussi du coté de ces cryptomonnaies. Selon les projets, les unités à calculer prennent plus ou moins longtemps. Par exemple, Primegrid prend plus de temps que Rosetta. Mais j’ai surtout essayé d’utiliser mon portable sous android pour voir ce que ça donnait par rapport à mon vieux netbook. C’est sans appel, le ARM quadcore de Qualcom va 25 à 30 fois plus vite pour une consommation moindre, du moins sur le peu de projets compatibles avec ce type de processeurs. Et là, on se dit qu’on participe à quelque chose d’un peu concret et altruiste. Bref, inutile de mettre un ATOM sur le coup, il est à la ramasse le vieux CPU lowcost !

On prenait soin de l’affichage en plus!

Mais si je regarde ce qu’on peut trouver comme rentabilité en bitcoin ou autre, il faut des semaines de calcul pour générer un dixième d’once de monnaie… Autrement dit, on dépense bien plus d’énergie donc d’argent que ce que l’on crée. Sachant alors qu’une machine qui se connecte à un site comme piratebay ou un blog comme cité n’a rien d’une machine optimisée pour ça (et qu’en plus elle fait autre chose en même temps), on se dit déjà que ça va être un piètre résultat. Mais en plus l’utilisateur va voir son GPU mouliner pour faire ça, ce qui va ralentir sa machine au global, et donc faire perdre en qualité l’ensemble de sa navigation. Et c’est l’utilisateur qui paye la note énergétique en plus pour aucun gain de son coté (bien que ça immobilise aussi un peu de temps serveur). Il faudrait envisager de sauter de monnaie en monnaie pour aller à la plus « rentable », ce qu’elles sont en début de carrière en général. Cyrille a souligné aussi ce problème en mettant cet article en lien. Les fermes de calcul dédiées à cela sont déjà des non-sens.

Pourtant, la technologie de la blockchain peut être intéressante pour du calcul distribué, par exemple à l’intérieur d’une entreprise en temps masqué. Cela dit, est-il nécessaire d’en arriver à ce niveau de complexité quand le calcul distribué savait déjà faire de grandes choses? Ne peut-on alors pas envisager de mutualiser des calculs distribuées via le navigateur, selon ce même principe. Je n’ai pas trouvé trace de cela pour l’instant et en réessayant BOINC j’ai un peu compris pourquoi. Les paquets de données pour faire un calcul sont, la plupart du temps, trop important. J’avais plus de 700Mo à télécharger par exemple pour faire fonctionner mon truc et ça peut vite grimper au delà du Gigaoctet. Il faudrait donc faire évoluer le calcul distribué vers des unités et bases plus restreintes, mais ça n’est pas toujours possible. Il faut se souvenir que la blockchain est une évolution du peer to peer dans son principe de partage de données. Mais pas sûr qu’un site préfère être vertueux à participer à un calcul plutôt que générer de la monnaie, même à perte. Il y a bien longtemps que le Warez comme Piratebay, a basculé du coté obscur et mercantile de la force et non pour le défi du partage et du « déplombage ».

Mais on a aussi vu naître il y a 3 ou 4 ans une cryptomonnaie apparentée à BOINC : Gridcoin. Son principe est de privilégier de beaucoup les « mineurs » qui font aussi du calcul via BOINC. On a des rapports de 1 à 150 dans la génération de gridcoin. C’est déjà une manière de rentabiliser et financer. Mais le fond du problème reste qu’on veut se faire d’abord du fric avant de créer une richesse plus intellectuelle. Un peu comme Internet qui a évolué du réseau d’information vers le réseau du commerce, on fait évoluer des outils de calculs pour s’enrichir virtuellement. Le risque est évidemment de voir un internet faisant un appel massif à ces scripts de calcul de cryptomonnaie pour compenser la perte de la publicité. Il est aujourd’hui aisé d’envisager un blocage de ces scripts par des bloqueurs de publicité. Mais il est tout aussi aisé d’imaginer que des sites ne laisseront accès à rien si on ne laisse pas tourner leur générateur de monnaie. Cette manne financière sera d’autant plus importante sur un site ayant une grosse audience, sur le même principe que la publicité, qui elle même serait forcée de se réinventer.

Mais même si on laissait le calcul se faire pour une cause plus noble que la monnaie, il faudrait que l’on soit d’accord pour la cause choisie, un peu comme on fait un don au téléthon plutôt qu’au Sidaction ou à l’association de protection animale d’à coté. Je vous laisse deviner le lobbying qu’il y aurait à placer son calcul plutôt que celui du voisin, autant de dérive que l’on voit déjà dans la sous-traitance dans le caritatif pour la recherche de dons. Bref, nous sommes à l’aube de nouveaux bouleversements dans notre utilisation du web, qui devra prendre en compte l’utilisation mobile et l’utilisation sédentaire. Déjà que le web n’est pas bien joli, mais si en plus tout le monde cherche à se faire des micropaiements clandestins, comme il y a déjà des microjobs, ça va être joyeux. Un avenir que certains voient comme une révolution, alors que je le vois comme une régression.

Tiens en parlant de ça, je viens de lire un gros gros best-seller, et j’ai l’impression qu’il y a des publicités dedans pour des marques, comme dans les films et séries tv (le placement produit). Quand je pense que j’écris cet article gratuitement, bien qu’il y ait quelques publicités pour les moins protégés des lecteurs. Bref, bientôt je pourrais mettre un badge « certifié sans cryptocalcul ». Ca vaut bien un petit tube de Devo pour rendre hommage aux vrais mineurs, pas ces fainéants qui font bosser des machines à leur place ! (Macron, sort de ce corps)

 

 

4 réflexions sur « Web : Cryptomonnaie, calcul distribué et raison »

  1. Il existe deux plugins WordPress pour Coinhive 🙂
    Après, si les bloqueurs de publicités bloquent ça, je ne vois pas le souci, les gens qui utilisent IE ou un navigateur sans bloqueur de publicités méritent de miner à l’insu de leur plein gré.

  2. Exactement laissons le minage aux mineurs et à leur matériel surpuissant, nos pauvres pc portables sont déjà assez blindés de pubs pour qu’en plus on leur demande de miner des cryptomonnaies. Le truc complètement chelou c’est de le faire à l’insu des visiteurs du site. Alors il serait bien effectivement de mettre des badges ne serait ce que pour demander l’accord de l’utilisateur et ne pas lui voler à distance les pauvres capacités de son ordi.

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