Pause poésie : L’Homme aux vêtements trop larges

Je l’ai croisé l’autre jour sur un trottoir,
avec son costume gris de deux tailles au dessus,
ses chaussures noires cirées façon péniches,
sa coupe fraichement gominée à l’huile de coude.

Il était sappé milord ou même vicomte,
ce petit homme aux vêtements trop larges,
endimanché un jeudi qui sentait le samedi
semblant fuir la vie comme une vieille durite.

Peut-être avait-il inventé un produit magique
qui redonne aux vêtements rétrécis au lavage
leur allure et leur taille d’autrefois ?
Ou simplement volé le corps d’un autre seigneur?

Il flottait sur le trottoir dans ses deux barques,
agitant ses bras comme des ailes d’albatros,
ce grand oiseau si maladroit au sol,
mais jamais ne décolla pour nulle part.

Il traversa la rue juste devant moi,
esquivant d’une élégance toute aussi ample,
un quidam motorisé et pétaradant
qui courrait lui aussi après le temps.

Il disparut dans un immeuble gris clair,
au portail bien plus large que de raison,
et fut avalé par la ville évanescente,
qui me donnait déjà d’autres proies à manger.

Serré dans mes guenilles d’avant hier,
je sautillai jusqu’à une autre branche,
rêvant moi aussi de rejoindre d’autres cieux,
pour quitter mon monde trop petit.

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