Géopolitique : Syrie/Irak vers une nouvelle stabilité?

Aujourd’hui l’EI semble défait, du moins pour les dirigeants occidentaux. Mes analyses passées sont en parties battues en brèche. L’heure de faire un bilan et d’envisager l’avenir.

Je ne croyais pas à une possibilité de victoire coté Irakien. J’ai eu tort du fait que je voyais toujours une opposition entre le pouvoir, les sunnites et les kurdes irakiens. J’avais sous-estimé un élément : Le fait que l’Arabie Saoudite se préoccupe plus du Yemen. Cela a donné un front essentiellement construit par kurdes et chiites face à l’EI en Irak. Les deux parties se sont entendus pour se débarrasser de l’ennemi commun mais à peine terminé, le pouvoir s’est emparé des sites stratégiques kurdes, les privant, aujourd’hui de ressources pour fonder un état. L’indépendance a pourtant été proclamée le 27 septembre 2017 et Massoud Barzani a démissioné du gouvernement. Moi qui voyais le Kurdistan comme élément clé, mais avec encore une trahison de plus à l’encontre des kurdes, je crains d’avoir raison. D’autant que depuis, la Turquie a lancé une offensive dont elle avait longtemps prévenu de l’imminence, avec l’accord tacite de la Russie et une opposition timide des USA, de l’Europe et la France.

Coté Syrien, je voyais mal un avenir sans Bachar el Assad et le parti Baas. Les Russes ont clairement eu les coudées franches, malgré toutes les gesticulations occidentales sur le sort des civils. Là aussi, les rebelles modérés sont lâchés et les négociations restent au point mort. Il ne faut pas oublier la multitude de groupes qui se sont formés pendant le conflit, modérés ou mouvances d’Al Quaeda. Ils constituent pour partie ce qu’on appelle l’ASL (Armée Syrienne Libre) qui est prise en tenaille entre Kurdes, Turques et armée régulière syrienne. l’EI est en sommeil, morcelé mais reste encore présent pour des réveils sporadiques (guérilla, attentats). Cela vaut autant du coté Syrien qu’Irakien d’ailleurs. Si on entend déjà parler de retour au pays des réfugiés syriens, c’est plutôt de la part des personnes qui sont loin de la situation réelle. Ce n’est pas qu’une reconstruction des infrastructure mais de celle de l’âme de ce pays, du sentiment national même.

On a donc l’Arabie saoudite embourbée au Yemen, un pays qu’elle a contribué à déstabiliser depuis 50 ans mais qui aujourd’hui ne semble pas avoir d’issue vers un régime stable. Le régime saoudien change mais on a plus entendu d’annonces économiques que géostratégiques. La confrontation avec l’Iran pour la domination de la région, semble inévitable, surtout avec un Trump qui a pris fait et cause pour les Saoudiens, large débouché pour la conglomérat militaire US. Au milieu de tout ça, la Turquie se veut au dessus de la mêlée et comprend bien pourquoi : Pour mieux régner. Erdogan sait que Bachar El-Assad est affaibli internationalement, que l’Iran a toujours des sanctions en épée de Damoclès et qu’il représente une sorte de barrière vis à vis de l’Europe. Il a besoin aussi de démontrer sa force (attaque « Rameau d’olivier »). C’est aussi pour cela que les Kurdes ont peu de chance de voir leur rêve d’indépendance réalisé. Malgré les armes qu’ils ont pu avoir lors du conflit, ils sont aujourd’hui lâchés par l’occident, comme on a pu le voir à Kirkouk. Face à eux, se dresse un nouvel ennemi dont il faut prendre garde : Hachd Al-Chaabi.

L’Irak, un pays divisé

C’est en fait un conglomérat de milices, essentiellement chiites, mais aussi sunnites, chrétiennes, yézidies et shabaks qui vit en dehors de tout contrôle de l’état irakien. C’est une armée parallèle surtout, coupable de nombreuses exactions, apparentée à une maffia locale et dont le pouvoir  en place a bien du mal à se débarasser. Ils ont voulu l’intégrer à l’armée mais ça ne s’est pas fait. Les Etats-unis sont maintenant inquiets sur ce sujet. Parmi ces milices, on peut citer Badr, emmenée par Hadi Al-Ameri, ou bien encore la milice d’Abou Mahdi al-Mohandis et enfin la milice de Moqtada al-Sadr. Derrière tout ça, on a encore le financement iranien. Mais demain, qui dit qu’on ne divisera pas pour mieux régner? On oublie évidemment les sunnites, soutenus par l’Arabie Saoudite qui a été absente du conflit contre l’EI.

Le défi de la reconstruction de l’Irak est une chose. Celui de la restauration d’un état pluri-confessionnel est bien plus grand. Les Etats-unis ne veulent pas d’un autre état chiite, allié de l’Iran. Mais les modérés ont peu de voix. Les blessures du conflit sont profondes chez les sunnites…  et l’EI, endormie, veut encore se réveiller. Les attentats et les guerillas continuent. Cette proclamation de victoire sonne un peu comme la déclaration de victoire de George Bush junior, alors que rien n’a vraiment changé. Côté Syrien, l’ASL n’a pas le même profil et on peut croire à une possible restauration de Baas avec le soutien russe. Reste quand même l’affaiblissement durable de ce régime dans la région.

Que cela soit du coté Irakien ou Syrien, nous avons deux pouvoir fragilisés, soutenus par deux pays et des oppositions qui attendent leur heure. Si on ajoute à cela des états périphériques aussi affaiblis, il n’y a pas à être très optimiste. Je reste persuadé, pour ma part, que la région est durablement destabilisée par les trois influences qui s’installent : Iran (avec la Russie aujourd’hui mais pas demain), Arabie Saoudite (avec les Etats-unis) et Turquie. L’équilibre de ces trois forces, et le jeu d’Israel au milieu, fera triompher ou pas des solutions. La Russie joue un jeu diplomatique important dans la région et parlemente avec l’état hébreux, ayant à coeur un positionnement géostratégique que le rôle de l’Iran pourrait mettre à mal. Un des éléments clé peut-être la prochaine élection américaine, surtout si Trump se trouvait pris dans une procédure d’Impeachment. Je m’étonne aujourd’hui de l’absence de la France et de l’Europe dans la résolution diplomatique, sinon dans des tentatives désespérées de conciliation des rebelles. Les déclarations peu diplomatiques de Jean-Yves Le Diane (plus soucieux des ventes d’armes que des protocoles de paix ?)  vis à vis de Bachar El Assad sont un signe. Derrière les apparences, il y a pourtant bien des actions, que l’avenir nous dévoilera, si elles réussissent.

…. Fin de rubrique ? 

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7 réflexions sur « Géopolitique : Syrie/Irak vers une nouvelle stabilité? »

  1. > …. Fin de rubrique ?

    Ah ben non, c’est la rubrique que je préfère ! Merci pour ces analyses qui éclairent bien mieux ma vision de la situation.

      1. Ces articles géopolitiques sont importants et apportent un vrai plus. Parce qu’avec le nombre de choses qui se passent dans le monde ainsi que dans nos vies locales, on n’a pas le temps de tout étudier et tout approfondir. Avoir des gens comme toi qui analysent et arrivent à tirer l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour les autres est, quelque part, un pilier important. L’idéal étant évidemment que chacun le fasse sur les sujets dont il est spécialiste, mais cela reste un idéal.

        Je me rends également compte que je n’ai presque que des blogs sur l’informatique et le libre dans mes flux, à part Survol.fr, LeMonolecte ou Reflets.
        Je serais intéressé par d’autres flux un peu plus géopolitiques comme ton blog, si tu as des liens ?

      2. J’essaie surtout de donner une synthèse en étant relativement neutre…. même si j’ai ma propre idée. Pour donner mes petits secrets, je regarde des sites spécialisés dans les relations internationales (en anglais et français) ainsi que des sites d’informations locales et quelques sommités du domaine qui sont dans mon optique, c’est à dire le « néoréalisme » e(https://fr.wikipedia.org/wiki/Néoréalisme_(relations_internationales)) mais aussi d’autres avis si c’est bien fait (par exemple celui de Michel Goya… dont je conseille l’article sur les bigdata et le vietnam)
        Après, j’ai cessé de chercher des blogs dans le même domaine avec qui j’aurais pu débattre. L’ami CEP commente de moins en moins cela par chez lui. Et souvent comme j’aime parler de sujets moins traités, c’est long de réunir suffisamment d’information. Comme statistiquement, c’est peu lu aussi, malgré « le plus » que tu soulignes, je ne suis pas toujours motivé pour cela. Mais surtout, j’ai fait parfois trop de choses avec trop d’erreurs, donc je prends le temps de faire mieux.

      3. Peu lu ? Ah mince, peut-être que les gens lisent peu justement parce qu’ils entendent trop parler des conflits aux infos ?
        Merci pour tes références !

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