Réflexion : Dépasser les frontières 

Si je ne devais que retenir un mot, cette semaine, ce serait « Frontière ». Non que je veuille parler du sujet préféré de Gérard ‘The Mummy » C., mais dans notre propre vie, il y a beaucoup de frontières autour de nous, qui nous empêchent d’avancer. Enfin, le croit-on ?

Mais tout a commencé par cette frontière temporelle qu’on nous impose et qui vise à rendre ringard ou déplacé ce qui vient du passé. Oui, avec une lecture d’aujourd’hui, Tintin au Congo est malsain, Friends ne fait plus (autant) rire, Coluche est misogyne, et je vous en passe. On pourrait brûler 95% des livres pour un mot ou une scène déplacée. Les BD d’humour des années 70, 80 iraient les rejoindre dans cet autodafé digne de Fahrenheit 451. Sur le même principe, on pourrait trouver que toutes les peintures classiques sont sexistes ou malsaines. Mais le pire dans tout cela, c’est que l’on reproche à ces oeuvres ancrées dans leur époque ce que l’on évite de reprocher aussi aux écrits religieux des religions monothéistes. En effet, l’Ancien testament, le Coran, la Torah s’inscrivent dans un contexte et donc recèlent de la violence et des horreurs (viols, meurtres, massacres…) que les extrémistes prennent justement au premier degré en les remettant dans notre époque sans une lecture contextualisée ou historique. Cette frontière du temps que l’on ignore ou déplace aurait pu ne pas me faire parler de certaines BD que je traite ici. Prochainement je traiterai de Reiser et ça risque d’en défriser certain(e)s.

Non censuré!

Car en plus de cette frontière du temps, il y a la frontière des idées que l’on hésite à franchir. Sous prétexte que nous ne sommes pas de l’avis politique d’une personne, nous n’allons pas la lire. Reiser était anarchiste, et alors? On a l’anticommuniste primaire, l’anticléricalisme, l’antilibéralisme primaire, et même, même l’antifascisme. Tout ce que l’on va refuser de lire ou comprendre parce que contre ses propres convictions. En ce moment on parle de rééditions de Mein Kampf (Non pas de point Godwin, merci) ou de pamphlets de Louis-Ferdinand Céline et on en prolonge, de fait l’interdiction. C’est une erreur à mes yeux car en se voilant la face, on n’essaye pas de comprendre ces textes et de les démonter dans leur idéologie, qui pourtant existe encore et revient même sur le devant de la scène. Sur les réseaux sociaux, c’est aussi ce qui nous pousse à suivre ceux qui nous ressemblent et pas ceux qui s’opposent à nous. Et de ce point de vue là, la violence des mots dans Twitter, par exemple, nous pousse à nous protéger en bloquant ou masquant des comptes, comme si on supprimait des stimuli de notre propre violence. On ne s’en entoure pas pour des choses aussi élémentaires que le sexe vis à vis des enfants mais pour le reste, on en vient à de la surprotection. C’est aussi la profusion d’informations qui nous poussent à nous créer une bulle, cette même bulle qui existe à travers les moteurs de recherche qui mettent en avant ce qui devrait nous plaire ou les sites les plus populaires.

vivre dans une bulle ? (ici David Vetter)

J’ai déjà parlé de ce sujet de la recherche et j’en suis venu à faire des changements réguliers dans mes moteurs préférés. J’ai mis Qwant il y a 3 mois comme moteur par défaut. Avant c’était DuckDuckGo. En ce moment c’est Startpage et par moment j’utilise encore Google. Ca dépend autant du type de données que de mon envie de voir autre chose et des changements opérés dans les algorithmes. Il y a un sentiment de déja vu qui s’installe peu à peu et qu’il faut combattre par cette rotation des moteurs de recherche. A cela s’ajoute la rotation des sources d’information dans les flux RSS. Je commence à me lasser d’un flux d’information français et je pourrais alors prendre quelque chose de moins à gauche, ou moins à droite, de moins libéral, etc… Idem pour les sources internationales. J’ai suivi la crise iranienne à travers quelques envoyés spéciaux et relais locaux plus ou moins neutres et c’était fort intéressant. Certains avaient le mérite d’avouer qu’ils n’avaient pas vu la crise venir car ils n’allaient pas dans certaines villes de province ou même certains quartiers. On a ce même type d’avis pour le conflit israelo-palestinien ou l’on ne voit que trop souvent un camp et pas l’autre, par facilité. Il faut confronter les différents points de vue pour se faire une idée et pourtant il faut encore des jours de recul pour juger de ce qui se passe ou risque de passer. On ne mesure, par exemple, pas la portée des changements climatiques et du problème de la gestion de l’eau dans cette révolte.

Ah, les bassins de mon enfance!

Cette frontière géographique que l’on rencontre dans ces conflits lointains, elle existe pourtant bien dans notre vie de tous les jours. J’ai vécu mon enfance entre un quartier bourgeois et une ZUP, comme on disait alors, à la place du ridicule nom de « quartier populaire ». Nous allions à pied faire nos courses dans cette « zone » car dans les banlieues rouges, déjà, il y avait disparition du commerce de proximité. C’était l’Euromarché ou le Leclerc, et tout ça avec un sac et un caddie. J’ai la chance aujourd’hui d’avoir quelques commerces où je peux me rendre à pied. Mais je suis encore entre un quartier de cadres sup et une ZUP. J’ai même l’impression d’être le seul de ma « zone de frontière » à aller faire mes courses au primeur du coin, au « dépanneur » (j’adore ce mot canadien pour désigner ce qu’on appelait « l’arabe du coin »). Ca me paraît naturel plutôt que de me rendre dans un « marché frais » de bobos en voiture. Je m’y sens bien accueilli, je connais le patron alors qu’ailleurs, la condescendance des clients m’énerve. Je vais au Lidl, parfois et je suis sûr que mes voisins n’iront pas, de peur de croiser je ne sais quel « populace » honnie à leurs yeux. J’écoutais une interview de Raphaelle Bacqué et Arianne Chemin, journalistes du Monde qui ont écrit un bouquin sur Trappes, la fameuse ville de Banlieue d’où viennent les icônes d’aujourd’hui. A les entendre, j’avais l’impression d’une expédition dans la jungle, un truc hyper risqué, même s’il paraît qu’elles y ont vécu un an … hum il y a passer et vivre. Et en même temps, j’ai ressenti récemment un malaise en allant dans un Kebab d’une cité où j’avais l’air d’être le seul blanc qui venait. Une impression bizarre qui n’a rien à voir avec du racisme mais comme si là aussi on avait créé une frontière (bon, la bouffe était dégueulasse en plus mais ça n’a rien à voir avec le style de restaurant). Comme si deux mondes avaient cessé de se parler. Mais ça, c’est malheureusement le monde d’aujourd’hui où en plus des frontières, on construit des murs, même dans nos têtes.

quand on pense qu’on a fait tomber le mur de Berlin

Mais cette impression de deux mondes qui ne se parlent pas ne se cantonne pas aux riches et pauvres. Il y a des frontières plus techniques, voires technologiques. Cyrille relatait récemment une histoire d’une utilisatrice d’Ubuntu qui ne savait pas se dépanner avec les nombreuses aides et forums sur ce système d’exploitation. Et il faut avouer qu’il s’est installé depuis quelques temps des gimmicks dans les forums d’aide informatiques qui me laissent pantois. On vous parle de donner la config, et même d’outils pour filer la version de tel ou tel truc voir des choses totalement abscons, qui forcément font fuir les béotiens. Rien que ce dernier mot ferait fuir certains lecteurs, c’est vous dire la frontière qu’on pourrait appeler culturelle, qu’il faut franchir. Chacun de nous oublie que ce qu’il considère comme acquis pour lui ne l’est pas pour la majorité. J’avais entrepris de faire des explications de basiques sur mobile/PC pour cela. Je traite aussi de ma propre histoire de l’informatique pour rappeler d’où l’on vient. Et il y a peu je me suis heurté à une frontière bien connue par le logiciel libre : Le Gratuit. Dans la tête des gens, un truc gratuit, c’est pas forcément très bon. Le paradoxe est qu’un moteur de recherche ayant toujours été gratuit, il n’y a aucun problème à ça. Pour une suite bureautique, par contre, c’est un problème et Microsoft part avec de l’avance. Il faut expliquer alors ce qu’est libre office et pourquoi ça suffit pour la plupart des activités bureautiques personnelles. Il faut expliquer ce qu’est le logiciel libre et ses avantages et ça, c’est un peu plus long que dire simplement : T’es con de payer, t’as le même en gratuit.

Dans ce même type de frontière culturelle, il y en a qui musicalement ne se verraient jamais écouter du Metal, du Rap, du Classique. J’aurais pu suivre ce formatage plutôt courant dans ma famille mais je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai eu la curiosité de fouiner un peu partout. Hop, transition à deux balles pour ma conclusion musicale pour justement un mec de Trappes qui n’avait pas forcément grand chose pour me plaire mais que je redécouvre rétrospectivement dans sa période plus popisante, malgré ma préférence pour un rap plus hardcore.

P.s.: suppression du like à partir d’aujourd’hui parce que les mots c’est tellement mieux,  non ? Si vous aimez quelque chose/quelqu’un dites le ! 

 

7 réflexions sur « Réflexion : Dépasser les frontières  »

  1. Tu manges des Kebabs ? Alors moi c’est la frontière que je n’ai pas encore franchit et pourtant j’ai habité plusieurs années dans une banlieue de Poissy. Je suis pas un grand fan de Rap, quand je fredonne un petit air de musique, c’est « avez vous vu le chapeau de zozo », « je t’attendrais à la porte du garage »,…
    A pluche.

    1. Disons que parfois, quand c’est un dimanche dans un coin paumé et que tu n’as rien d’autre d’ouvert, tu te rabats sur la version végétarienne du truc. Sinon j’en fais moi même, pour le fun et je dois tester un nouvel ingrédient « vegan » prochainement.
      On demande tous la vidéo de la porte du garage :p

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