Cinéma : Pentagon Papers de Steven Spielberg (2018)

Steven et moi, on est un peu fâchés ces temps-ci. Aussi avec un sujet qui me touche, je pensais pouvoir me réconcilier, surtout que le film avait de bonnes critiques, apparemment

Avec Tintin, Le Bon gros géant, Lincoln, je me suis ennuyé ferme. Il n’y a que Cheval de guerre qui a eu grâce à mes yeux…soit il y a 6 ans quand même. La filmographie du réalisateur a toujours été parsemée de films de « mémoire », des témoignages sur l’histoire du monde ou de son pays (Amistad, La couleur pourpre, La liste de Schindler, Lincoln pour citer rapidement quelques exemples…) et on peut aussi ranger celui-ci dans cette catégorie après des films plus enfantins ou « alimentaires » pour renflouer les caisses de Dreamworks SKG. Il tombe plutôt bien dans le contexte du régime Trump et des relations pouvoir-presse, ce qui explique aussi l’accueil critique. La presse adooooore qu’on parle d’elle…. en bien.

En 1965, l’analyste Daniel Ellsberg se rend sur le front de la guerre du Viêt Nam pour y observer l’avancement des troupes américaines, pour le compte du secrétaire à la Défense, Robert McNamara. Mais à son retour il photocopie secrètement des rapports sur le progrès du conflit au Viêt Nam, depuis la Présidence de Harry S. Truman à 1967, soit environ 20 ans de mensonges d’État et d’activités clandestines. Il divulgue alors ces documents au New York Times, la référence de l’époque… Le titre s’attire les foudres du Président Richard Nixon. Mais parrallèlement à cela, le Washington Post est dans l’impasse après le suicide de son directeur historique. Repris par la veuve, Katharine Graham (Meryl Streep) avec son rédacteur Benjamin Bradlee (Tom Hanks), il tente de trouver un nouveau souffle en s’ouvrant à l’actionariat mais aussi en cherchant à doubler le New York Times sur ce sujet…

Quand on sait le peu de temps qu’il a fallu à Spielberg pour boucler ce film, on ne peut être qu’admiratif devant la construction, la rigueur des détails, la reconstitution. C’est du bel ouvrage et le sujet abordé est riche en cela. Mais pourtant, on ne peut que constater aussi que c’est extrêmement bordé et sans surprise. Alors c’est vrai que je suis une personne informée sur ce sujet et cette époque qui me passionne. J’ai dévoré le fabuleux documentaire de Ken Burns et Lynn Novick,  « The War » sur la guerre du Vietnam (allez voir du coté de Youtube…), qui aborde aussi ce sujet. Là on avait du fait historique, du contexte pour tout comprendre des décisions des présidents. Ici, cet aspect reste en surface car Spielberg a fait un autre choix : Parler des relations entre presse et pouvoir. Il fait un peu comme McNamara et ses rapports, il reste loin de la guerre. Katharine Graham fait partie de la bonne société de Washington et fraye avec toutes les épouses des grands décideurs, à qui on a fait comprendre que leur place est dans les discussions futiles dans le salon. Sauf qu’en prenant la tête du journal, elle se retrouve à devoir jouer d’égal à égal avec ces politiciens, financiers et même journalistes chevronnés. On voit que dans la rédaction du post, il n’y a qu’une ou deux femmes pas plus. C’est bien de se rappeler que ça n’était qu’il y a moins de 50 ans et que ça n’a pas tant évolué que cela.

On se retrouve en quelque sorte au début d’un âge d’or du journalisme états-unien, celui qui voyait de l’investigation, de l’enquête, de la dénonciation. Mais Spielberg montre aussi que le Times et le Post ont historiquement une couleur politique. C’est aussi le cas pour leurs équivalents français, que ce soient Le Monde, Libération, le Figaro….Mais il n’insiste pas sur l’impact de l’arrivée de l’actionnariat dans le journal, qui va finalement conduire à une autre perte d’indépendance. Ben Bradlee réalise bien que son lien passé avec JFK a pu lui faire prendre de mauvaises décisions mais lorsqu’il monte au créneau pour défendre le premier amendement, il le fait autant pour des principes de base que pour se racheter, ou en opposition politique à Nixon, qu’il déteste. La description de Nixon avec son autoritarisme et ses délires peut faire évidemment penser à Trump. Malheureusement, ça s’arrête un peu là…si ce n’est la petite scène finale pour faire le lien avec un autre film : Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula (76!!!).

Le titre original est « The Post » et il est finalement plus fidèle au sujet. Il raconte bien plus de l’histoire de la refondation de ce journal, de l’émancipation d’une femme dirigeante dans un monde d’homme, que les Pentagon Papers. Meryll Streep est en roue libre et Tom Hanks livre une prestation conforme à son rang. Je regrette que des personnages essentiels comme Ben Bagdikian ou Daniel Ellsberg n’aient pas été plus au coeur du film. C’est évidemment un choix artisitique et scénaristique que l’on peut comprendre. Reste donc un témoignage de plus, bien ancré dans son temps, mais qui ne surprendra guère les personnes déjà intéressées. Mais le principal reproche que l’on peut faire c’est qu’une guerre n’est pas un rapport, même long, qui dit qu’on va perdre ou gagner à partir de statistiques et d’analyse. Spielberg ne prend pas le temps d’analyser le pourquoi des réactions des présidents US, de Eisenhower à Nixon, et ses personnages non plus. Finalement, il fait un peu comme la Presse aujourd’hui dans le traitement de l’actualité : De l’immédiat et pas de l’analyse.

ps : Si le distributeur français pouvait soigner les sous-titres, ça serait bien car confondre accords de Genève et convention de Genève et faire des fautes d’accords, c’est un peu limite.

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